Charles Bukowski – Le maximum

voici venir des têtes de poisson qui chantent
voici venir des pommes de terre cuites déguisées

voici venir le moment où il n’y a plus rien à faire
voici venir la nuit d’insomnie

voici venir le téléphone qui sonne par erreur

voici venir un termite qui joue du banjo
voici venir un porte-drapeau aveugle
voici venir un chat et un chien qui portent des nylons

voici venir une mitraillette qui chante
voici venir du bacon qui grésille dans la poêle
voici venir une voix qui débite des choses ennuyeuses

voici venir un journal bourré de petits oiseaux rouges
avec des becs plats et marron

voici venir un con qui brandit une torche
une grenade
un amour mortel

voici venir la victoire qui porte
un seau de sang
et qui trébuche dans les baies

et les draps viennent se plaquer sur les fenêtres

et les bombardiers se dirigent vers l’est l’ouest
le nord le sud
puis se perdent
dans un long soubresaut

tandis que tous les poissons de la mer se
mettent en ligne et forment
une seule ligne
une seule longue ligne
une très longue ligne mince
la plus longue ligne que vous ayez pu imaginer

et nous sommes perdus
errant entre les montagnes pourpres

et nous marchons
aussi nus que la lame du couteau

ayant tout perdu
ayant tout recraché jusqu’au noyau d’olive

tandis que la fille du téléphone
hurle
« ne rappelez plus, pauvre cloche! »

*

The Most

here comes the fishhead singing
here comes the baked potato in drag

here comes nothing to do all day long
here comes another night of no sleep

here comes the phone ringing the wrong tone

here comes a termite with a banjo
here comes a flagpole with blank eyes
here comes a cat and a dog wearing nylons

here comes a machinegun singing
here comes bacon burning in the pan
here comes a voice saying something dull

here comes a newspaper stuffed with small red birds
with flat brown beaks

here comes a cunt carrying a torch
a grenade
a deathly love

here comes victory carrying
one bucket of blood
and stumbling over the berrybush

and the sheets hang out the windows

and the bombers head east west north south
get lost
get tossed like salad

as all the fish in the sea line up and form
one line
one long line
one very long thin line
the longest line you could ever imagine

and we get lost
walking past purple mountains

we walk lost
bare at last like the knife

having given
having spit it out like an unexpected olive seed

as the girl at the call service
screams over the phone:
“don’t call back! you sound like a jerk!”

***

Charles Bukowski (1920-1994)Love is a Dog From Hell (1977)L’amour est un chien de l’enfer (Grasset, 1977) – Traduit de l’américain par Gérard Guégan.

 

~ par schabrieres sur septembre 17, 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

 
Nichole Hastings Ceramics

The Truth Will Set You Free

En toutes lettres

Arts et culture

À nos heurs retrouvés

“Elle dit aussi que s'il n'y avait ni la mer ni l'amour personne n'écrirait des livres.” Marguerite Duras

Luis Ordóñez

Realizador y guionista

Waterblogged

Dry Thoughts on Damp Books

Ana Maria Tomescu

bibliotecana

Rhapsody in Books Weblog

Books, History, and Life in General

Romenu

Over literatuur, gedichten, kunst, muziek en cultuur

Acuarela de palabras

Compartiendo lecturas...

Perles d'Orphée

Quelques larmes perlent sur l'âme d'Orphée : Musique - Poésie - Peinture - Sculpture - Philosophie

renegade7x

Natalia's space

Cahiers Lautréamont

Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse

366 Weird Movies

Celebrating the cinematically surreal, bizarre, cult, oddball, fantastique, strange, psychedelic, and the just plain WEIRD!

Le monde de SOlène, le blog

DU BONHEUR ET RIEN DAUTRE !

Fernando Calvo García

Poeta con pasión

Lectures au coeur

Photographie et poésie

The Tragedy of Revolution

Revolution as Hubris in Modern Tragedy

Le Trébuchet

Chroniques par C. M. R. Bosqué

Book Around The Corner

Books I read. Books I want to share with you.

lyrique.roumaine

poètes roumains des deux derniers siècles

Anthony Wilson

The Year of Living Deeply

Messenger's Booker (and more)

Primarily translated fiction and Australian poetry, with a dash of experimental & challenging writing thrown in

Reading in Translation

Translations Reviewed by Translators

Diabolus In Musica

Lossless Classical Resources

Ricardo Blanco's Blog

Citizen of Nowhere

Digo.palabra.txt

Literatura para generaciones pixeladas

AFROpoésie

Le site des poésies africaines

La Labyrinthèque

Histoire de l'art jouissive & enchantements littéraires

Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c'est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu'un pleure, c'est comme si c'était moi. » M. D.

L'Histoire par les femmes

L'Histoire par les femmes veut rappeler l’existence de ces nombreuses femmes qui ont fait basculer l’histoire de l’humanité, d’une manière ou d’une autre.

Traversées, revue littéraire

Poésies, études, nouvelles, chroniques

Le Carnet et les Instants

Le blog des Lettres belges francophones

Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

L'atelier en ligne

de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School, by Andrew Epstein

%d blogueurs aiment cette page :