José Régio – Carrefour

•août 11, 2017 • Laisser un commentaire

De si nombreux chemins s’emmêlaient
— Ah ! Filet sur l’abîme ! — devant mes pas,
Que je suis resté là, les bras ballants,
Regardant les autres qui passaient…

Et tous ceux qui passaient m’appelaient :
— Viens avec nous en quête de l’Espace !
Mais moi je les regardais, d’un œil vitreux…
Et tous, avec dédain, s’en allaient…

Car c’était mon chemin — le mien ! — que je cherchais
Et mon chemin c’était ou bien suivre les autres
Ou rester pour toujours seul et immobile.

Je suis resté. Je suis moi. Tout seul ! Et un jour,
Toi, vent qui me pousses aujourd’hui en vain,
Tu sèmeras ma poussière sur tous les autres !

***

José Régio (Vila do Conde, Portugal, 1901-1969)Claridade, N°2 (Avril 1929) – Le fertile désespoir (L’Escampette, 1995) – Traduit du portugais par Isabel Meyrelles

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Jim Harrison – Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau…

•août 10, 2017 • Laisser un commentaire

Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau
ni les oiseaux, l’air. Les hommes ont bâti des
maisons
en partie pour la gêne que leur donnent les étoiles,
et élevé leurs enfants sur des insignifiances,
puisqu’ils ont massacré tout dieu au fond d’eux-
mêmes.
L’homme politique sur les marches de l’église croît
dans la grandeur même de cette stupidité,
lampe grillée qui jamais n’imagina soleil.

*

It certainly wasn’t fish who discovered water
or birds the air. Men built houses in part
out of embarrassment by the stars
and raised their children on trivialities
because they had butchered the god within themselves.
The politician standing on the church steps thrives
within the grandeur of this stupidity,
a burnt out lamp who never imagined the sun.

***

Jim Harrison (Grayling, Michigan, 11 décembre 1937 – Patagonia, Arizona, 26 mars 2016)After Ikkyu and Other Poems (Shambhala, 1996) – L’Éclipse de lune de Davenport et autres poèmes (La Table Ronde, 2016) – Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre.

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Anne Perrier – Mon frère entre la sauge et l’ombre…

•août 9, 2017 • 10 commentaires

Mon frère entre la sauge et l’ombre
Repose
Que le jour sur le jour
Croise ses liserons
Tu vois
La mort sent l’herbe la rosée
Ton cœur s’est rempli de grillons
Repose
Mon frère entre la menthe et l’ombre
Pour toi
Le temps sèche dans un herbier

Moi au bord de la terre
Je guette encore
Le prochain départ des oiseaux

***

Anne Perrier (Lausanne, Suisse, 16 juin 1922 – Saxon, Valais, Suisse, 16 janvier 2017)Lettres perdues (Payot, 1971)

Agota Kristof – Une fois, plus tard…

•août 8, 2017 • Laisser un commentaire

Une fois plus tard je parlerai
de quelque chose de beau
de douces choses tendres
avec une imperceptible tristesse
un soir quand le ciel se remplira de beauté
quand les maisons se feront grises
et tout sera brouillard

Là sous la pluie
parmi les maisons monochromes
je parlerai de l’empire
des feuilles d’automne
car il sera octobre

Derrière le brouillard
vous vous taisez
le col relevé
les mains frileuses dans les poches
sans lumière comme l’ombre

Et la pluie glisse sur nos têtes nues
sous nos cols
douce tendre pluie
tombe sur les maisons sur les arbres
et le ciel devient toujours plus beau

Et la beauté descendra sur vous
avec une imperceptible tristesse
et vous comprendrez que dorénavant
ce sera toujours l’automne

***

Agota Kristof (Csikvánd, Hongrie, 30 octobre 1935 – 27 juillet 2011, Neuchâtel, Suisse)Clous : Poèmes hongrois et français (Editions Zoé, 2016) – Traduit du hongrois par Maria Maïlat

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Arséni Tarkovski – Je suis une bougie…

•août 7, 2017 • 2 commentaires

Je suis une bougie, je me suis consumée tout au long du festin.
Recueillez ma cire au matin,
Et cette page vous dira tout bas
Comment pleurer, de quoi être fier,
Comment offrir
Sa dernière part de gaieté avant de mourir, facilement,
Et sous l’entrée d’un toit de hasard,
Brûler après la mort, tel un mot.

*

Я свеча, я сгорел на пиру.
Соберите мой воск поутру,
И подскажет вам эта страница,
Как вам плакать и чем вам гордиться,
Как веселья последнюю треть
Раздарить и легко умереть,
И под сенью случайного крова
Загореться посмертно, как слово.

*

I am a candle. I burned at the feast.
Gather my wax when morning arrives
so that this page will remind you
how to be proud, and how to weep,
how to give away the last third
of happiness, and to die with ease—
and beneath a temporary roof
to burn posthumously, like a word.

1977

***

Arseni Tarkovski (1907-1989) – Extrait d’un poème traduit du russe par Aurélien Lécina – Revue Conférence n° 10-11 (2000) – Arseny Tarkovsky – I Burned at the Feast (Cleveland State University Poetry Center, 2015) – Translated by Philip Metres and Dimitri Psurtsev

Découvert ici : Projet Ego Non

William Carlos Williams – Il est difficile…

•août 6, 2017 • Laisser un commentaire

Il est difficile
de se tenir au courant par les poèmes
pourtant des hommes meurent misérablement chaque jour
par manque
de ce qu’on y trouve.
Ecoute-moi bien
car cela me concerne moi aussi
comme tout homme
qui par ailleurs veut mourir en paix
dans son lit.

*

It is difficult
to get the news from poems
yet men die miserably every day
for lack
of what is found there.
Hear me out
for I too am concerned
and every man
who wants to die at peace in his bed
besides.

***

William Carlos Williams (1883-1963) – Extrait du poème « Asphodel, That Greeny Flower » – Asphodèle (Orphée, La Différence, 1991) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alain Pailler

Shuntarō Tanikawa – Vivre

•août 5, 2017 • 8 commentaires

Vivre,
vivre maintenant, signifie
devenir assoiffé,
être ébloui par le soleil filtrant entre les feuilles d’arbre,
se souvenir subitement d’une mélodie,
éternuer,
vous donner la main.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
les mini-jupes,
les planétariums,
Johann Strauss,
Picasso,
les Alpes,
rencontrer toutes sortes de belles choses,
et
rejeter prudemment le mal caché.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
pouvoir pleurer,
pouvoir rire,
pouvoir se fâcher,
être libre.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
maintenant un chien aboie au loin,
maintenant la terre tourne,
maintenant quelque part le premier cri d’un bébé,
maintenant quelque part un soldat est blessé,
maintenant une balançoire se balance,
maintenant “maintenant” passe.

Vivre,
vivre maintenant, signifie
un oiseau bat des ailes,
la mer tonne,
un escargot rampe,
des gens aiment,
la chaleur de vos mains,
la vie elle-même.

*

生きる

生きているということ
いま生きているということ
それはのどがかわくということ
木漏れ日がまぶしいということ
ふっと或るメロディを思い出すということ
くしゃみをすること
あなたと手をつなぐこと

生きているということ
いま生きているということ
それはミニスカート
それはプラネタリウム
それはヨハン・シュトラウス
それはピカソ
それはアルプス
すべての美しいものに出会うということ
そして
かくされた悪を注意深くこばむこと

生きているということ
いま生きているということ
泣けるということ
笑えるということ
怒れるということ
自由ということ

生きているということ

いま生きているということ
いま遠くで犬が吠えるということ
いま地球が廻っているということ
いまどこかで産声があがるということ
いまどこかで兵士が傷つくということ
いまぶらんこがゆれているということ
いまいまがすぎてゆくこと

生きているということ
いま生きてるということ
鳥ははばたくということ
海はとどろくということ
かたつむりははうということ

人は愛するということ

あなたの手のぬくみ
いのちということ

***

Shuntarō Tanikawa (Tokyo, Japon, 1931)

Découvert ici : Global Voices

 
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