Bo Carpelan – Si un matin à l’aube…

•février 18, 2021 • Un commentaire

Si un matin à l’aube, avec d’infinies précautions,
tu tentes de mesurer l’air entre deux arbres immobiles,
tu aperçois un arc de fraîcheur presque invisible, tel un chant.
Tu vois que l’été est en chemin, et peut-être peux-tu, si ton cœur,
même en pensées, est proche du cœur lumineux de quelqu’un d’autre,
être empli de la consolation heureuse venue d’une source inattendue,
invisible

***

Bo Carpelan (1926-2011)Dehors (Arfuyen, 2007) – Traduit du suédois par Pierre Grouix.

Boris Pasternak – J’ai aimé, comme tout le monde

•février 17, 2021 • Laisser un commentaire

… J’ai aimé, comme tout le monde. Peut-être est-elle
Encore vivante. Le temps passera jusqu’au jour
– Ce n’est pas encore demain, mais un jour bien plus tard –
Où quelque chose d’aussi grand que l’automne
S’allumera sur la vie comme un ciel que rougit l’incendie
Et qu’attendrit le sous-bois. Sur la sottise des flaques,
Crapauds alanguis par la soif,
Sur les clairières frissonnantes
Comme un lièvre, et qui sont jusqu’aux oreilles
Cousues à la natte des feuilles d’antan,
Sur le bruit qui ressemble au faux ressac du passé…
J’ai aimé comme tout le monde
Et je sais que, depuis toujours,
Les prés mouillés sont mis au pied de l’année.
Au chevet de nos coeurs l’amour dépose
La frissonnante nouveauté des mondes.

***

Boris Pasternak (1890-1960)Par-dessus les barrières (Bordas, 1947) – Traduit du russe par Emmanuel Rais et Jacques Robert.

Miroslav Antić – Solitude

•février 16, 2021 • Laisser un commentaire

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à résister à la solitude.

Les étoiles géantes sont seules
en marge de l’espace.
Les petites et les confuses
se tassent en galaxies.

La semence du séquoia choisit les clairières
riches en soleil, ouragan et oxygène.
La semence des fougères se niche dans les forêts vierges.

L’aigle n’a jamais eu besoin
de faire la connaissance d’un autre aigle.
Les fourmis ont inventé les peuples.

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à surmonter l’instant présent,
car l’instant présent est plus dur,
plus terrible et plus long
que le temps, que l’éternité.

*

Самоћа

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да издржиш самоћу.

Џиновске звезде самују
На ивицама свемира.
Ситне и збуњене
Сабијају се у галаксије.

Семе секвоје бира чистине
Са много сунца, урагана и ваздуха.
Семе папрати завлачи се у прашуме.

Орао никад није имао потребу
Да се упозна са неким другим орлом.
Мрави су измислили народе.

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да пребродиш тренутак,
Јер тренутак је тежи
И страшнији и дужи
Од времена и вечности.

***

Miroslav Antić (1932-1986) – Traduit du serbe par Boris Lazić.

Découvert ici

Paul Vallée – La force du mépris

•février 15, 2021 • Laisser un commentaire

Méprisez les hommes
Ils vous le rendront bien

Méprisez les femmes
Si ce sont des putains
Elles vous remercieront

Ayez toujours le mépris aux lèvres

Ne soyez jamais silencieux

Ayez le sang chaud
Mais tuez de sang froid !

N’oubliez jamais que vous appartenez à une voyoucratie :
Celle des poètes déclassés !

***

Paul Vallée (Ayer’s Cliff 1970-2002)

Óscar Hahn – Voyageant avec moi-même

•février 14, 2021 • Un commentaire

Où que je veuille aller
où que je veuille me déplacer
rien ne va se passer
rien ne va changer
car c’est moi-même que j’emporte avec moi
Je ne reste pas derrière
je ne m’éloigne pas de moi :
je me porte sur le dos
Autre maison autre ciel autre temps
ce sera la même chose : c’est la même chose
La vie n’est pas ailleurs
la vie est là où l’on est

Me charger de moi-même de par le monde
n’est pas chose facile
Me défaire de moi
ou me laisser abandonné en quelque lieu non plus
Non je ne suis pas le nageur d’Héraclite
Je me baigne toujours dans le même fleuve
Et si ce fleuve va se jeter dans la mer
qui est la mort
là-bas je m’en vais avec lui
Parce que moi je suis le fleuve
mais aussi la mer

*

Viajando conmigo

A donde quiera que vaya
a donde quiera que me mueva
nada va a pasar
nada va a cambiar
porque me llevo a mí conmigo
No me quedo allá atrás
no me alejo de mí:
me traigo a cuestas
Otra casa otro cielo otro tiempo
darán lo mismo: son lo mismo
La vida no está en otra parte
la vida está donde uno está

Cargar conmigo por el mundo
no es cosa fácil
Tampoco deshacerme de mí
o dejarme tirado en algún sitio
Yo no soy el bañista de Heráclito
Yo me baño siempre en el mismo río
Y si ese río va a dar a la mar
que es el morir
allá me voy con él
Porque yo soy el río
pero también el mar

***

Óscar Hahn (né à Iquique, Chili en 1938)Pena de vida (2008) – Peine de vie et autres poèmes (Cheyne éditeur, 2016) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Josiane Gourinchas.

David Eloy Rodríguez – Le désir est un hôte

•février 13, 2021 • Laisser un commentaire

On entre en amour
dans un brouhaha d’enfants
qui jouent dans une piscine.

On quitte l’amour
dans le silence de deux vieillards
qui regardent sur la plage
la lente asphyxie d’un noyé.

*

El deseo es un huésped

Se entra en el amor
con el bullicio de chiquillos
que juegan en una piscina.

Se sale del amor
con el silencio de dos viejos
que miran en la playa
la lenta asfixia de un ahogado.

***

David Eloy Rodríguez (né à Cáceres, Espagne en 1976) – Judite Rodrigues, Poésie par effraction (Université Bordeaux Montaigne, 2015)

François Jacqmin – Nos instants les plus précieux…

•février 12, 2021 • Un commentaire

Nos instants les plus précieux ne furent-ils
pas des états
que rien ne permettait de retenir ? Instants
glanés lors du passage des oiseaux, nous les avons
laissé s’enfuir
afin de ne garder que l’indistinct et l’éphémère
pour preuve de leur traversée.

***

François Jacqmin (1929-1992)Manuel des agonisants (Tétras Lyre, 2016)

Henri Thomas – Le mirage marin

•février 11, 2021 • Un commentaire

Le long du flot qui se retire
Marche la femme de sa vie
Avec bottes et parapluie.

Elle lui reste inaccessible
Comme le noir au coeur des cibles
Pour le tireur aux mains tremblantes.

***

Henri Thomas (1912-1993)Joueur surpris (Gallimard, 1982)

John Berger – Un moment

•février 10, 2021 • Laisser un commentaire

Les peines sont si conviviales
et à l’occasion d’une seule perte
se rassemblent toutes
Nous pleurons parce qu’il est 3h de l’après-midi
ce qui de manière incompréhensible veut dire
plus jamais.
C’est seulement lorsque nous étions heureux il y a longtemps
que nous savions
ce pour quoi nous sommes en deuil
cet après-midi.

*

A moment

Griefs are so convivial
and in a single loss gather all
We weep because it’s 3pm
which inpenetrably means
never again.
Only when happy long ago
did we know
what it is we mourn for
this afternoon.

***

John Berger (1926-2017) – Écrits des blessures (Le Temps des Cerises, 2007) – Traduit de l’anglais par Carlos Laforêt.

Fernando Pessoa – Tu es seul…

•février 9, 2021 • Laisser un commentaire

Tu es seul. Nul ne le sait. Tais-toi et feins,
Mais feins, surtout, sans faux-semblant.
N’espère rien qui en toi déjà n’existe.
Chacun avec soi-même est triste.
Tu as le soleil s’il fait soleil, des branches
Si c’est des branches que tu cherches,
Et la chance si la chance t’échoit.

6/4/1933

***

Fernando Pessoa (1888-1935)Visage avec masques (Alfred Eibel, 1978) – Traduit du portugais par Armand Guibert.

 
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