Gonzalo Rojas – Qu’aime-t-on quand on aime ?

Qu’aime-t-on quand on aime, grand Dieu : la lumière terrible de la vie
ou la lumière de la mort ? Que cherche-t-on, que trouve-t-on, c’est
quoi : amour ? Qui est-il ? La femme insondable, avec ses roses, ses volcans,
ou ce soleil embrasé qui est mon sang furieux
quand je la pénètre jusqu’aux dernières racines ?

Ou tout est-il est un grand jeu, mon Dieu, et il n’y a pas de femme
ni d’homme mais un seul corps : le tien,
réparti en étoiles de beauté, en particules fugaces
d’éternité visible ?

Je meurs de cela, oh Dieu, de cette guerre
de chassés-croisés avec elles dans les rues, de ne pouvoir en aimer
trois cents à la fois, parce que je suis condamné pour toujours à une,
à cette une-là, à l’unique que tu m’as donnée dans le vieux paradis.

*

¿Que se ama cuando se ama?

¿Qué se ama cuando se ama, mi Dios: la luz terrible de la vida
o la luz de la muerte? ¿Qué se busca, qué se halla, qué
es eso: amor? ¿Quién es? ¿La mujer con su hondura, sus rosas, sus volcanes,
o este sol colorado que es mi sangre furiosa
cuando entro en ella hasta las últimas raíces?

¿O todo es un gran juego, Dios mío, y no hay mujer
ni hay hombre sino un solo cuerpo: el tuyo,
repartido en estrellas de hermosura, en partículas fugaces
de eternidad visible?

Me muero en esto, oh Dios, en esta guerra
de ir y venir entre ellas por las calles, de no poder amar
trescientas a la vez, porque estoy condenado siempre a una,
a esa una, a esa única que me diste en el viejo paraíso.

*

What do you love when you love?

What do you love when you love, my God: the terrible light of life
or the light of death? What do you seek or find, what
is this: love? Who is it? woman, with her depth, her roses, volcanoes,
or this red sun, which is my furious blood
when I enter into her up to the final roots?

Or is it all a great game, my God, and there is no woman
nor man but one body only: yours,
split up in stars of beauty, in fleeting particles
of visible eternity?

I’m dying in this, oh God, in this war
of coming and going among women in the streets, of not being able to love
three hundred of them at a time, because I am always condemned to one,
to this one, to this only one whom you gave me in the old paradise.

***

Gonzalo Rojas (1917-2011)Contra la muerte (1964) – Nous sommes un autre soleil (Orphée/ La Différence, 2013) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Fabienne Bradu – Translated by John Oliver Simon.

~ par schabrieres sur août 29, 2019.

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