Karin Boye – Certes, cela fait mal

Certes, cela fait mal quand les bourgeons éclatent.
Aussi n’est-il printemps qui n’hésite à fleurir.
Aussi s’enlisent-ils tous, nos brûlants désirs
Dans les marais glacés de la pâle amertume.
Le bourgeon tout l’hiver en sa gaine a dormi.
Qu’est-ce donc qui l’éveille, et pour le torturer ?
Certes, cela fait mal quand les bourgeons éclatent :
mal à ce qui s’ouvre et
                                ce qui va se fermer.

Pour les gouttes de sève il est dur de tomber.
Elles tremblent d’angoisse et pendent lourdement,
s’agrippent à la branche et se gonflent et glissent.
Leur poids les tire au sol, rien ne peut les sauver.
Il est dur, certes, d’être indécis, hésitant,
de sentir que la terre appelle et cependant
de demeurer sur place à seulement trembler…
dur de vouloir rester
                                et de vouloir tomber.

Mais alors au plus fort d’une telle souffrance,
tous les bourgeons de l’arbre éclatent à la fois
comme un chant d’allégresse ! Et les gouttes de sève
tombent des branches et miroitent au soleil.
Oubliant aussitôt qu’elles avaient tremblé
d’affronter un sort neuf et chargé de mystère,
elles vont se détendre et connaître, apaisées,
cet espoir confiant
                                dont est fait l’univers.

*

Ja visst gör det ont

Ja visst gör det ont när knoppar brister.
Varför skulle annars våren tveka?
Varför skulle all vår heta längtan
bindas i det frusna bitterbleka?
Höljet var ju knoppen hela vintern.
Vad är det för nytt, som tär och spränger?
Ja visst gör det ont när knoppar brister,
ont för det som växer
                               och det som stänger.

Ja nog är det svårt när droppar faller.
Skälvande av ängslan tungt de hänger,
klamrar sig vid kvisten, sväller, glider –
tyngden drar dem neråt, hur de klänger.
Svårt att vara oviss, rädd och delad,
svårt att känna djupet dra och kalla,
ändå sitta kvar och bara darra –
svårt att vilja stanna
                               och vilja falla.

Då, när det är värst och inget hjälper,
Brister som i jubel trädets knoppar.
Då, när ingen rädsla längre håller,
faller i ett glitter kvistens droppar
glömmer att de skrämdes av det nya
glömmer att de ängslades för färden –
känner en sekund sin största trygghet,
vilar i den tillit
                               som skapar världen.

*

Yes, of course it hurts

Yes, of course it hurts when buds are breaking.
Why else would the springtime falter?
Why would all our ardent longing
bind itself in frozen, bitter pallor?
After all, the bud was covered all the winter.
What new thing is it that bursts and wears?
Yes, of course it hurts when buds are breaking,
hurts for that which grows
                               and that which bars.

Yes, it is hard when drops are falling.
Trembling with fear, and heavy hanging,
cleaving to the twig, and swelling, sliding –
weight draws them down, though they go on clinging.
Hard to be uncertain, afraid and divided,
hard to feel the depths attract and call,
yet sit fast and merely tremble –
hard to want to stay
                               and want to fall.

Then, when things are worst and nothing helps
the tree’s buds break as in rejoicing,
then, when no fear holds back any longer,
down in glitter go the twig’s drops plunging,
forget that they were frightened by the new,
forget their fear before the flight unfurled –
feel for a second their greatest safety,
rest in that trust
                               that creates the world.

***

Karin Boye (1900-1941)För trädets skull (1935)Anthologie de la poésie suédoise (Seuil, 1971) (Somogy, 2000) – Traduit du suédois par Jean-Victor Pellerin – Complete poems (Bloodaxe Books, 1994) – Translated into English by David McDuff.

~ par schabrieres sur avril 18, 2019.

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