John Cowper Powys – La fin

Ainsi voici la fin –
Nous nous vidons de notre sang, dos au mur.
Les rats et les belettes du destin
Nous dévorent le foie avec la bile,
Et le coeur à coups de crocs venimeux,
Arrachent à notre solitude
Les blanches racines de la souffrance,
Pincent en nous la corde du nerf enfoui
De l’amour de la terre et de la vie,
Nous rongent la chair jusqu’à l’os.

Est-ce vraiment la fin ?
Non.
Un rideau qui tombe
Sur deux, trois drames humains qui s’achèvent.
La comédie qu’applaudissent les grands dieux
Au Théâtre de l’Espace
A l’esprit pour scène
Et l’âme pour piste de danse !
Ô masques de la peur,
Masques de la débauche et du dégoût,
Qui nous abreuvez de vains discours et de sarcasmes
Aux crevasses de la terre !
Fin de la scène –
Où monte cet escalier ?
Où mène ce passage ?
Et cette porte ? Qui sait ? Qui sait ?

Les rats qui sans relâche
Rongeaient la membrure et les rivets
Du vaisseau souffrance
Ici s’arrêtent, à bout de souffle.
Les rats par milliers fuient le navire
Qui se dirige vers la haute mer
Et tourne la proue de sa lèvre sanguinolente
Vers l’éternité !

*

The ultimate

So this is the ultimate —
That we bleed with our backs to the wall,
While the rats and weasels of fate
Eat at our liver and gall;
Eat at our hearts with teeth of bane,
And tug at the sick white roots of pain
Where every man’s alone,
And scrape a tune on the deep nerve-string
That is love and life and everything,
And gnaw our flesh to the bone.

Is this the ultimate?
No! This is nothing at all!
Some human dramas stop with this;
With this some curtains fall.
But the play that the high gods love
In their Theatre of Space
Has the mind, the mind for the stage thereof
And the soul for its dancing place!
Oh shapes of terror and fear,
Oh shapes of loathing and lust,
That gibber and jibe at us here
Ye break earth’s shallow crust.
Far back that stage recedes —
Who knows where that stairway goes?
Who knows where that passage leads?
And that door? Who knows? Who knows?

For the rats that again and again
Gnaw at each rib and joint
Of the vessel of our pain
Stop gasping at this point;
And in crowds they flee from the ship
That steers for the open sea
And turns the prow of its bleeding lip
Towards eternity!

***

John Cowper Powys (1872-1963)Criste marine – Vingt poèmes traduits par Jean-Yves Cadoret.

Découvert ici

~ par schabrieres sur décembre 1, 2022.

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