Gabriel Ferrater – Milieu de matinée

Le soleil, ce vieux sage, dissipe
les minuscules doutes d’ombre
qu’il n’avait pas encore
jusqu’à présent résolus. Ses mains
tremblent un peu, de même
tremblent les arbres et nous-mêmes,
alors que nous sentons que toute minute
qui passe arrachera brusquement
une bande d’ombre, et maintenant
la chute de la lumière sera bien droite,
maintenant éclatera le mince tremblement
de la flûte d’Isis, et nous verrons
absolument tout, et même au-delà des
espaces de clarté plus impénétrables que le verre.
Et, puisque tout sera si évident, nous dirons :
c’est toi qui l’as voulu, oui c’est toi qui
l’as cherché, toi qui n’as dormi cette nuit
que pour seulement te réveiller
et qui ne voulais pas croire que
la vie te deviendrait plus inconnue
que le sommeil lui-même.

*

A mig matí

El sol, el savi vell, va dissipant
minúsculs dubtes de foscor, deixats,
fins ara, per resoldre. Li tremolen
una mica les mans, i tremolem
els arbres i nosaltres, quan sentim
que tot minut que passa ha d’arrencar,
brusc, una bena d’ombra, i ara el just
cas de la llum serà ben recte, i ara
xisclarà el prim desfici de la flauta
d’Iblis, i ho veurem tot, i tot enllà
d’espais de claredat, impenetrables
com el cristall. Tot manifest, direm:
ho has volgut tu, t’ho has buscat tu, de nit,
quan dormies només per despertar-te
i no et volies creure que la vida
se’t faria ignorada, més que el son

*

A media mañana

El sol, el viejo sabio, va disipando
minúsculas dudas de oscuridad, dejadas
hasta ahora por resolver. Le tiemblan
un poco las manos, y temblamos
los árboles y nosotros cuando oímos
que todo minuto que pasa ha de arrancar,
brusco, una venda de sombra, y ahora el justo
caso de la luz será bien recto, y ahora
chillará la delgada desazón de la flauta
de Iblis, y lo veremos todo, y repleto
de espacios de claridad, impenetrables
como el cristal. Manifestado todo, diremos:
tú lo has querido, te lo has buscado tú, de noche,
cuando dormías sólo para despertarte
y no querías creer que la vida
se te volvería más ignorada que el sueño.

***

Gabriel Ferrater (1922-1972)Les dones i els dies (1968) – Les Femmes et les Jours (Editions du Rocher, 2004) – Traduit du catalan par William Cliff – Version castillane par M. Àngels Cabré.

~ par schabrieres sur mai 22, 2020.

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