Arséni Tarkovski – Que Vincent Van Gogh me pardonne…

Que Vincent Van Gogh me pardonne :
Je n’ai pas su le secourir ;

Je n’ai pas étendu sur son chemin brûlé
L’herbe devant ses pas,

Je n’ai pas dénoué la courroie
De ses chaussures poudreuses,

Je ne lui ai pas donné à boire
Ni ne l’empêchai de se brûler la cervelle.

Au-dessus de moi me menaçait
Serré comme une flamme, un cyprès.

Jaune citron et bleu marine :
Sans eux je ne serai pas devenu moi-même ;

J’aurais humilié mon propre verbe
Si j’avais laissé choir ce fardeau.

Mais cette rudesse d’ange avec laquelle
Il a rapproché son coup de pinceau

De ma ligne écrite, vous conduit
À travers même ses pupilles

Jusqu’aux étoiles où Van Gogh respire.

*

Пускай меня простит Винсент Ван-Гог
За то, что я помочь ему не мог,

За то, что я травы ему под ноги
Не постелил на выжженной дороге,

За то, что я не развязал шнурков
Его крестьянских пыльных башмаков,

За то, что в зной не дал ему напиться,
Не помешал в больнице застрелиться.

Стою себе, а надо мной навис
Закрученный, как пламя, кипарис.

Лимонный крон и темно-голубое, –
Без них не стал бы я самим собою;

Унизил бы я собственную речь,
Когда б чужую ношу сбросил с плеч.

А эта грубость ангела, с какою
Он свой мазок роднит с моей строкою,

Ведет и вас через его зрачок
Туда, где дышит звездами Ван-Гог.

*

May Vincent van Gogh forgive me
for not helping him—that I did not

spread leaves beneath his feet
on the burning road, that I did not

untie the laces of his dusty boots,
that I did not give him, in the raging heat,

anything to drink and did not stop him,
in the hospital, from ending his life.

I stand here and lift my eyes
to the cypress, twisting like a flame.

That lemon-yellow, that deep blue—I
wouldn’t have become myself without them.

I would have debased my own words
if I’d shrugged off his burden.

And the coarse angel that connects
his brushstrokes to my lines, leads

you, too, through the depths of seeing,
where Vincent van Gogh breathes stars.

1958

***

Arséni Tarkovski (1907-1989)L’avenir seul (Fario, 2013) – Traduit du russe par Christian Mouze – I Burned at the Feast (Cleveland State University Poetry Center, 2015) – Translated by Philip Metres and Dimitri Psurtsev.

~ par schabrieres sur avril 7, 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

 
Waterblogged

Dry Thoughts on Damp Books

Ana Maria Tomescu

lumină în cana de lut

Rhapsody in Books Weblog

Books, History, and Life in General

Romenu

Over literatuur, gedichten, kunst en cultuur

Acuarela de palabras

Compartiendo lecturas...

Perles d'Orphée

Quelques larmes perlent sur l'âme d'Orphée : Musique - Poésie - Peinture - Sculpture - Philosophie

renegade7x

Natalia's space

Cahiers Lautréamont

Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse

366 Weird Movies

Celebrating the cinematically surreal, bizarre, cult, oddball, fantastique, strange, psychedelic, and the just plain WEIRD!

Le monde de SOlène, le blog

DU BONHEUR ET RIEN DAUTRE !

Fernando Calvo García

Poeta con pasión

Lectures au coeur

Photographie et poésie

The Tragedy of Revolution

Revolution as Hubris in Modern Tragedy

Le Trébuchet

Chroniques par C. M. R. Bosqué

Book Around The Corner

Books I read. Books I want to share with you.

lyrique.roumaine

poètes roumains des deux derniers siècles

Anthony Wilson

The Year of Living Deeply

Messenger's Booker (and more)

Primarily translated fiction and Australian poetry, with a dash of experimental & challenging writing thrown in

Reading in Translation

Translations Reviewed by Translators

Diabolus In Musica

Lossless Classical Resources

Ricardo Blanco's Blog

Citizen of Nowhere

Digo.palabra.txt

Literatura para generaciones pixeladas

AFROpoésie

Le site des poésies africaines

La Labyrinthèque

Histoire de l'art jouissive & enchantements littéraires

Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c'est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu'un pleure, c'est comme si c'était moi. » M. D.

verseando

algunos poemas y otros textos

Traversées, revue littéraire

Poésies, études, nouvelles, chroniques

Le Carnet et les Instants

Le blog des Lettres belges francophones

Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

L'atelier en ligne

de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School, by Andrew Epstein

Encres désancrées --- Carla Lucarelli

Carnets décousus, Ecriture, Lectures, humeurs, élucubrations, travaux en cours, Images aimées, prises, empruntées

Bonheur des yeux et du palais

sur le fil des jours

%d blogueurs aiment cette page :