Jaroslav Seifert – Si pour vous les vers sont aussi un chant…

Si pour vous les vers sont aussi un chant
– et on le dit –
j’ai chanté toute ma vie.
Et j’allais avec ceux qui n’avaient rien
et vivaient leur vie au jour le jour.

J’étais l’un d’eux. J’ai chanté leur douleur,
leur croyance, leur foi
et je vivais avec eux tout
ce qu’ils vivaient. Même l’angoisse,
la faiblesse, la peur et le courage,
même la tristesse du pauvre.
Et leur sang, quand il coulait,
m’éclaboussait. Il en a toujours coulé beaucoup
dans ce pays de la douceur des rivières, des herbes, des papillons
et des femmes passionnées.
J’ai même chanté les femmes.
Aveuglé d’amour
j’allais chancelant à travers la vie,
trébuchant sur une fleur perdue
ou sur les marches d’une cathédrale.

*

Říkáte-li veršům také zpěv…

Říkáte-li veršům také zpěv
– a to se říkává -,
zpíval jsem celý svůj život.
A šel jsem s těmi, kdo neměli nic
a žili z ruky do huby.
Byl jsem jeden z nich.

Zpíval jsem jejich bolest,
jejich víru, naději
a žil jsem s nimi vše,
co žili oni. I úzkost,
slabost, strach a odvahu
i smutek bídy.
A jejich krev, když tekla,
stříkala na mne.

Vždycky jí teklo dost
v té zemi sladkých řek, trav, motýlů
a náruživých žen.
I o ženách jsem zpíval.
Oslepený láskou
potácel jsem se v životě,
zakopávaje o ztracený květ
či o schod katedrály.

*

If you call poetry…

If you call poetry a song
— and people often do —
then I’ve sung all my life.
And I marched with those who had nothing,
who lived from hand to mouth.
I was one of them.

I sang of their sufferings,
their faith, their hopes,
and I lived with them through whatever
they had to live through. Through their anguish,
weakness and fear and courage
and poverty’s grief.
And their blood, whenever it flowed,
spattered me.
Always it flowed in plenty
in this land of sweet rivers, grass and butterflies
and passionate women.
Of women, too, I sang.
Blinded by love
I staggered through my life,
tripping over dropped blossoms
or a cathedral step.

***
Jaroslav Seifert (1901-1986)Odlévání zvonů (La fonte des cloches (1967) – Poèmes choisis (1921-1984) (Thot, 1985) – Traduit du tchèque par Michel Fleischmann, avec la collaboration de Daniel Habrekorn – The Poetry of Jaroslav Seifert (Catbird Press, 1998) – Translated from the Czech by Ewald Osers.

~ par schabrieres sur février 20, 2019.

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