Claudio Willer – Ruines romaines

Que de poètes
sont déjà venus ici,
que de poètes
ont déjà écrit
sur l’éblouissante annihilation,
face à ces dramatiques profils minéraux,
si proches de la motte originelle de glaise
antérieure à la forme ;
des choses
réduites à rien d’autre qu’un amoncellement,
quasi naturelles ;
des choses placées
à la frontière de la main qui travaille, du vent et de l’eau ;
c’est ici
que retentissent les sifflets du vent,
c’est ici
que résonne l’écho de la voix affolée du vide, du creux, de la fente,
silence nuancé de murmures,
et maintenant
je suis l’un de ceux qui voient clair, moi aussi :
l’informe,
le passé monstrueux,
ce furent les sculpteurs de l’inverse
qui les réduisirent à cela,
les auteurs
du cruel théorème
qui nous condamne au présent
et répète
que nous ne savons rien du tout, que rien ne vaut même la peine,
car notre passé et notre avenir ne sont
que des pas vers l’informe pérennité,
et c’est à grand-peine que nous observons
la réalité dispersée par ici et par là,
dans un autre endroit
où nous sommes encore moins existants :
c’est bien nous
qui sommes des fantômes,
et la solidité
est ce qui se tient là-bas,
parmi ces ruines
qui ne cessent de répéter
que cela
– RIEN DU TOUT –
est tout ce que nous possédons.

*

Ruínas Romanas

Quantos poetas
já não estiveram aqui
quantos poetas
já não escreveram
sobre a ofuscante aniquilação
diante desses dramáticos perfis minerais
tão próximos da pedra original
do barro anterior à forma
coisas
reduzidas a não mais que montanha
quase natureza
coisas
na fronteira da mão que trabalha, do vento, da água
aqui
ressoam os silvos do vento
aqui
ecoa a ensandecida voz do oco, do cavo, da fresta
– silêncio matizado de sussurros
e agora
eu também sou um dos que enxergam:
o informe
o monstruoso passado
– foram os escultores do avesso
que as reduziram a isso
os autores
do cruel teorema
que nos condena ao presente
e repete
que nada sabemos, nada vale a pena
pois passado e futuro só existem
como passo para a informe eternidade
– a custo divisamos lá fora
a realidade logo ali, logo aqui:
outro lugar
onde existiremos menos ainda
nós
é que somos os fantasmas
e a solidez
é o que está aí,
nas ruínas
que não param de repetir
que isto
– NADA –
é tudo o que temos

***

Claudio Willer (né à São Paulo, Brésil, en 1940)Estranhas experiências e outros poemas (Lamparina Editora, 2004) – Un siècle de poésie brésilienne (Revue web Sens Public) – Traduit du portugais (Brésil) par Oleg Almeida.

~ par schabrieres sur janvier 18, 2020.

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