Tomas Tranströmer – Postludium

•octobre 11, 2017 • Un commentaire

Je racle comme une drague sur le fond de la terre.
Ne s’accrochent que des choses dont je n’ai nul besoin.
Indignation lassée, résignation ardente.
Les bourreaux emportent les rochers. Dieu écrit sur le sable.

Chambres calmes.
Les meubles sont prêts à l’envol dans la clarté lunaire.
Doucement j’entre en moi
par une forêt d’armures creuses.

*

Jag släpar som en dragg över världens botten.
Allt fastnar som jag inte behöver.
Trött indignation, glödande resignation.
Bödlarna hämtar sten, Gud skriver i sanden.

Tysta rum.
Möblerna står flygfärdiga i månskenet.
Jag går sakta in i mig själv
genom en skog av tomma rustningar.

*

I drag like a grapnel over the world’s floor—
everything catches that I don’t need.
Tired indignation. Glowing resignation.
The executioners fetch stone. God writes in the sand.

Silent rooms.
The furniture stands in the moonlight, ready to fly.
I walk slowly into myself
through a forest of empty suits of armor.

***

Tomas Tranströmer (1931-2015)La place sauvage (Det vilda torget,1983) – Œuvres complètes 1954-2002 (Le Castor astral, 2016) – Traduit du suédois par Jacques Outin – The Great Enigma (New Directions, 2006) – Translated by Robin Fulton

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Claude Pélieu – Que dire

•octobre 10, 2017 • Laisser un commentaire

Que dire un poème n’est jamais fini
Que dire d’une avalanche d’événements
que dire de l’envers de l’endroit du réel
que dire face aux arbrisseaux couverts de neige
Que dire aux baies rouges enrobées de glace
Que dire quand le vent du nord souffle par rafales
Que dire aux moineaux qui attendent en rangs serrés
Que dire aux flocons qui virevoltent dans l’air dur
Que dire à l’araignée des maisons qui tisse sa toile
Que dire captant les râles de ceux qui ont faim froid & peur
Que dire quand des lueurs jaillissent du miroir vide
Que dire dans la jungle de béton de néon de verre & d’acier
Que dire c’est l’œuvre & la vie des étoiles
Que dire ébloui par le lourd fracas des vagues
Que dire à l’homme qui va mourir embaumé suffocant
Que dire aux victimes des violences de l’espace & du temps

***

Claude Pélieu (1934-2002)La rue est un rêve (Le Castor Astral / Ecrits des Forges, 1999)

Louis Calaferte – Sous les ponts a passé tant d’eau…

•octobre 9, 2017 • Un commentaire

Sous les ponts a passé tant d’eau
ils sont jeunes moi je suis vieux
voici l’âge silencieux
je sens l’automne dans mes os

Rien désormais ne me ressemble
soûlé d’indolente tristesse
je regarde mon temps qui cesse
la mort et moi partons ensemble

Ce que j’aimais ne m’aime plus
les désirs perdent leur raison
tout penche à la morte-saison
et mes chemins sont parcourus

Je sens l’automne dans mes os

***

Louis Calaferte (1928-1994)Rag-time/Londoniennes/Poèmes ébouillantés (Poésie/Gallimard, 1996)

Tomaž Šalamun – Va

•octobre 8, 2017 • Laisser un commentaire

Va.
Pile et essuie la lumière pure.
Entre dans la lumière pure.
Elle est là et claque comme un pavois.

Agenouille-toi.
Nulle refonte n’est nécessaire.
Elle est partout, dans l’humide.
Dans la blanche branchie du fil argenté.

Il existe un dicton : il te berce.
Tu peux te faire un petit nez de lumière.
Qui respirera les bateaux, les tombes et l’air,
la paroi d’un nous blanc.

*

Pojdi

Pojdi.
Zdrobi in obriši čisto luč.
Vstopi v čisto luč.
Tam je in vihra kot zastava.

Kleči.
Pretopiti ni treba čisto nič.
Povsod je, v vlagi.
V beli škrgi srebrene niti.

Reklo stoji: aja te.
Nosek lahko narediš iz luči.
Da diha ladje, grobove in zrak,
Zid belega mi.

***

Tomaž Šalamun (1941-2014)Livre pour mon frère (Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, 1998) – Traduit du slovène par Zdenka Štimac

Bo Carpelan – Quand j’étais plus jeune…

•octobre 7, 2017 • 2 commentaires

Quand j’étais plus jeune, je cherchais la réponse aux questions.
Le silence était une réponse. Si je tendais l’oreille,
j’entendais le vent en mouvement, une porte qui battait.
Les gens allaient et venaient, je me réjouissais
de l’inconnu, j’oubliais vite
et la joie et la stupeur : j’y étais comme chez moi.
À présent, j’ai commencé à parler pour moi-même,
comme si je voulais connaître celui qui parle
et écoute si mal à l’intérieur de mes pensées.
Quelques mots se cherchaient loin en moi
en quête d’un refuge contre quelque chose
de trop difficile à voir. Je les ai couchés sur le papier.
Voilà ce que m’ont appris les mots qui sont venus :
l’adieu est une part de tout ce qui vit
et, quand je rêvais de plus belle,
un retour.

*

När jag var yngre sökte jag svar på frågor.
Tystnaden var ett svar, lyssnade jag
hörde jag vinden som gick, en dörr som slog.
Mänskor kom och gick, jag gladde mig
åt det okända, glömde det snabbt,
både glädjen och överraskningen, hemmavant.
Nu har jag börjat tala för mig själv
som om jag ville känna denna som talar
och lyssnar så dåligt, inne i tankar.
Några ord sökte sig tätt intill mig
som sökte de skydd för något
som var för svårt att se. Jag nedskrev.
Detta lärde de mig, orden som kom:
avsked är delar av allt som lever
och, när jag starkast drömt,
en hemkomst.

***

Bo Carpelan (1926-2011)År som löv (1989) – L’année, telle une feuille (Grèges, 2004) – Traduit du suédois (Finlande) par Pierre Grouix

Roger Gilbert-Lecomte – L’incantation perpétuelle

•octobre 6, 2017 • Laisser un commentaire

Ce masque atroce instantané
La stupeur-solitude
Le fige à la surface
Du vieux torrent de chairs en chairs accidentelles

Ce masque atroce instantané
De stupeur-solitude
Ta face

Que la grande rafale l’efface en fasse
Un néant brillant un vide éclatant
aveugle-voyant des ténèbres blanches
Etre à jamais la proie du vent

***

Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943)La vie l’amour la mort le vide et le vent (Prairial, 2014)

Roger Gilbert-Lecomte – La vie en rose

•octobre 6, 2017 • 8 commentaires

Elle était jolie
Je l’aimais beaucoup
J’en attrapais des ours aux amygdales
Et je riais je riais
Je riais comme un œuf de statue ailée.

Quand elle est morte j’ai chanté comme une pleureuse
En poussant des gueulements
Abominables
Ensuite j’ai souri gracieusement

Pour changer un peu
Je suis mort à mon tour
En odeur de sainteté
Autant que faire se peut
Comme il se doit

***

Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943)La vie l’amour la mort le vide et le vent (Prairial, 2014)

 
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secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

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