David Franco Monthiel – Il ne faut jamais dire jamais

•janvier 20, 2020 • Laisser un commentaire

Ne sacrifie jamais les haines
sur l’autel de la peur.
N’abat jamais les soirs
face à l’éternel vide de l’abondance.
N’oublie jamais,
la souveraineté du départ,
d’être un chemin, douleur affûtée.
Repère les déchirures, les fissures,
les fils débâtis de l’habit encrassé
exhibé comme une toge faite des plus
belles soies.
Regarde ses paupières humides
et les marais asséchés.
N’oublie jamais la musique des tranchées.
N’enterre jamais le vers divinatoire,
nous en serions aveuglés,
les ultimes braises métriques d’un bûcher éteint.
Ne suspend pas l’écoute
de la symphonie insurgée des profondeurs,
le rugissement de la rue et des quartiers,
Ne retiens pas la caresse
de la peau qui grince contre le monde.

*

Nunca digas nunca

Nunca sacrifiques los odios
en las elecciones del miedo.
Nunca desmorones las tardes
ante el eterno vacío de la abundancia.
Nunca olvides
la soberanía de echar a andar,
de ser camino, dolor que se afila.
Identifica los huecos, la grieta,
los deshilvanes del sucio traje
que dicen toga de las mejores sedas.
Mira sus párpados húmedos
y los pantanos secos.
Nunca olvides la música de las trincheras.
Nunca entierres el verso vidente
de aún no estar cegados,
el rescoldo métrico de una hoguera
apagada.

***

David Franco Monthiel (né à Cádiz en 1976) – Judite Rodrigues, Poésie par effraction (Université Bordeaux Montaigne, 2015)

Giuseppe Ungaretti – Chant

•janvier 19, 2020 • Laisser un commentaire

Je revois ta bouche lente
(Des nuits parfois la mer s’en vient à sa rencontre)
Et la jument de tes reins
Te jeter en agonie
Entre mes bras qui chantaient,
Le sommeil te redonner à la couleur
A d’autres morts nouvelles.

Et la solitude cruelle
Que chacun, s’il aime, découvre
En soi, tombe aujourd’hui sans fin,
De toi me sépare à jamais.

Chère, lointaine comme dans un miroir…

*

Canto

Rivedo la tua bocca lenta
(Il mare le va incontro delle notti)
E la cavalla delle reni
In agonia caderti
Nelle mie braccia che cantavano, 5
E riportarti un sonno
Al colorito e a nuove morti.

E la crudele solitudine
Che in sé ciascuno scopre, se ama,
Ora tomba infinita,
Da te mi divide per sempre.

Cara, lontana come in uno specchio…

*

Song

Again I see your slow mouth
(The sea flows to meet it in the night)
And the mare of your loins
Hurling you in agony
Into my singing arms,
And a sleep retrieving you
To coloured things and new deaths.

And the cruel solitude
That every lover finds within himself,
Now an endless grave,
Divides me from you for ever.

Dear one, distant as in a mirror…

1932

***

Giuseppe Ungaretti (1888-1970)Sentimento del tempo (1933)Vie d’un homme. Poésie, 1914-1970 (Poésie/Gallimard, 1981) – Traduit de l’italien par Jean Lescure – Selected Poems (Penguin, 1971) – Translated by Patrick Creagh.

Claudio Willer – Ruines romaines

•janvier 18, 2020 • Laisser un commentaire

Que de poètes
sont déjà venus ici,
que de poètes
ont déjà écrit
sur l’éblouissante annihilation,
face à ces dramatiques profils minéraux,
si proches de la motte originelle de glaise
antérieure à la forme ;
des choses
réduites à rien d’autre qu’un amoncellement,
quasi naturelles ;
des choses placées
à la frontière de la main qui travaille, du vent et de l’eau ;
c’est ici
que retentissent les sifflets du vent,
c’est ici
que résonne l’écho de la voix affolée du vide, du creux, de la fente,
silence nuancé de murmures,
et maintenant
je suis l’un de ceux qui voient clair, moi aussi :
l’informe,
le passé monstrueux,
ce furent les sculpteurs de l’inverse
qui les réduisirent à cela,
les auteurs
du cruel théorème
qui nous condamne au présent
et répète
que nous ne savons rien du tout, que rien ne vaut même la peine,
car notre passé et notre avenir ne sont
que des pas vers l’informe pérennité,
et c’est à grand-peine que nous observons
la réalité dispersée par ici et par là,
dans un autre endroit
où nous sommes encore moins existants :
c’est bien nous
qui sommes des fantômes,
et la solidité
est ce qui se tient là-bas,
parmi ces ruines
qui ne cessent de répéter
que cela
– RIEN DU TOUT –
est tout ce que nous possédons.

*

Ruínas Romanas

Quantos poetas
já não estiveram aqui
quantos poetas
já não escreveram
sobre a ofuscante aniquilação
diante desses dramáticos perfis minerais
tão próximos da pedra original
do barro anterior à forma
coisas
reduzidas a não mais que montanha
quase natureza
coisas
na fronteira da mão que trabalha, do vento, da água
aqui
ressoam os silvos do vento
aqui
ecoa a ensandecida voz do oco, do cavo, da fresta
– silêncio matizado de sussurros
e agora
eu também sou um dos que enxergam:
o informe
o monstruoso passado
– foram os escultores do avesso
que as reduziram a isso
os autores
do cruel teorema
que nos condena ao presente
e repete
que nada sabemos, nada vale a pena
pois passado e futuro só existem
como passo para a informe eternidade
– a custo divisamos lá fora
a realidade logo ali, logo aqui:
outro lugar
onde existiremos menos ainda
nós
é que somos os fantasmas
e a solidez
é o que está aí,
nas ruínas
que não param de repetir
que isto
– NADA –
é tudo o que temos

***

Claudio Willer (né à São Paulo, Brésil, en 1940)Estranhas experiências e outros poemas (Lamparina Editora, 2004) – Un siècle de poésie brésilienne (Revue web Sens Public) – Traduit du portugais (Brésil) par Oleg Almeida.

Laura Riding – Au-delà

•janvier 17, 2020 • 4 commentaires

La douleur est impossible à décrire
La douleur est l’impossibilité même de décrire
De décrire ce qui est impossible à décrire
Qui est donc au-delà de toute description
Au-delà de toute connaissance
Au-delà mais sans être un mystère
Sans être un mystère ni la douleur même
Mais au-delà de la douleur et au-delà encore

*

Beyond

Pain is impossible to describe
Pain is the impossibility of describing
Describing what is impossible to describe
Which must be a thing beyond description
Beyond description not to be known
Beyond knowing but not mystery
Not mystery but pain not plain but pain
But pain beyond but here beyond

***

Laura Riding (1901-1991)Selected Poems (Faber, 1970) – Traduit de l’anglais (américain) par Alain Suied.

Thomas Lovell Beddoes – La vie est une fenêtre de verre

•janvier 16, 2020 • Laisser un commentaire

Qu’il prenne appui
Contre sa vie, cette cloison vitreuse
Entre nous et le rien, et que, sur le terrain
De sa glissante haleine, il trace de pâles songes
Et contemple un espoir givré. Mort discourtoise
Frappe à la vitre, et…

*

Life a Glass Window

Let him lean
Against his life, that glassy interval
‘Twixt us and nothing; and, upon the ground
Of his own slippery breath, draw hueless dreams,
And gaze on frost-work hopes. Uncourteous Death
Knuckles the pane, and—

Kelsall, 1851

***

Thomas Lovell Beddoes (1803-1849) – Traduit par ?

David Eloy Rodríguez – Lignes de fuite

•janvier 15, 2020 • Un commentaire

Fuir loin de la haine et de ses tanières
portés par la passion et la quête.
Fuir et aller de désespoirs en refuges
avec pour seul viatique l’amour et le trouble.
Fuir vers un temps sans points cardinaux
comme un équilibriste sur la corde frêle de la sagesse
ou comme des mendiants qui poursuivent
un coeur bien mérité sur cette terre.
Fuir guidés par des boussoles brisées.
Fuir et croire en la fuite.
Fuir pour se retrouver.

*

Líneas de fuga

Huir lejos del odio y sus madrigueras
encendidos de pasión y búsquedas.
Huir por desesperaciones y refugios
con un equipaje de amor y desasosiego.
Huir hacia una hora sin puntos cardinales,
como equilibristas por el fino cordel de la cordura
o como mendigos que persiguen
un merecido corazón sobre la tierra.
Huir guiados por brújulas rotas.
Huir confiando en la fuga.
Huir para encontrarnos.

***

David Eloy Rodríguez (né à Cáceres, Espagne en 1976) – Judite Rodrigues, Poésie par effraction (Université Bordeaux Montaigne, 2015)

Ivan Kouratov – Voici ce que je sais d’elle…

•janvier 14, 2020 • Laisser un commentaire

Voici ce que je sais d’elle…
Elle est toujours muette,
pourtant point éloignée des hommes
et sans vivre à l’écart.

Elle n’a ni fin ni bord,
elle est belle, lumineuse,
et sa puissante vie,
la mort ne peut briser.

Parce qu’elle-même ne peut
se corrompre, d’un cadavre,
elle fait un bel organisme,
d’une vieille qui tombe en poussière.

***

Ivan Kouratov (1839-1875)Voici ce que je sais d’elle… in Ma muse n’est pas à vendre (Paradigme, 2019) – Traduit du komi et du russe par Yves Avril.

 
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