Wisława Szymborska – Éloge des rêves

En rêve
je peins comme Vermeer de Delft.

Je parle grec, couramment,
et pas seulement aux vivants.

Je conduis des voitures
qui m’obéissent toutes.

Je suis douée,
j’écris de grands poèmes.

J’entends des voix
aussi bien que des saints très sérieux.

Vous seriez étonnés
de mon panache au piano.

Je vole comme il se doit,
par mes propres moyens.

Et quand je tombe du toit,
c’est mollement, dans la verdure.

Je n’ai aucun mal
à respirer sous l’eau.

Je n’ai pas à me plaindre :
j’ai découvert l’Atlantide.

Je sais toujours, avant de mourir,
me réveiller, toute contente.

Dès qu’une guerre éclate,
je change aussitôt de côté.

Je suis, mais sans contrainte,
un enfant de mon époque.

Il y a quelques années
j’ai même vu deux soleils.

Et, avant-hier, un pingouin.
Parfaitement, comme je vous vois.

*

Pochwała snów

We śnie
maluję jak Vermeer van Delft.

Rozmawiam biegle po grecku
i nie tylko z żywymi.

Prowadzę samochód,
który jest mi posłuszny.

Jestem zdolna,
piszę wielkie poematy.

Słyszę głosy
nie gorzej niż poważni święci.

Bylibyście zdumieni
świetnością mojej gry na fortepianie.

Fruwam jak się powinno,
czyli sama z siebie.

Spadając z dachu
umiem spaść miękko w zielone.

Nie jest mi trudno
oddychać pod wodą.

Nie narzekam:
udało mi się odkryc Atlantydę.

Cieszy mnie, że przed śmiercią
zawsze potrafę się zbudzić.

Natychmiast po wybuchu wojny
odwracam się na leprszy bok.

Jestem, ale nie muszę
być dzieckiem epoki.

Kilka lat temu
widziałem dwa słońca.

A przedwczoraj pingwina.
Najzupełniej wyraźnie.

*

In Praise of Dreams

In my dreams
I paint like Vermeer van Delft.

I speak fluent Greek
and not just with the living.

I drive a car
that does what I want it to.

I am gifted
and write mighty epics.

I hear voices
as clearly as any venerable saint.

My brilliance as a pianist
would stun you.

I fly the way we ought to,
i. e., on my own.

Falling from the roof,
I tumble gently to the grass.

I’ve got no problem
breathing under water.

I can’t complain:
I’ve been able to locate Atlantis.

It’s gratifying that I can always
wake up before dying.

As soon as war breaks out,
I roll over on my other side.

I’m a child of my age,
but I don’t have to be.

A few years ago
I saw two suns.

And the night before last a penguin,
clear as day.

***

Wisława Szymborska (1923-2012)De la mort sans exagérer (Poésie/Gallimard, 2018) – Traduit du polonais par Piotr Kamiński – Map: Collected and Last Poems (Houghton Mifflin Harcourt, 2015) – Translated by Stanisław Barańczak and Clare Cavanagh.

~ par schabrieres sur décembre 21, 2018.

Une Réponse to “Wisława Szymborska – Éloge des rêves”

  1. génial! j’aime l’imagerie de Wisława Szymborska

    Aimé par 1 personne

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