Viktor Krivouline – Les poèmes après les poèmes

•juin 17, 2017 • Laisser un commentaire

Les poèmes après les poèmes semblables à des poèmes
et non semblables à des poèmes
ils dégagent un parfum de cuir étrillé
de métal chauffé : alors peut-être

ne pas écrire du tout ? ennui mortel !
on écrira sur ta tombe : « passant,
arrête-toi près de cette pierre
elle est pourrissante et au mot « Mon Dieu »

il n’est point de rime riche ni de main habile
ni de bouche ouverte – alors clos les paupières ».
Au loin grondent tchétchènes et aztèques

mais ici tout est blanc et paisible comme dans une pharmacie
parfois une ampoule tinte contre le comptoir
ou bien c’est une pièce qui roule

sur la faïence : où va-t-elle ? elle s’est couchée côté face
dans le coin où la gloire où le tonnerre des victoires
gronde dans le poème à bon escient ou pas.

*

The Poems After Poems

The poems after poems, they look like poems
and not like poems
there is a smell of threadbare skin from them
of heated metal – well, so what,

not write anymore? You’ll die of boredom!
They will put a stone with the inscription: “Passer-by,
stop at this grave,
it is all rotten, and for the appeal “O Lord”

there is no strong rhyme, neither skillful hand,
neither opened mouth – so at least close the eyes”.
In the distance, Chechens and Aztecs rumble

and here it is white and quiet as in a chemistry —
one moment vials tinkle on the counter,
another, a coin slips and rolls

across the tiles – but where to?! It landed on head
in the corner where the glory where the victorious thunder
rattle in verses in season and out of season

***

Viktor Krivouline (1944-2001)Poèmes après les poèmes (Les Hauts-Fonds, 2017) – Traduit du russe par Hélène Henry – Translated from Russian by Tatiana Bonch-Osmolovskaya

W. H. Auden – Funeral Blues

•juin 16, 2017 • 7 commentaires

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Donnez un os au chien, qu’il cesse d’aboyer ;
Faites taire les pianos ; au son sourd du tambour,
Faites sortir le cercueil, faites venir le cortège.

Que tournent dans le ciel des avions en pleurs ;
Qu’ils y griffonnent les mots IL EST MORT.
Qu’on mette des nœuds de crêpe au cou blanc des pigeons ;
Des gants de coton noir aux agents de police.

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest,
Ma semaine, mon travail, mon dimanche, mon repos,
Mon midi, mon minuit, mon dire, mon chant ;
Je croyais que l’amour était pour toujours : j’avais tort.

A quoi bon les étoiles à présent ? Eteignez-les toutes !
La lune, qu’on la remballe ! Qu’on décroche le soleil !
Videz-moi l’océan ! Déblayez-moi ces arbres !
Car rien de bon jamais ne peut plus arriver.

*

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone.
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song,
I thought that love would last forever: I was wrong

The stars are not wanted now, put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

***

W. H. Auden (York, Angleterre 1907–1973)The Year’s Poetry (1938) – On achève bien Auden – de l’interprétation à la traduction (Les Hauts-Fonds, 2008) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Yves Le Disez

Nosrat Rahmâni – Attention !

•juin 15, 2017 • Un commentaire

Attention !
N’attache jamais
Le bec d’un oiseau
Car
Il chantera avec ses ailes
Ne brise jamais ses ailes
Car
Il s’envolera avec son chant
Jusqu’à très haut dans le ciel
Ne dis jamais
Au poète
De garder le silence
Car…

***

Nosrat Rahmâni (Téhéran, Iran 1929–2000)

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Bernard Noël – Nulle part

•juin 15, 2017 • Un commentaire

quelqu’un n’a pas posé sa main sur ma nuque
aussi le manque n’a-t-il pas de visage
il est là simplement comme un toucher froid
un rappel de la parfaite solitude

*

no one placed their hands on the nape of my neck
so this way this absence doesn’t have a face
it is simply there like a cold sensation
a reminder of that perfect solitude

***

Bernard Noël (né en 1930)Le reste du voyage (P.O.L., 1997) – The Rest of the Voyage (Graywolf Press, 2011) – Translated from the French by Eléna Rivera

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Xu Lizhi – Le voyage de ma vie est encore loin d’être terminé

•juin 14, 2017 • Laisser un commentaire

C’est quelque chose d’inattendu
Le voyage de ma vie
Est loin d’être fini
Mais il va s’interrompre à mi-chemin
Ce n’est pas comme si une telle détresse
N’avait pas existé avant
Simplement elle n’arrivait pas
Aussi soudainement
Aussi férocement
Les luttes se suivent
Mais tout est vain
Je veux me soulever plus que n’importe qui
Mais mes jambes ne répondent pas
Mon estomac ne répond pas
Je ne peux que rester allongé
Dans le noir, à envoyer
Un signal de détresse muet, encore et encore
Auquel me répond, encore et encore
L’écho du désespoir.

*

My Life’s Journey is Still Far from Complete

This is something no one expected
My life’s journey
Is far from over
But now it’s stalled at the halfway mark
It’s not as if similar difficulties
Didn’t exist before
But they didn’t come
As suddenly
As ferociously
Repeatedly struggle
But all is futile
I want to stand up more than anyone else
But my legs won’t cooperate
My stomach won’t cooperate
All the bones of my body won’t cooperate
I can only lie flat
In this darkness, sending out
A silent distress signal, again and again
Only to hear, again and again
The echo of desperation.

13 July 2014

***

Xu Lizhi (1990-2014)La machine est ton seigneur et ton maître (Agone, 2015) – Traduit du chinois par Alain Léger

Dan Fante – Question

•juin 12, 2017 • Un commentaire

Des années durant j ‘ai imaginé
que parler aux dieux était
une activité
privée exercée
sous de lointaines

sous d’implacables étoiles

une prière grotesque et vaine
un truc qu’on faisait en contemplant
de vieux livres froids
écrits en vilains petits caractères

Puis j’ai découvert
qu’il ne s’agit pas de ça
du tout
Je peux trouver Dieu dans le « merci » d’une caissière du 8 à Huit
ou
dans le sourire tranquille d’un inconnu sur le parking
ou encore
dans le crissement des herbes sèches du désert Mohave en été
ou bien en regardant mes doigts

bondir bondir rebondir
sur les touches pendant trois heures
de vérité débridée

Dieu — pour moi — s’est avéré
un choix conscient
une expérience délibérée

exactement
comme
l’amour

*

Asking

For years I thought that
talking to the Gods
was an exercise
done privately
under
unforgiving

distant stars

ridiculous unrequited prayer
done by staring
at old cold books
with mean small print

But then I discovered
that just
ain’t
it at all

God can be found in the ‘thank you’ voice of the guy at the counter
at the 7-11
or
the quietness of a stranger’s parking lot smile
or
the rattle of weeds across a dry summer Mojave
or
watching my untethered fingers jump jump jumping
across the keys
deep in the middle of typing three hours worth of truth

God – for me – turned out to be
a conscious choice
a self-evoked experience

just
like
love

***

Dan Fante (Los Angeles, 1944-2015)Kissed by a Fat Waitress (Sun Dog Press, 2008) – Bons baisers de la grosse barmaid (13e Note Editions, 2009) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrice Carrer

Serge Pey – Quand je parle de tes poèmes à un imbécile…

•juin 11, 2017 • Laisser un commentaire

Quand je parle
de tes poèmes
à un imbécile
c’est comme
si je pissais
face au vent
en voulant que le vent
change de direction

Les imbéciles sont
vraiment nombreux
sur terre

Sûrement plus nombreux
que les poèmes
que tu écris

Un imbécile ne porte
pas de montre
mais décide de l’heure
quand on parle de toi

Un imbécile
peut diviser par zéro
ton espérance

Un imbécile peut faire
pleurer les oignons
quand il parle
de son suicide
en affirmant
qu’on l’assassine

Un imbécile
feint d’ignorer
la vérité en truquant
une photo de la poésie

Pour un imbécile
mille exemples
ne servent à rien
et un seul mensonge
prouve tout

Un imbécile peut dire
qu’un monstre
recrute des milliers d’anges
dans son armée

Un imbécile peut déclarer
que ce texte
n’est pas un poème

Quand la tartine
d’un poète tombe
l’imbécile croit que la confiture
change de côté
quelque part
dans un autre poème
ou dans le monde

Quand le monde tombe
l’imbécile ne le sait pas

*

When I speak
of your poems
to an imbecile
it’s as
if I were pissing
against the wind
wanting the
wind
to change direction

Imbeciles are
truly numerous
on earth
Surely more
numerous
than the poems
that you write

An imbecile doesn’t
wear a watch
but chooses
the hour
we speak of you

An imbecile
may divide your hope
by zero

An imbecile may
make
onions cry
when he speaks
of his suicide
while affirming
that we’re assassinating him

An imbecile
feigns ignoring
the truth by rigging
a photograph of
poetry

For an imbecile
a thousand examples
are pointless
and a single lie
proves all

An imbecile may say
that a monster
recruits thousands
of angels
for his army

An imbecile may
declare
that this text
is no poem

When the toast
of a poet falls
the imbecile believes
the jam
changes sides
some where
in an other poem
or world

When the world falls
the imbecile knows
not

***

Serge Pey (né à Toulouse le 6 juillet 1950)Tombeau pour un miaulement (Gruppen Éditions, 2013) – Translated from French by Yasser Elhariry

 
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