Sergueï Essénine – Non, non et non !

Non, non et non ! Je ne veux pas mourir.
Ces oiseaux planent en vain au-dessus de nos têtes.
Je veux encore, comme un adolescent, gaulant le bronze des tremblaies
Leur présenter la paume de mes mains jointes – blancs calices séreux. Comment cela, la mort ?
Cette pensée pourrait-elle se loger en mon cœur
Alors que j’ai dans la province de Penza une maison à moi ?
Je languis du soleil, je languis de la lune,
Du peuplier qui coiffe la lucarne.
Les bosquets, les torrents, les steppes, la verdure
Ne sont bénis que pour les seuls vivants.
Ecoute : je me fous bien de l’univers entier
Si je devais, demain, ne plus être de ce monde.
Je veux vivre, vivre, vivre,
Vivre à en avoir mal, vivre à en avoir peur !
Même en coupeur de bourses, même en traîne-misère.
Mais au moins voir gambader dans les champs les gais mulots,
Entendre au moins au puits des grenouilles la chorale ravie.
Mon âme candidement bourgeonne – blanche fleur de pommier.
La brise a attisé un feu bleu dans mes yeux.
Instruisez-moi, au nom des cieux,
Instruisez-moi : me voici prêt à tout,
Prêt à tout afin de résonner au jardin des humains.

*

Нет, нет, нет! Я совсем не хочу умереть!
Эти птицы напрасно над нами вьются.
Я хочу снова отроком, отряхая с осинника медь,
Подставлять ладони, как белые скользкие блюдца.
Как же смерть?
Разве мысль эта в сердце поместится,
Когда в Пензенской губернии у меня есть свой дом?
Жалко солнышко мне, жалко месяц,
Жалко тополь над низким окном.
Только для живых ведь благословенны
Рощи, потоки, степи и зеленя.
Слушай, плевать мне на всю вселенную,
Если завтра здесь не будет меня!
Я хочу жить, жить, жить,
Жить до страха и боли!
Хоть карманником, хоть золоторотцем,
Лишь бы видеть, как мыши от радости прыгают в поле,
Лишь бы слышать, как лягушки от восторга поют в колодце.
Яблоневым цветом брызжется душа моя белая,
В синее пламя ветер глаза раздул.
Ради бога, научите меня,
Научите меня, и я что угодно сделаю,
Сделаю что угодно, чтоб звенеть в человечьем саду!

***

Sergueï Essénine (1895-1925)Pougatchev (Alidades, 2005) – Ttraduit du russe par Victoria et Guy Imart.

~ par schabrieres sur septembre 10, 2020.

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