Gyula Illyés – Doleo, ergo sum

Tous mes membres me font mal. Je les sens tous car je suis.
Je hais pareil état et m’en ris.

Je ris en voyant la douleur maîtresse de maison
me présenter comme des invités l’un après l’autre, mes organes.

Des éclairs traversent os et nerfs en moi
Yeux clos je situe les brûlures, fais connaissance.

Autant de souffrances, autant de serrements de mains
un cri, une grimace puis je puis à moi-même me serrer la main.

Jadis je ne savais pas où se trouvaient larynx, sommet du poumon, foie
et ce bulbe qui derrière ma tête fait si grand tapage.

Maintenant je connais tout ce qui pique, mord, frappe en mon corps
la douleur allume en moi le chapelet de ses lampes. J’ai mal donc je suis.

Celui-là qui ne connaît que joie vit dans l’univers des rêves.
Je me sens mal mais au moins c’est bien moi qui sens mon mal.

C’est là indication, enseignement essentiel :
Qui connaît le monde et la vie ? Les malades et eux seulement.

Qui connut le réel sur cette terre et au-dessus planant la vérité ?
Les pauvres et souffreteux.

Qui sut prévoir l’avenir ? Les gens de cet ordre
ainsi que les malades purent devenir guérisseurs.

C’est là un conseil sacré que je vous donne pour aujourd’hui et toujours :
Dirigeants des peuples, soyez des ganglions de nerfs ardents.

*

Doleo, ergo sum

Minden tagom fáj, mindet érzem; fájok: vagyok!
Gyűlölöm és nevetem ezt az állapotot.

Nevetem, hogy mint házigazda, a test kin
mutatja be vendégeimként a szerveim.

Istennyilák futnak a csonton, idegemen.
Hunyt szemmel rögzitem, hol éget. Ismerkedem.

Ahány kin, annyi kézszoritás; fölszisszenek,
fintorgok, aztán: önmagammal kezelhetek!

Mit tudtam én, garat, tüdőcsúcs, máj merre van
s hogy ami hátul úgy dörömböl, a nyúltagyam.

Tudok már mindenről, mi bennem szúr, mar, kopog.
A kin, mint lámpák sora gyúl ki. Fájok: vagyok!

Álomvilágban él, kinek csak öröme van.
Rosszul érzem, de legalább én érzem magam!

S ez nagy tanács és nagy tanulság. Ki tudta, mi
világ és élet? Ő csak, ők, a “betegei”!

Kik tudták a valót e földön és föld fölött,
az igazságot? A szegények, a szenvedők.

Kik tudták a jövőt? Az ilyen érzékenyek.
Így lehettek a gyógyítók is a – betegek!

Szent a tanács, mit ma s örökre adni tudok:
népek vezetői, legyetek izzó idegducok!

1954

*

Gyula Illyés (1902-1983)Kézfogások (Magvető, Bp. 1956) – Les Orphées du Danube (Rafael de Surtis/Editinter, 2015) par Christophe Dauphin & Anna Tüskés – Traduit du hongrois par Ladislas Gara et adapté par Jean Follain.

~ par schabrieres sur septembre 29, 2019.

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