Odysséas Elýtis – Anniversaire

« …même la rivière la plus lasse
Finit par arriver à la mer. »*

J’ai mené ma vie jusqu’ici
Jusqu’à ce point qui lutte
Toujours près de la mer
Jeunesse sur les rochers, torse
Contre torse face au vent
Où peut donc aller un homme
Qui n’est rien d’autre qu’un homme
Mesurant à l’aune de ses rosées ses instants verdoyants
Au gré des ondes les visions de son ouïe,
A coups d’ailes ses remords
Ah ! Vie
De l’enfant qui devient un homme
Toujours près de la mer quand le soleil
Lui apprend à respirer là où s’efface
L’ombre d’un goéland.

J’ai mené ma vie jusqu’ici
Compte blanc sombre addition
Peu d’arbres et une poignée
De galets mouillés
Doigts légers pour caresser un front
Quel front
Tout au long de la nuit pleuraient les espérances
Et il n’y a plus personne
Pour faire résonner un pas libre
Pour faire se lever une voix reposée
Pour que de la jetée les proues écumantes
Inscrivent sur leur horizon un nom d’azur étincelant
Quelques années et quelques vagues
L’aviron délicat
Autour des havres de l’amour.

J’ai mené ma vie jusqu’ici
Entaille amère qui s’effacera sur le sable
…Qui a vu deux yeux effleurer son silence
Et a fait s’épouser leur éclat pour embrasser mille mondes
N’a qu’à rappeler aux autres soleils son sang
Plus près de la lumière
Il est un sourire dont la flamme est le prix
Mais ici dans ce paysage indifférent qui se perd
Dans une mer ouverte et impitoyable
La réussite se déplume
Tourbillon d’ailes
Et d’instants rivés au sol
Un sol dur sous les impatientes
Semelles, un sol façonné pour le vertige
Volcan défunt.

J’ai mené ma vie jusqu’ici
Pierre promise à l’élément liquide
Plus loin que les îles
Plus profond que la vague
Dans le voisinage des ancres
…Lorsque passent les impétueuses carènes déchirant
Un nouvel obstacle et l’emportent victorieuses
Et que l’espoir brille de tous ses dauphins
Privilège du soleil dans le cœur de l’homme
Les filets du doute ramènent
Une effigie de sel
Ciselée avec peine
Blanche et indifférente
Qui tourne vers la haute mer ses yeux vides
Portant l’infini.

*

Anniversary

…even the weariest river
winds somewhere safe to sea!

I brought my life this far
To this spot that struggles
Always near the sea
Youth upon the rocks, breast
To breast against the wind
Where is a man to go
Who is nothing but a man
Calculating with dews his green
Moments, with water the visions
Of his hearing, with wings his remorses
Ah Life
Of a child who becomes a man
Always near the sea when the sun
Teaches him to breathe whither
A seagull’s shadow is effaced.

I brought my life this far
White measuring ink-black sum
A few trees and a few
Wet pebbles
Light fingers to caress a brow
What brow
Anticipations wept all night and are no more
There is no one
Would that a free footstep be heard
That a rested voice arise
That sterns splash the jetty writing
A name more glaucous in their horizon
A few years a few waves
Sensitive rowing
In the bays surrounding love.

I brought my life this far
Bitter groove in the sand that will be effaced
-Whoever saw two eyes touch his silence
And mingled with their sunshine enclosing a thousand worlds
May he remind other suns of his blood
Nearer the light
There is a smile that fills the flame-
But here in the unknowing landscape that gets lost
In a sea open and pitiless
Success moults
Whirlwinds of feathers
And of moments that were bound to soil
Hard soil beneath impatient
Soles, earth made for vertigo
Or a dead volcano.

I brought my life this far
A stone dedicated to the watery element
Farther than the islands
Lower than the waves
Neighboring the anchors
-When keels pass by passionately cutting through
A new obstacle and conquer it
And hope with all its dolphins dawns
Sun’s profit in the human heart-
The nets of doubt draw in
A form of salt
Indifferent white
Hewn with effort
Which turns toward the sea the voids of its eyes
And supports infinity.

*

Επέτειος

Έφερα τη ζωή μου ως εδώ
Στο σημάδι ετούτο που παλεύει
Πάντα κοντά στη θάλασσα
Νιάτα στα βράχια επάνω, στήθος
Με στήθος προς τον άνεμο
Πού να πηγαίνει ένας άνθρωπος
Που δεν είναι άλλο από άνθρωπος
Λογαριάζοντας με τις δροσιές τις πράσινες
Στιγμές του, με νερά τα οράματα
Της ακοής του, με φτερά τις τύψεις του
Α, Ζωή
Παιδιού που γίνεται άντρας
Πάντα κοντά στη θάλασσα όταν ο ήλιος
Τον μαθαίνει ν’ ανασαίνει κατά κει που σβήνεται
Η σκιά ενός γλάρου.

Έφερα τη ζωή μου ως εδώ
Άσπρο μέτρημα μελανό άθροισμα
Λίγα δέντρα και λίγα
Βρεμένα χαλίκια
Δάχτυλα ελαφρά για να χαϊδέψουν ένα μέτωπο
Ποιο μέτωπο
Κλάψαν όλη τη νύχτα οι προσδοκίες και δεν είναι πια
Κανείς δεν είναι
Ν’ ακουστεί ένα βήμα ελεύθερο
Ν’ ανατείλει μια φωνή ξεκούραστη
Στο μουράγιο οι πρύμνες να παφλάσουν γράφοντας
Όνομα πιο γλαυκό μες στον ορίζοντά τους
Λίγα χρόνια λίγα κύματα
Κωπηλασία ευαίσθητη
Στους όρμους γύρω απ’ την αγάπη.

Έφερα τη ζωή μου ως εδώ
Χαρακιά πικρή στην άμμο που θα σβήσει
Όποιος είδε δυο μάτια ν’ αγγίζουν τη σιωπή του
Κι έσμιξε τη λιακάδα τους κλείνοντας χίλιους κόσμους
Ας θυμίσει το αίμα του στους άλλους ήλιους
Πιο κοντά στο φως
Υπάρχει ένα χαμόγελο που πληρώνει τη φλόγα–
Μα εδώ στο ανήξερο τοπίο που χάνεται
Σε μια θάλασσα ανοιχτή κι ανέλεη
Μαδά η επιτυχία
Στρόβιλοι φτερών
Και στιγμών που δέθηκαν στο χώμα
Χώμα σκληρό κάτω από τ’ ανυπόμονα
Πέλματα, χώμα καμωμένο για ίλιγγο
Ηφαίστειο νεκρό.

Έφερα τη ζωή μου ως εδώ
Πέτρα ταμένη στο υγρό στοιχείο
Πιο πέρα απ’ τα νησιά
Πιο χαμηλά απ’ το κύμα
Γειτονιά στις άγκυρες
–Όταν περνάν καρίνες σκίζοντας με πάθος
Ένα καινούριο εμπόδιο και το νικάνε
Και μ’ όλα τα δελφίνια της αυγάζ’ η ελπίδα
Κέρδος του ήλιου σε μι’ ανθρώπινη καρδιά–
Τα δίχτυα της αμφιβολίας τραβάνε
Μια μορφή από αλάτι
Λαξεμένη με κόπο
Αδιάφορη άσπρη
Που γυρνάει προς το πέλαγος τα κενά των ματιών της
Στηρίζοντας το άπειρο.

***

Odysséas Elýtis (1911-1996) – Orientations (1940) – Le soleil sait (Cheyne, 2015) – Traduit du grec par Angélique IonatosThe Collected Poems of Odysseus Elytis (Johns Hopkins University Press, 1997) – Translated by Jeffrey Carson and Nikos Sarris.

*Epigraphe de Algernon Charles Swinburne (1837–1909), « The Garden of Proserpine« .

Découvert ici

~ par schabrieres sur décembre 14, 2018.

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