André Laude – Je vis en grande solitude

Je vis en grande solitude. J’ai mangé tout mon pain blanc
je mords jusqu’au sang mes lèvres
je bois l’eau lépreuse des fièvres.

Je coule et descends
vers le noir des vertèbres
loin des aurores boréales.

J’entends hurler peuples et nations
j’avance à travers les cadavres décomposés
j’avance pour une agonie couverte par la rosée du matin
où seuls résistent merles moqueurs, rossignols et leurs chants et leurs danses nuptiales.

Je vis en grande solitude. Je traîne ma carcasse
entre Mac’Do et boutique Tati.
Ça passe ou ça casse.
En ces temps pourris « dire non » est un soleil tatoué là où ça fait mal.

***

André Laude (1936-1995)

~ par schabrieres sur avril 11, 2022.

6 Réponses to “André Laude – Je vis en grande solitude”

  1. Très belle découverte que Laude. Âpre, saignant. Merci.

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime

  3. Commentaire précédent hors sujet. Il est question d’André Laude.

    J’aime

    • Dans ce commentaire, il est question de ce que m’évoque ce poème, et il m’évoque cette chanson, en particulier le « non » de la dernière ligne. Il m’évoque aussi ce texte d’André Laude dont j’ai eu la chance de voir l’original quand j’ai interviewé le président de l’association des amis d’André Laude. https://m.youtube.com/watch?v=9JBCifoKqxQ
      Bon, c’est pas mon métier la radio, ça s’entend… mais j’espère contribuer à faire connaître un peu plus ce magnifique auteur que j’ai découvert ici-même.

      Si un jour il était en vente, je casserais ma tirelire pour avoir ce texte écrit à la main. « Plus que jamais la poésie est urgente. Vitale comme le pain et le vin.
      Nécessaire comme la pluie et le soleil, les néons et les nuits polaires.
      A l’heure où s’effondre définitivement le rêve révolutionnaire nourri
      d’octobre 17, à l’heure où l’abjecte massification, l’uniformisation dans le
      pire médiocre s’accélèrent, à l’heure où en dépit de certaines apparences, la
      « liberté » de l’individu – fondement incontournable de toute civilisation rétrécit, à l’heure où les politiques s’épuisent, où les tyranneaux prolifèrent,
      où les nationalismes, les intégrismes se réveillent, où la pauvreté enflamme
      les têtes autant que les slogans stupides et simplistes, la poésie est, d’abord et avant tout, une « arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance. Totale.
      Irrécupérable. Sur tous les fronts.
      Résistance contre ce qui endeuille l’être, souille, mutile, brise, l’élan
      de l’individu vers le « Champ des possibles », l’immense continent de la Vie
      encore inconnu, qui attend son Christophe Colomb. La poésie ne relève pas
      des dogmes établis. Elle est cet outil pour l’homme qui lui permet de prendre la mesure de sa non-finitude, de sa majesté et de son mystère émouvant et inépuisable. Elle est le vent qui le pousse dans le dos dans sa marche à l’étoile, l’éclair qui l’arrache à l’humus pour le projeter à hauteur d’astres de plomb et de feu.
      Langages, étranges copulations de mots, bouleversements de syntaxes,
      volontés de dialogue, énoncés du monde sensible, fouillements des ténèbres, cris d’amour, d’humour surtout « noir », enracinements dans l’errance, la glèbe ou la « big city », explosions de désespoir qui s’ouvre curieusement sur quelque innommable espérance, la poésie est aussi, dans sa plus haute condensation, germination, acte.
      Acte qui implique que tout poète authentique, fut-il élégiaque et soumis
      aux subtils secrets métaphysiques, est un réfractaire, un vrai outlaw, Hölderlin, Rimbaud, Maïakovski même combat ! Poètes Solitaires. Poètes Solidaires.
      Jusqu’au revolver, la jambe pourrie, la raison « saccagée ».
      La poésie est ce dont l’homme – même s’il l’ignore ou feint de l’ignorer – a le plus besoin pour tracer au flanc du monde la cicatrice de sa dignité. La
      poésie : un vertige permanent entre la lune et le gibet.
      Sans Poésie – libre, follement libre – l’univers serait boule morte. La
      poésie aux lèvres rouges : la potion magique pour guérir, peut-être, l’angoisse électrique de l’inconnu qui écrivit une certaine heure de fièvre sur les murs de Mai 1968 : « Y a t-il une vie avant la mort ? » »
      Ce texte publié par Yann Orveillon en revue fut écrit vers 1990 pour un projet de manifestation de l’association Les Voleurs de Feu, avec la mairie de Chateauroux, qui n’a pas eu lieu. https://www.larevuedesressources.org/poesie-urgente-andre-laude-par-lui-meme,1854.html

      Aimé par 2 personnes

  4. Le poète Laude aurait dit en défenseur de la liberté qu’il était, plutôt : La jeunesse emmerde Macron !

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  5. C’est déplacé, le clip de 35 ans qui concernait Jean – Marie , je trouve qu’ il n’a pas sa place à côté d.André Laude. La poésie est au dessus , très loin de ça .
    Quand on est pas concerné en plus ! Ni par la souffrance des français , ni par la souffrance hors de nos frontières, on joue pas à la dînette bien au chaud quand on écrit un poème ou quand on se bat .

    J’aime

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