António Ramos Rosa – Ce que nous devons accueillir…

Ce que nous devons accueillir parce que c’est ce qui nous manque
serait-ce l’épaisseur impondérable d’un instant
dans le lien non réel mais d’un souffle possible ?
Peut-être est-ce vivant tout ce que nous aimons
sous l’arche du début et sous l’arche dernière

C’est à chaque moment que tout peut commencer
et même si nous ne sommes pas préparés voilà que nous le sommes
entre ce qui est prématuré et ce qui vient à mûrir
Le mot survient dans la lenteur féline
de ses muscles d’eau et de feu facile

Nous sommes attentifs comme si nous étions dans une barque
traversant un désert dépourvu de signaux
Nous vivons sous la basse corolle du vide
mais quelquefois nous rencontrons le bras d’une oasis
et l’horizon d’un seul instant devient tout le monde possible

Vivre c’est naviguer entre sens et non-sens
et gagner un sens dans le vent comme si nous étions son pouls
ou un pont de verdure oscillant entre deux collines
Mais être vivant c’est perdre ses propres pas
ou avancer vers ce que nous ne savons pas
ou ne savons que trop et voulons ignorer
Qui sait peut-être cheminons-nous vers le commencement
ou alors vers quelque possible indépassable

Qui nous cherchons serait-ce à jamais un autre anonyme
ou bien cet autre est-il notre être le plus nôtre ?
Dira-t-on que le monde est une quille qui nous fend
à tout moment ? Ou bien est-ce la mort ?
Les lettres seraient-elles les boucles d’une étoile
et leur ondulation la délivrance d’une femme enceinte ?
Ou encore tout ce qui dans la page se redresse
serait-ce la naissance d’un espace une respiration ?

Nous savons que nous perdons mais nous ne savons pas quoi
et nous vivons dans la perte et peut-être de la perte
C’est en elle que la proue du poème avance
en inventant sa confiance audacieuse
en la saveur du vent qui nous dénude et nous remue

*

O que devemos acolher porque é que nos falta
será o volume imponderável de um instante
no enlace não real mas de um sopro possível?
Talvez esteja vivo tudo quanto amamos
sob o arco do início e sob o arco final

É a cada momento que tudo pode começar
e ainda que não estejamos preparados já o estamos
entre o que é prematuro e o que está amadurecendo
A palavra vem com a lentidão felina
dos seus músculos de água e de fogo fácil

Estamos atentos como se estivéssemos num barco
que atravessa um deserto sem sinais
Vivemos sob a corola baixa do vazio
mas às vezes encontramos o braço de um oásis
e o horizonte de um instante torna-se o mundo possível

Viver é navegar entre o sentido e o não sentido
e ganhar um sentido no vento como se fôssemos o seu pulso
ou uma ponte de verdura que oscila entre dois montes
Mas estar vivo é perder os próprios passos
ou avançarmos para o que não sabemos
ou por demais sabemos e não queremos saber
Quem sabe talvez caminhemos para o princípio
ou para uma possibilidade insuperável

Quem procuramos será sempre um outro anónimo
ou será esse outro o mais próprio de nós?
Dir-se-ia que o mundo é uma quilha que nos fende
a cada instante? Ou será a morte?
Serão as letras as linhas de uma estrela
e a sua ondulação o parto de uma mulher grávida?
Ou tudo o que na página se levanta
será o nascimento de um espaço uma respiração?

Sabemos que perdemos mas não sabemos o quê
e vivemos na perda e talvez da perda
É por ela que a proa do poema avança
inventando a sua confiança audaciosa
ao sabor do vento que nos despe e nos impele

***

António Ramos Rosa (1924-2013)À la table du vent / À Mesa do Vento (Le Passeur, 1995) – Traduit du portugais par Patrick Quillier.

~ par schabrieres sur janvier 28, 2021.

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