Francisco Hernández – Ces mots toujours ressassés

Laisse-moi te rappeler les mots toujours ressassés,
les armoires qui renferment l’humidité des ports
et le goût du bétel que tu laisses sur mes lèvres
quand tu disparais dans l’air.
Laisse-moi étendre tes cheveux dans l’ombre
pour que la pénombre mûrisse comme le jour.
Laisse-moi être une immense cité, une boîte de bière
ou le fruit épluché face à la graine.
Laisse-moi te rappeler l’endroit où tout petit je me suis noyé
et pourquoi la tristesse donne à mon sang cette brillance.
Ou laisse-moi étendu sur le trottoir, sous les journaux,
pendant que la nef des fous lève l’ancre
vers les îles grecques

*

Las gastadas palabras de siempre

Déjame recordarte las gastadas palabras de siempre,
los armarios que encierran la humedad de los puertos
y el sabor a betel que dejas en mis labios
cuando desapareces en el aire.
Déjame tender tu cabello a la sombra
para que la penumbra madure como el día.
Déjame ser una ciudad inmensa, un bote de cerveza
o el fruto desollado ante la espiga.
Déjame recordarte dónde me ahogué de niño
y por qué hace brillar mi sangre la tristeza.
O déjame tirado en la banqueta, cubierto de periódicos,
mientras la nave de los locos zarpa
hacia las islas griegas.

***

Francisco Hernández (né à San Andrés Tuxtla, Veracruz en 1946)En las pupilas del que regresa (1991) – Le coeur et son nid de guêpes (L’atinoir, 2018) – Traduit du mexicain par Jacques Aubergy.

~ par schabrieres sur juin 9, 2019.

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