Gonzalo Rojas – Les jours vont si rapides

Les jours vont si rapides dans le courant obscur que tout salut
pour moi se réduit à peine à respirer profond pour que l’air dure dans mes poumons
une semaine de plus, les jours vont si rapides
vers l’invisible océan que je n’ai plus de sang où nager en sécurité
et je deviens peu à peu un poisson de plus, avec mes arêtes.

Je reviens à mon origine, je vais vers mon origine, personne
ne m’attend là-bas, je cours vers le gouffre maternel
où l’os se termine, je vais vers ma semence,
car il est écrit que cela s’accomplira dans les étoiles
et dans le pauvre ver que je suis, avec mes semaines
et les mois de plaisir que j’espère encore.

On est ici et on ne sait pas qu’on y est plus, c’est ridicule
d’être entré dans ce jeu délirant,
mais le miroir cruel te l’explique un jour
et tu pâlis et tu fais comme si tu n’y croyais pas,
comme si tu ne l’entendais pas, mon frère, et c’est ton propre sanglot là-bas au fond.

Si tu es femme, tu mets le plus beau masque
pour te leurrer, si tu es homme, tu durcis
le squelette, mais au-dedans c’est autre chose,
il n’y a rien, il n’y a personne, sinon toi-même dans tout cela :
il vaut donc mieux voir clairement le danger.

Soyons prêts. Restons nus
tels que nous sommes, mais brûlons, ne pourrissons pas
ce que nous sommes. Flambons. Respirons
sans crainte. Éveillons-nous à la grande réalité
d’être en train de naître à présent et jusqu’à la dernière heure.

*

Los días van tan rápidos

Los días van tan rápidos en la corriente oscura que toda salvación
se me reduce apenas a respirar profundo para que el aire dure en mis pulmones
una semana más, los días van tan rápidos
al invisible océano que ya no tengo sangre donde nadar seguro
y me voy convirtiendo en un pescado más, con mis espinas.

Vuelvo a mi origen, voy hacia mi origen, no me espera
nadie allá, voy corriendo a la materna hondura
donde termina el hueso, me voy a mi semilla,
porque está escrito que esto se cumpla en las estrellas
y en el pobre gusano que soy, con mis semanas
y los meses gozosos que espero todavía.

Uno está aquí y no sabe que ya no está, dan ganas de reírse
de haber entrado en este juego delirante,
pero el espejo cruel te lo descifra un día
y palideces y haces como que no lo crees,
como que no lo escuchas, mi hermano, y es tu propio sollozo allá en el fondo.

Si eres mujer te pones la máscara más bella
para engañarte, si eres varón pones más duro
el esqueleto, pero por dentro es otra cosa,
y no hay nada, no hay nadie, sino tú mismo en esto:
así es que lo mejor es ver claro el peligro.

Estemos preparados. Quedémonos desnudos
con lo que somos, pero quememos, no pudramos
lo que somos. Ardamos. Respiremos
sin miedo. Despertemos a la gran realidad
de estar naciendo ahora, y en la última hora.

*

The days go so fast

The days go so fast in the dark current that all salvation
is reduced for me to just breathing deeply so the air will last in my lungs
one more week, the days go so fast
to the invisible ocean that I already have no blood to swim in safely
and I’m being converted into one more fish, with my spines.

I return to my origin, I go toward my origin, nobody waits
for me there, I go running to the maternal depth
where the bone ends, I go back to my seed,
because it is written that this be fulfilled in the stars
and in the poor worm that I am, with my weeks
and the joyful months thatI still wait for.

One is here and doesn’t know that he already isn’t here, one has a mind to laugh
at having entered into this delirious game,
but the cruel mirror deciphers it for you one day
and you grow pale and actas if you don’t believe it,
as if you’re not listening to it, my brother, and it is your own sobbing there in the background.

If you are a woman you put on more beautiful mascara
to fool yourself, if you are male you set your skeleton
harder, butinside it is something else,
and there is nothing, there is nobody, but you yourself in this:
thus it is that the best is to see the danger clearly.

Let us be prepared. Let us remain naked
with what we are, but let us burn, let’s not putrify
what we are. Let’s blaze away. Let’s breathe
without fear. Let’s wake up to the grand reality
of being born now,and in the final hour.

***

Gonzalo Rojas (1917-2011) – Nous sommes un autre soleil (Orphée/ La Différence, 2013) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Fabienne Bradu – Translated by James Mann.

~ par schabrieres sur mai 23, 2020.

3 Réponses to “Gonzalo Rojas – Les jours vont si rapides”

  1. […] Flambons respirons sans crainte Éveillons-nous à la grande réalité d'être en train de naître à présent et jusqu'à la dernière heure. Gonzalo Rojas vu ici […]

    J'aime

  2. Oui, respirons sans crainte.

    Aimé par 1 personne

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