Erik Johan Stagnelius – Ami, quand l’heure vient

Ami, quand l’heure vient où tout est consommé,
Quand la ténèbre en toi s’est déversée,
Qu’ont roulé dans l’abîme doutes et souvenirs,
Qu’ombres et feux fantômes assiègent ta pensée –
Quand ton cœur n’est plus que soupirs
Et quand ton œil n’est plus que larmes –
Ami, lorsque ton âme enténébrée
A perdu ses ailes de feu
Et que vers le Néant tu sombres avec horreur,
Qui vient pour te sauver ? Quel est l’Ange fidèle
Qui fait la paix en toi et te rend la Beauté,
Qui relève tes ruines et reconstruit l’autel
Où de sa main sacrée il rallume la flamme ?
C’est lui, l’Être suprême ! qui dans la nuit des temps
D’un baiser donna vie aux Séraphins, et qui
Éveilla à la danse les étoiles !
C’est lui, le Verbe Saint qui dit : Soyez ! aux mondes,
Et dont la force meut sans cesse l’univers !
Aussi, réjouis-toi, ami, et chante
Dans la nuit de ton désespoir :
La Nuit est la mère du Jour, et le Chaos
Est proche de Dieu.

*

Vän! I förödelsens stund

Vän! i förödelsens stund, när ditt inre af mörker betäckes,
När i ett afgrundsdjup minne och aning förgå,
Tanken famler försagd bland skuggestalter och irrbloss,
Hjertat ej sucka kan, ögat ej gråta förmår;
När från din nattomtöcknade själ eldvingarne falla,
Och du till Intet, med skräck, känner dig sjunka på nytt,
Säg, hvem räddar dig då? — Hvem är den vänlige ängel,
Som åt ditt inre ger ordning och skönhet igen,
Bygger på nytt din störtade verld, uppreser det fallna
Altaret, tändande der flammen med presterlig hand? —
Endast det mägtiga Väsen, som först ur den eviga natten
Kysste Seraphen till lif, solarna väckte till dans.
Endast det heliga Ord, som ropte åt verldarna: « Blifven! » —
Och i hvars lefvande kraft verldarne röras ännu.
Derföre gläds, o vän! och sjung i bedröfvelsens mörker:
Natten är dagens mor, Chaos är granna med Gud.

*

Friend! When destruction is nigh

Friend! when destruction is nigh, when the darkness engulfs all within you,
When in the deepest abyss notions and memory fail,
Thoughts now timidly grope midst will-o’-the-wisps and shadows,
The heart no longer can sigh, nor eye can shed a tear;
When from your night-befogged soul the wings of fire are now falling,
And you, affrighted, feel yourself sinking to nothing once more,
Say, who will rescue you then? – Who is the friendly angel,
Who within you will restore order and beauty again,
Build your collapsed world anew, raise up once more the fallen
Altar, and there will kindle the flame with a priestly hand? –
None but the powerful being who first from the night eternal
Once kissed the seraph alive, wakened the planets to dance.
None but the Word divine, that called to the world: “Be ye living” –
And in whose true living power yet are the worlds ever moved.
Therefore take heart, oh friend, and sing in the dark of affliction:
Night is the mother of day, Chaos is neighbour to God.

c. 1815

***

Erik Johan Stagnelius (1793-1823) – Anthologie de la poésie suédoise (Seuil, 1971) (Somogy, 2000) – Traduit du suédois par Jean-Clarence Lambert – Translated by John Irons.

~ par schabrieres sur mars 29, 2019.

2 Réponses to “Erik Johan Stagnelius – Ami, quand l’heure vient”

  1. L’imagination perdit ici ses forces ;
    mais déjà mon envie avec ma volonté
    tournaient comme une roue aux ordres de l’amour

    qui pousse le soleil et les autres étoiles.

    Divine Comédie Chant 33

    Aimé par 1 personne

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