Ali Thareb – J’ai souvent pensé…

•octobre 10, 2018 • Laisser un commentaire

J’ai souvent pensé
Que j’étais trois hommes.
Le premier, ils l’ont tué
Le second l’ont poussé à la folie.
Et me voici, poursuivant ma vie pour une raison mystérieuse.

*

طالما أعتقدتُ انني ثلاثة أشخاص
الأول قتلوه
الآخر دفعوه إلى الجنون
وها أنا أكمل حياتي لسبب غامض .

***

Ali Thareb / poète et performeur (né en 1988 à Babil, Irak) – Traduction : Ghada Laghzaoui

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André Laude – Nous n’habitons nulle part…

•octobre 9, 2018 • Laisser un commentaire

Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains
rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
retranchés dans les organismes planétaires planificateurs
infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu’absence
une brûlure qui ne cesse pas nous n’embrassons nulle bouche
vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons
une réalité d’opérette
nous n’avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes
nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons
notre propre peau de fantôme
le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l’empire de
notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs
nous n’avons ni visage ni nom nous n’avons ni le temps
ni l’espace des yeux pour pleurer trente-deux dents
totalement neuves pour mordre
mais mordre où mais mordre quoi
de fond en comble toutes les chaînes
autour desquelles s’articulent nos chairs nos pensées
d’aujourd’hui
jusqu’à ce qu’elles cassent dans un hourrah de lumières de
naissances multiples
décrétons le refus global
les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà
la révolte met le feu aux poudres
taillez enfants aux yeux d’air et d’eau les belles allumettes
dans la forêt des légitimes soifs
taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d’ombres universel.

*

We live nowhere we do not break our hands
red of resentment that skeletons of wind
will whirl us in a desert of images diffused by the
invisible engineers of the world of permanent separation
entrenched in the planetary organisms indefatigable
planners of spectacle
we are nothing we are but absence
a burning that does not cease we kiss no true
mouth we speak a language of ashes we touch
an operetta reality
we never have an encounter with ourselves
we fumble still and always
we err in a magma of cold signs we cross
our own phantom flesh
the sun of deceit never sets on the empire of
our nothingness lived atrociously at the crossroads of nerves
we have neither face nor name we have neither the time
nor the space of eyes to cry thirty teeth
completely new to bite
but bite where but bite what
thoroughly all the chains
around which our flesh and thoughts are formed
today
until they break in a cheer of light of
multiple births
decreeing the global refusal
gardens of bliss tremble and give light beyond
the revolt is the spark
carve children with eyes of air and water beautiful matches
in the forest of just hungers
carve beautiful matches so that the theatre of universal shadows burns.

***

André Laude (1936-1995)Testament de Ravachol (Plasma, 1974) – Oeuvre poétique (La Différence, 2008)

Découvert ici

René Char – Nicolas de Staël

•octobre 8, 2018 • Un commentaire

Le champ de tous et celui de chacun, trop pauvre, momentanément abandonné.
Nicolas de Staël nous met en chemise et au vent la pierre fracassée.
Dans l’aven des couleurs, il la trempe, il la baigne, il l’agite, il la fronce.
Les toiliers de l’espace lui offrent un orchestre.

Ô toile de rocher, qui frémis, montrée nue sur la corde d’amour !
En secret un grand peintre va te vêtir, pour tous les yeux, du désir le plus entier et le moins exigeant.

*

The field of each and every one of us, the dispirited, is momentarily overcome.
Nicolas de Staël puts us into shirts and casts the pulverized stone to the wind.
In the swallow-hole of colour, he drenches it, bathes it, shakes it, crimps it.
The canvas makers of space offer him an orchestra.

O rock canvas, which quivers, nakedly exposed on the strings of love!
Secretly, a great painter comes to clothe you with the most complete and least demanding desire, for all to see.

1952

***

René Char (1907-1988) – Recherche de la base et du sommet. II. Alliés substantiels, Œuvres complètes (NRF, La Pléiade, 1983) – Rosemary LancasterPoetic Illumination: René Char and His Artist Allies (Rodopi, 2010)

Robert Creeley – Je connais un homme

•octobre 7, 2018 • Laisser un commentaire

Comme je disais à mon
ami, vu que je parle
sans arrêt, — John, je

disais, ce n’était pas son
nom, l’obscurité nous en-
cercle, que

pouvons-nous contre
ça, ou alors, faudrait peut-être &
pourquoi pas, s’acheter une sacrée belle bagnole

conduis, dit-il, bon
dieu, regarde
où tu vas.

*

I Know a Man

As I sd to my
friend, because I am
always talking,—John, I

sd, which was not his
name, the darkness sur-
rounds us, what

can we do against
it, or else, shall we &
why not, buy a goddamn big car,

drive, he sd, for
christ’s sake, look
out where yr going.

***

Robert Creeley (1926-2005)Selected Poems of Robert Creeley (Regents of the University of California, 1991)Le Nouveau Recueil n°62 (Champ Vallon, 2002) – Traduit de l’américain par Stéphane Bouquet.

Franz Wright – Chute de neige sans nuages

•octobre 6, 2018 • Un commentaire

De grands et gros flocons comme des cendres blanches
à la tombée de la nuit qui descendent
partout soudainement
et qui fondent
dans cette main comme l’hostie
sur une langue tendue, elle
me présente le crucifix encore tiède
de la chaleur de sa main deux ans après
et merci,
me dis-je à moi-même –
Un vaste battement d’ailes déployées
me réveille et je lève les yeux
vers un chapelet d’oies noires qui s’étire l’espace d’une minute
et suivent, volant bas près de la lune, le cours
blanc de la rivière enneigée et
au fait je Te remercie de
ne pas montrer Ton visage c’est à peine si je
parviens à supporter la beauté de ce monde.

*

Cloudless Snowfall

Great big flakes like white ashes
at nightfall descending
abruptly everywhere
and vanishing
in this hand like the host
on somebody’s put-out tongue, she
turns the crucifix over
to me, still warm
from her touch two years later
and thank you,
I say all alone—
Vast whisp-whisp of wingbeats
awakens me and I look up
at a minute-long string of black geese
following low past the moon the white
course of the snow-covered river and
by the way thank You for
keeping Your face hidden, I
can hardly bear the beauty of this world.

***

Franz Wright (1953-2015)Walking to Martha’s Vineyard (Knopf, 2003)Le nouveau recueil N° 78 (Champ Vallon, 2007) – Traduit de l’américain par Laure Katsaros.

Dezső Kosztolányi – Monologue

•octobre 5, 2018 • Laisser un commentaire

J’ai aimé la vie. Celle qui palpite,
celle qui court, qui vole au rythme du sang.
Et j’ai fait collecte de coeurs, de chères
têtes languissantes, de mains bénies
aux veines bleues de bons vieillards, d’yeux d’enfant
enchanteurs aux cils drus.
Maintenant, naturellement, je vocifère
en battant furieusement de mes mains vides.
Qu’ai-je fait, collectionneur dément,
homme d’affaires malencontreux, raté,
butor ambitieux, qu’ai-je fait ?
Que n’ai-je fait collecte de pierres
sans coeur et rudes, entassé des minerais
de fer grossier : tous maintenant resteraient là
à veiller ma vie diminuante d’une grimace froide
comme son or épie un avare.
Mais j’ai perdu la raison pour ce qui se perd,
Mais j’ai adoré tout ce qui tombe en morceaux,
qui se gâte plus vite que les framboises ou les poissons.

*

Magánbeszéd

Az életet szerettem. Azt, ami lüktet,
azt, ami vágtat a vér rohamán.
És sziveket gyüjtöttem. Elhanyatló,
kedves főket, jó aggok kékerű,
áldott kezét, kisgyermekek csodás,
seprős-pillájú, büvös szemeit.
Mostan természetesen kiabálok,
izgága dühvel csapkodom üres
kezem. Jaj, jaj én eszelős
gyüjtő, felsült, rossz üzletember,
nagyralátó fajankó, mit miveltem?
Gyüjtöttem volna inkább szivtelen,
durva követ, goromba vasércet
halomra rakva, mind-mind itt maradna
vigyázva elfogyó életem hideg
vigyorral, mint zsugorit az arany.
De megvesztem azért, ami elveszendő,
imádtam én a legtöbbet, ami széthull
s romlandóbb, mint a málna, vagy a hal.

***

Dezső Kosztolányi (1885-1936)Anthologie de la poésie hongroise (Sagittaire, 1936) – Traduit du hongrois par Jean Hankiss et Léopold Molnos-Müller.

József Attila – On dit

•octobre 4, 2018 • Laisser un commentaire

Je naquis un couteau dans la main. On s’étonne,
On dit que ce sont là des mots…
Puis, je pris une plume : encor mieux qu’un couteau !
Je naquis pour devenir homme.

Si la fidélité errante pleure en toi,
On dit que tu es amoureux.
Tendresse, aux yeux mouillés, sans crainte enlace-moi !
Simplement, nous jouons, tous deux…

Je me souviens de tout, mais en moi tout s’efface.
On dit : «Comment se peut-il faire ?»
Ce qui choit de ma main, au sol qui le ramasse ?
Si ce n’est moi, c’est toi mon frère.

La terre m’emprisonne et la mer me déchire.
On me dit «Un jour, tu mourras.»
Mais que de choses ici-bas, l’on entend dire !
J’écoute, mais ne réponds pas.

*

Azt mondják

Mikor születtem, a kezemben kés volt –
azt mondják, ez költemény.
Biz tollat fogtam, mert a kés kevés volt:
embernek születtem én.

Kiben zokogva bolyong heves hűség,
azt mondják, hogy az szeret.
Óh hívj öledbe, könnyes egyszerűség!
Csupán játszom én veled.

Én nem emlékezem és nem felejtek.
Azt mondják, ez hogy lehet?
Ahogy e földön marad, mit elejtek, –
ha én nem, te megleled.

Eltöm a föld és elmorzsol a tenger:
azt mondják, hogy meghalok.
De annyi mindenfélét hall az ember,
hogy erre csak hallgatok.

*

Hearsay

I was born with a knife in my hand—
they say this is just poetry.
Trust me: a knife wasn’t enough,
so I reached for a pen. I was born a man,
too passionate for his own good,
but an infant just the same.
They say I love everything,
like putting my head in your lap.
Oh, it’s just a game.
Or is it?
I don’t remember, I don’t forget.
“Is it possible?” they say.
Whatever I drop stays where it lands,
what I leave behind,
you are meant to find.
The earth covers my body,
the sea washes over me.
I will die, I heard them say. Hearsay?

1936

***

Attila József (1905-1937)Poèmes choisis adaptés du hongrois (Les Éditeurs Français Réunis, 1961) – Préface de Guillevic – Adaptation de Jean Rousselot – Attila Jozsef Selected Poems (iUniverse, 2005) – Translated by Peter Hargitai.

Découvert ici : Les Quatre Saisons

 
Fernando Calvo García

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Revolution as Hubris in Modern Tragedy

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Chroniques par C. M. R. Bosqué

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