Vicente Huidobro – La poésie est un attentat céleste

Moi je suis absent mais dans le fond de cette absence
Il y a l’attente de moi-même
Et cette attente est une autre sorte de présence
L’attente de mon retour
Moi je suis dans d’autres objets
Je suis en voyage donnant un peu de ma vie
À certains arbres et à certaines pierres
Qui m’ont attendu de nombreuses années

Ils se sont fatigués de m’attendre et ils se sont assis

Moi je ne suis pas et je suis
Je suis absent et je suis présent dans un état d’attente
Eux voulaient mon langage pour s’exprimer
Et moi je voulais le leur pour les exprimer
Et voilà l’équivoque l’atroce équivoque

Angoissé lamentable
J’entre plus profondément dans ces plantes
Je laisse derrière moi peu à peu mes vêtements
Peu à peu tombent mes chairs
Et mon squelette peu à peu s’habille d’écorce

Je suis en train de devenir arbre Combien de fois je me suis
transformé en d’autres choses…
C’est douloureux et plein de tendresse

Je pourrais émettre un cri mais s’effraierait la transsubstantiation
Il faut rester silencieux Attendre en silence

*

La poesía es un atentado celeste

Yo estoy ausente, pero en el fondo de esta ausencia
Hay la espera de mí mismo
Y esta espera es otro modo de presencia
La espera de mi retorno
Yo estoy en otros objetos
Ando en viaje dando un poco de mi vida
A ciertos árboles y a ciertas piedras
Que me han esperado muchos años

Se cansaron de esperarme y se sentaron

Yo no estoy y estoy
Estoy ausente y estoy presente en estado de espera
Ellos querrían mi lenguaje para expresarse
Y yo querría el de ellos para expresarlos
He aquí el equívoco, el atroz equívoco

Angustioso lamentable
Me voy adentrando en estas plantas
Voy dejando mis ropas
Se me van cayendo las carnes
Y mi esqueleto se va revistiendo de corteza

Me estoy haciendo árbol
Cuántas veces me he ido convirtiendo en otras cosas
Es doloroso y lleno de ternura

Podría dar un grito pero se espantaría la transubstanciación
Hay que guardar silencio Esperar en silencio

*

Poetry Is a Celestial Assault

I am absent but deep in this absence
There is the waiting for myself
And this waiting is another kind of presence
The waiting for my return
I am in other objects
I am off on a journey giving a little of my life
To some trees and some stones
That have awaited me for many years

They wearied of waiting for me and sat down

I am not here and I am here
I am absent and I am present in a state of expectation
They wanted my language so as to express themselves
And I wanted theirs to express them
This is the error, the terrible error

A wretched man of sorrows
I am entering these plants
Shedding my clothes
All my flesh falling away
And my skeleton is covering itself with bark

I am turning into a tree
How often have I turned into other things
It is painful and full of tenderness

I could cry out but the transubstantiation would be frightened off
One must keep silent Wait in silence

***

Vicente Huidobro (1893-1948)Últimos poemas (1948) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Estelle Martineau – Selected Poems (Shearsman Books, 2019) – Translated by Tony Frazer.

Découvert ici

~ par schabrieres sur septembre 10, 2019.

4 Réponses to “Vicente Huidobro – La poésie est un attentat céleste”

  1. A reblogué ceci sur Ana Maria Tomescuet a ajouté:
    I am turning into a tree
    How often have I turned into other things
    It is painful and full of tenderness.

    #waitinsilence

    Aimé par 1 personne

  2. Un texte incroyable.
    Il me paraît entrer en dialogue avec les Amis inconnus de Supervielle, mais encore plus âpre.
    Merci.

    Aimé par 1 personne

  3. https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/01/05/joie-decrire/

    Joie d’écrire

    Cette page d’écran a la blancheur du cygne,
    J’y dépose des mots formant constellation
    Pour dire mon sourire et ma jubilation
    Devant le ciel poète et ses milliers de signes.

    – Petit primate humain, te crois-tu vraiment digne
    De ce cosmos grandiose et de sa vibration ?
    Et que sont, en regard, tes élucubrations
    Qui ne font qu’ajouter des lignes à des lignes?

    – Digne ou non, j’écrirai, comme chante l’oiseau,
    Comme souffle le vent au travers des roseaux,
    Comme au creux de l’air tiède un jeune orage gronde.

    Et que témoignent l’arbre, et la plaine, et le vent,
    Que je ne cherche rien de plus, en écrivant,
    Que de dire ma joie de la beauté du monde.

    Cochonfusius

    Aimé par 3 personnes

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