Marin Sorescu – Persévérance

•avril 4, 2020 • Un commentaire

Je regarderai l’herbe
jusqu’à obtenir le titre
de Docteur ès herbe

Je regarderai les nuages
jusqu’à devenir lauréat
en nuages.

Je passerai devant la fumée
jusqu’à ce que la fumée, honteuse,
redevienne la flamme
de l’origine.

Je passerai devant toutes les choses
jusqu’à ce que toutes les choses
me connaissent.

*

Perseverență

Voi privi la iarbă
Până voi obține titlul
De doctor în iarbă.

Voi privi la nori
Până voi ajunge Laureat
Al norilor.

Voi trece pe lângă fum
Până când fumul, de rușine,
Va deveni iar flacăra
De la început

Voi trece pe lângă toate lucrurile
Până când ele
Vor ajunge să mă cunoască.

*

Perseverance

I shall look at the grass
Till I obtain the degree
Of Doctor of Grass.

I shall look at the clouds
Till I become a Master
Of Clouds.

I shall walk beside the smoke
Till out of shame
The smoke returns to the flame
Of its beginning.

I shall walk beside all things
Till all things
Come to know me.

***

Marin Sorescu (1936-1996) – Traduit du roumain par Alain Bosquet – The Biggest Egg in the World (Bloodaxe Books, 1987) – Translated by D.J. Enright.

Nedyalko Yordanov – Comme à l’origine…

•avril 3, 2020 • Laisser un commentaire

Nous voici si calmes….. si silencieux
plus de cris, plus de rires

Cabas bien remplis …. mais rues vides
Voilà la peur au visage de vampire

Tout mettre de côté…. longtemps incrédules
On ne s’y attendait guère

Restez chez vous enfermés…. la règle s’impose
Annonçant une perfide guerre

L’Italie est en larmes….. l’enfer de Dante
L’Europe tremble, en feu

Rêvons-nous ?…. le cauchemar est proche
Mon Dieu, je me sens si vieux

Je suis probablement bête, tout ça, n’est-ce pas
Improbable ! …. Je sors sans cache-nez

Ah, voilà, tout n’est pas à l’arrêt
J’entends la cloche du tramway

Le châtaignier a fait le plein de bourgeons
Tout autour des oiseaux piaillent, réunis en joyeuse bande

Ah, voilà ….. un garçon en trottinette se lance
Sans penser à l’amande

Trois fois par jour – annonces de statistiques cruelles
Celles de demain seront pires, on le devine

Les savants cherchent l’antidote… Où ça ?
Aux USA ou bien en Chine ?

Cette vieille illusion se réaliserait-elle, enfin ?
Les hommes = tous frères !

Cela n’était jamais arrivé… tous ensemble
La terre entière

J’ai déjà un pied posé dans l’âge critique
Sans espoir de retour….

Mais je voudrais quand même… vivre
et connaître le futur

Peut-être deviendrions-nous sages ?…
….. peut-être même bons

Exactement tels qu’au tout début Quelqu’un
nous créa à l’unisson

Nedyalko Yordanov

Bulgarie

23 mars 2020

9h

*

КАТО В НАЧАЛОТО

Колко сме кротки….Колко сме тихи…
Няма ни вик, нито смях

Празните улици…Пълните чанти…
Ето Наистина – страх.

Дълго не вярвахме…Не е възможно…
Всичко сега настрана…

Стойте по къщите…Почна и тука…
Тази коварна война.

Плаче Италия…Адът на Данте…
Тръпне Европа ….Кошмар!

Сякаш сънуваме….Страшното идвало…
Господи, колко съм стар!

Колко съм глупав навярно…Не вярвам….
И си излизам навън….

Ето, все пак не е всичко замряло….
Чувам трамвайния звън….

Кестенът вече съвсем е напъпил….
Птички над него цвърчат.

Ето…Момчето си взе тротинетката….
Нищо, че ще го глобят.

Три пъти дневно – жестоки статистики…
Няма надежда за край.

Търсят лекарство…Къде е? В Америка?
По-вероятно в Китай.

Сякаш се сбъдва онази илюзия….
Човек за човека е брат!

Никога, никога не се е случвало….Заедно….
Целият свят….

Влязъл съм вече в опасната възраст….
Връщане няма от там….

Но ми се иска да доживея…
Искам за Утре да знам…

Може би вече ще станем разумни…Може
би даже добри…

Точно такива каквито в началото Някой ни
сътвори….

Недялко Йорданов

23 март 2020г.

9 ч. сутринта

***

Nedyalko Yordanov (né le 18 janvier 1940 à Bourgas, Bulgarie) – Traduit du bulgare par Daniela Pamouktchieva Penndu.

Claire Malroux – De ces jours où rien…

•avril 2, 2020 • Un commentaire

De ces jours où rien, ni chaussons de danse du soleil,
yole à quai, petit vent allègre du matin
ni promesses sur l’étagère, n’incite à prendre son élan
Le ciel reflue comme par intervalles la mer s’en va,
lasse d’être labourée à des lieues du rivage
et on pressent qu’on ne partira pas ou si peu avant le vrai départ
mais alors, avec ici et ce temps-ci quelle différence ?

Ou bien on partira, mais lorsqu’on aura cessé d’attendre
la trépidation des ogres dévoreurs de territoires
le majestueux sillage des cités flottantes sur les vagues
le fulgurant emportement vers les stations spatiales

Il sera trop tard

On n’aura plus le temps de rassembler ses hardes,
de consulter le guide des derniers paradis naturels
On restera en rade, en cale sèche au radoub
à se faire lifter coque et voilure en râlant

***

Claire Malroux (née à Albi en 1925)Météo miroir (Le Bruit du temps, 2020)

Dylan Thomas – Depuis qu’en une nuit tranquille…

•avril 1, 2020 • Laisser un commentaire

Depuis qu’en une nuit tranquille
Je les ai entendus parler
Avec leur voix de vent
De tout le mystère de la vie
De toute la maîtrise de la mort,
Je n’ai pu dormir une seule heure
Sans être soudain troublé par leur étrange propos
Qui se glissait suavement dans mes oreilles.
L’un dit : il était une fois une femme sans ami,
Qui se tenant au-dessus de la mer, avait pleuré
Sa solitude à travers les vagues vides
Heure après heure.
Et toutes les voix :
L’oubli, c’est comme être sans-amant
L’oubli, c’est comme être sans-amant.
Et puis à nouveau il était une fois un enfant
Sur terre, qui ne connaissait pas la joie,
Car il n’y avait pas de lumière dans ses yeux
Car il n’y avait pas de lumière dans son âme.
L’oubli, c’est comme être aveugle
L’oubli, c’est comme être aveugle.
Je les entends parler dans l’ombre
Leur langue de mort.

*

Since, on a quiet night, I heard them talk
Who have no voices but the winds’
Of all the mystery there is in life
And all the mastery there is in death,
I have not lain an hour asleep
But troubled by their curious speech
Stealing so softly into the ears.
One says: There was a woman with no friend,
And, standing over the sea, she’d cry
Her loneliness across the empty waves
Time after time.
And every voice:
Oblivion is as loverless;
Oblivion is as loverless.
And then again: There was a child
Upon the earth who knew no joy,
For there was no light in his eyes
And there was no light in his soul.
Oblivion is as blind.
Oblivion is as blind.
I hear them say out of the darkness.
Who have no talk but that of death.

***

Dylan Thomas (1914-1953) Vision et Prière (Poésie/Gallimard, 1991) – Traduit de l’anglais par Alain Suied.

George Oppen – Parousie

•mars 31, 2020 • Laisser un commentaire

Impossible de douter du monde : il est visible
Et étant irrévocable

Ne peut être compris. Je crois le fait mortel

Et que l’homme peut entrevoir sa catastrophe,
Son Millenium d’obsession.

l’air qui se déplace
une pierre sur une pierre,
quelque chose qui oscille un instant, plus tard peut-être le lion

S’étendra-t-il dans la forêt, moins féroce
Et solitaire

Que le monde, dont à l’avenir
Les murailles peuvent se dresser à jamais.

*

Parousia

Impossible to doubt the world: it can be seen
And because it is irrevocable

It cannot be understood, and I believe that fact is lethal

And man may find his catastrophe,
His Millennium of obsession.

air moving,
a stone on a stone,
something balanced momentarily, in time might the lion

Lie down in the forest, less fierce
And solitary

Than the world, the walls
Of whose future may stand forever.

***

George Oppen (1908-1984) – New Collected Poems (New Directions Publishing Corporation, 2008) – Poésie complète (José Corti, 2011) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yves Di Manno.

Découvert ici

Ida Vitale – Fortune

•mars 30, 2020 • Laisser un commentaire

Se délecter longtemps de l’erreur
et de son amendement,
avoir pu parler, marcher en liberté,
ne pas avoir été mutilée,
ne pas entrer ou entrer dans les églises,
lire, écouter la musique aimée,
être dans la nuit un être comme dans le jour.

Ne pas être mariée dans un commerce,
ni payée avec des chèvres,
souffrir la gouverne de parents
ou une légale lapidation.
Ne plus jamais défiler
et ne pas accepter des mots
qui répandent des limailles
de fer dans le sang.
Découvrir par toi-même
un autre être non prévu
dans le pont du regard.

Être humain et femme, ni plus ni moins.

*

Fortuna

Por años, disfrutar del error
y de su enmienda,
haber podido hablar, caminar libre,
no existir mutilada,
no entrar o sí en iglesias,
leer, oír la música querida,
ser en la noche un ser como en el día.

No ser casada en un negocio,
medida en cabras,
sufrir gobierno de parientes
o legal lapidación.
No desfilar ya nunca
y no admitir palabras
que pongan en la sangre
limaduras de hierro.
Descubrir por ti misma
otro ser no previsto
en el puente de la mirada.

Ser humano y mujer, ni más ni menos.

***

Ida Vitale (née à Montevideo en 1923)Trema (Pre-Textos, 2005)Ni plus ni moins (Seuil, 2016) – Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Silvia Baron Supervielle & François Maspero.

Lucian Blaga – La lumière

•mars 29, 2020 • Laisser un commentaire

La lumière que je sens
envahir mon cœur en te voyant,
ne serait-elle point une goutte de cette lumière
qui fut créée au jour premier,
de cette lumière tant et tant assoiffée de vie ?

Le néant gisait à l’agonie
lorsque, solitaire flottant par les ténèbres, l’Insondable
fit un signe :
« Que la lumière soit ! »

Et un océan
une folle tempête de lumière
dans l’instant fut :
il faisait soif de péchés, de désirs, d’élans, de passions,
soif de monde et de soleil.

Mais où donc s’est perdue l’aveuglante
lumière d’alors — qui le sait ?

La lumière que je sens envahir
mon cœur en te voyant — ô ma merveille,
est peut-être l’ultime goutte
de cette lumière qui fut créée au jour premier.

*

Lumina

Lumina ce-o simt
năvălindu-mi în piept când te văd,
oare nu e un strop din lumina
creată în ziua dintâi,
din lumina aceea-nsetată adânc de viaţă?

Nimicul zăcea-n agonie,
când singur plutea-n întuneric şi dat-a
un semn Nepătrunsul:
„Să fie lumină!”

O mare
şi-un vifor nebun de lumină
făcutu-s-a-n clipă:
o sete era de păcate, de doruri, de-avânturi, de patimi,
o sete de lume şi soare.

Dar unde-a pierit orbitoarea
lumină de-atunci — cine ştie?

Lumina ce-o simt năvălindu-mi
în piept când te văd — minunato,
e poate că ultimul strop
din lumina creată în ziua dintâi.

***

Lucian Blaga (1895-1961) – Poemele luminii (1919) – Les poèmes de la lumière (Jacques André Editeur, 2016) – Traduit du roumain par Jean Poncet.

 
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