Paul Celan – Toi aussi, parle

Toi aussi, parle,
parle en dernier,
dis ta parole.

Parle —
Mais sans séparer le non du oui.
Donne aussi le sens à ta parole :
donne-lui l’ombre.

Donne-lui assez d’ombre,
donne-lui autant d’ombre
que tu en sais partagée autour de toi entre
minuit et midi et minuit.

Regarde tout autour :
Vois comme ce qui t’entoure devient vivant —
Au nom de la mort ! Vivant !
Qui parle l’ombre parle vrai.

Mais voici que rétrécit le lieu où tu te tiens :
Où aller, maintenant, dénué d’ombre, où aller ?
Monte. À tâtons, monte.
Te voilà plus ténu, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil
où l’étoile veut glisser et descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
où elle se voit scintiller : dans la houle
des mots qui cheminent.

*

Sprich auch du

Sprich auch du,
sprich als letzter,
sag deinen Spruch.

Sprich —
Doch scheide das Nein nicht vom Ja.
Gib deinem Spruch auch den Sinn :
gib ihm den Schatten.

Gib ihm Schatten genug,
gib ihm so viel,
als du um dich verteilt weißt zwischen
Mittnacht und Mittag und Mittnacht.

Blicke umher :
sieh, wie’s lebendig wird rings —
Beim Tode ! Lebendig !
Wahr spricht, wer Schatten spricht.

Nun aber schrumpft der Ort, wo du stehst :
Wohin jetzt, Schattenentblößter, wohin ?
Steige. Taste empor.
Dünner wirst du, unkenntlicher, feiner !
Feiner : ein Faden,
an dem er herabwill, der Stern :
um unten zu schwimmen, unten,
wo er sich schimmern sieht : in der Dünung
wandernder Worte.

*

Speak, you also

Speak, you also,
speak as the last,
have your say.

Speak —
But keep yes and no unsplit.
And give your say this meaning:
give it the shade.

Give it shade enough,
give it as much
as you know has been dealt out between
midnight and midday and midnight.

Look around:
look how it all leaps alive —
where death is! Alive!
He speaks truly who speaks the shade.

But now shrinks the place where you stand:
Where now, stripped by shade, will you go?
Upward. Grope your way up.
Thinner you grow, less knowable, finer.
Finer: a thread by which
it wants to be lowered, the star:
to float farther down, down below
where it sees itself gleam: in the swell
of wandering words.

***

Paul Celan (1920-1970) De seuil en seuil (Christian Bourgeois, 1991) – Traduit de l’allemand par Valérie Briet – Selected Poems (Penguin Books) – Translated by Michael Hamburger & Christopher Middleton.

 

~ par schabrieres sur mai 6, 2019.

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