Sandra Lillo – Il y aura la mer…

•février 14, 2018 • Laisser un commentaire

Il y aura la mer derrière les rideaux
les murs

les messages du vent dans le bec
des oiseaux

La nuit se perdra dans le silence maternel
de l’aube

On se racontera l’ordinaire et le champ
de bataille à l’intérieur

tout ce qu’il a fallu détruire pour continuer

***

Sandra Lillo (née à Nantes en 1973)Les bancs des parcs sont vides en mars (La Centaurée, 2017)

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Leopoldo María Panero – Un fou frappé par la malédiction du ciel

•février 13, 2018 • Laisser un commentaire

Un fou frappé par la malédiction du ciel
chante humilié dans un coin
ses chansons parlent d’anges et de choses
qui coûtent la vie à l’œil humain
la vie pourrit à ses pieds comme une rose
il est déjà tout près de la tombe, lorsqu’une Princesse
passe à côté.

*

Un loco tocado de la maldición del cielo
canta humillado en una esquina
sus canciones hablan de ángeles y cosas
que cuestan la vida al ojo humano
la vida se pudre a sus pies como una rosa
y ya cerca de la tumba, pasa junto a él
una princesa.

*

A madman touched by the curse of the sky
sings humiliated on a corner
his songs talk of angels and things
that cost life to the human eye life
life rots at his feet like a rose
and now near the tomb, by him passes
a Princess.

***

Leopoldo María Panero (1948-2014)Poemas del manicomio de Mondragón (1987-1997) – Poèmes de l’asile de Mondragón (Fissile, 2017) – Traduit de l’espagnol par Cédric Demangeot & Victor Martinez.

Tommaso Landolfi – J’espère m’éloigner sous peu…

•février 12, 2018 • 3 commentaires

J’espère m’éloigner sous peu :
D’abord sur une planète,
De là sur l’orbite solaire,
De là encore sur une orbite galactique,
Et encore encore, sur l’orbite
Où courent des essaims de galaxies ;
Puis me perdre dans des nébuleuses inconnues.
Loin, bien sûr, mais pas au point
Que ne me joignent plus ta main
Et ton humide langue.

*

Spero tra poco lontanare:
Dapprima su una planetaria,
Indi su un’orbita solare,
Indi ancora su un’orbita galattica,
E ancora ancora, sull’orbita
Che corrono gli sciami di galassie;
E perdermi tra ignote nebulose.
Lontano certo, ma non tanto
Che non mi giunga la tua mano
E l’umida tua lingua.

***

Tommaso Landolfi (1908-1979)Il tradimento (1977) – La trahison précédé de Viole de mort (Orphée/La Différence, 1991) – Traduit de l’italien par Monique Bacelli.

René Char – Conseil de la sentinelle

•février 11, 2018 • Laisser un commentaire

Fruit qui jaillissez du couteau,
Beauté dont saveur est l’écho,
Aurore à gueule de tenailles,
Amants qu’on veut désassembler,
Femme qui portez tablier,
Ongle qui grattez la muraille,
Désertez ! désertez !

*

The guard’s advice

Fruit spurting under the knife’s cut,
Beauty savoured best when echoed,
Dawn that bites like a vice,
Lovers whom men seek to separate,
Woman wearing an apron,
Fingernail scratching the wall:
You must all desert! Desert!

***

René Char (1907-1988)Les Matinaux (Poésie/Gallimard, 1969) – The Dawn Breakers (Bloodaxe Books, 1992) – Translated by Michael Worton.

Michel Manoll – Fidèle à ma vie…

•février 10, 2018 • Laisser un commentaire

Fidèle à ma vie
Fidèle aux mésanges
Fidèle à la rumeur qui jaillit des corolles
Fidèle au ruisseau fidèle au torrent
Fidèle à la clarté qui nimbe ton visage
Fidèle à la rive qui marche
Entre les deux pans du vallon
Fidèle au premier bourgeon
Comme à la lancinante neige
Fidèle à mes amis penchés sur les miroirs
Fidèle à la brise du soir
Fidèle à l’extase où crépite
Le gravier blanc de la mémoire

Et toujours fidèle à l’histoire
Que j’écris à l’envers du temps

***

Michel Manoll (1911-1984)Souviens-toi de l’avenir (Jean Germain, 1962)

Fernando Pessoa – De vallée en colline…

•février 9, 2018 • Laisser un commentaire

De vallée en colline,
De colline en montagne,
Destrier de ténèbres
Et moine chevalier,
Par maisons et par près,
Par ferme et par fontaine,
Vous cheminez pensifs.

De vallée en colline,
De colline en montagne,
Destrier de ténèbres
Et moine chevalier,
Entre de noirs rochers,
Et devant et derrière,
Vous cheminez secrets.

De vallée en colline,
De colline en montagne,
Destrier de ténèbres
Et moine chevalier,
Par des plaines désertes
Dépourvues d’horizon,
Vous cheminez rebelles.

De vallée en colline,
De colline en montagne,
Destrier de ténèbres
Et moine chevalier,
Par voies impraticables,
Fleuves sans gué ni pont,
Vous cheminez seulets.

De vallée en colline,
De colline en montagne,
Destrier de ténèbres
Et moine chevalier,
Par ce qui est sa fin,
Et que nul ne dira,
Vous cheminez en moi.

*

Do vale à montanha,
Da montanha ao monte,
Cavalo de sombra,
Cavaleiro monge,
Por casas, por prados,
Por quinta e por fonte,
Caminhais alheados.

Do vale à montanha,
Da montanha ao monte,
Cavalo de sombra,
Cavaleiro monge,
Por penhascos pretos,
Atrás e defronte,
Caminhais secretos.

Do vale à montanha,
Da montanha ao monte,
Cavalo de sombra,
Cavaleiro monge,
Por plainos desertos
Sem ter horizontes,
Caminhais libertos.

Do vale à montanha,
Da montanha ao monte,
Cavalo de sombra,
Cavaleiro monge,
Por ínvios caminhos,
Por rios sem ponte,
Caminhais sozinhos.

Do vale à montanha,
Da montanha ao monte
Cavalo de sombra,
Cavaleiro monge,
Por quanto é sem fim,
Sem ninguém que o conte,
Caminhais em mim.

24-10-1932

***

Fernando Pessoa (1888-1935)Anthologie essentielle (Chandeigne, 2016) – Traduit du portugais par Patrick Quillier.

Vélimir Khlebnikov – Moi papillon entré…

•février 8, 2018 • Un commentaire

Moi papillon entré
dans la chambre de la vie humaine
il me faut laisser le paraphe de ma poussière
sur les fenêtres sévères
sur les vitres du fatal
Si gris et tristes les papiers peints des plantes mortes
de la vie humaine avec sa poussière
être le peintre de soi
sur les vitres du fatal du fatal aux grands yeux
Voir soudain une petite porte ouverte
sur un autre monde où il y a le chant des oiseaux le courant
d’air azuré
où tout est aimable même la mort
dans les dents d’une libellule
Ô poussière envolée au loin
et ailes déteintes pour toujours !
Le « non » transparent des fenêtres
derrière elles le bruissement et la danse
des papillons de l’amour cognent
L’amour des papillons danse haut dans le vent
J’ai déjà effacé ma lueur bleue et les dentelles des points
le long du bord de l’aile
Tristes et cruelles mes ailes
le pollen en est ôté Pour toujours
Fatigué je me cogne à la fenêtre de l’homme
La branche des nombres en fleur
cogne à travers la fenêtre
d’une demeure étrangère.

*

Мне, бабочке, залетевшей
В комнату человеческой жизни,
Оставить почерк моей пыли
По суровым окнам,
На стеклах рока.
Так серы и скучны обои из мертвых растений
Человеческой жизни; пылью своей
Быть живописцем себя
На стеклах рока, большеокого рока.
Вдруг увидать открытую дверцу
В другой мир, где пение птиц и синий сквозняк,
Где мило всё, даже смерть
В зубах стрекозы.
О, улетевшая прочь пыль
И навсегда полинявшие крылья!
Окон прозрачное «нет»,
За ними шелест и пляска
Бабочек любви стучится.
Пляшет любовь бабочек высоко в ветре.
Я уже стер свое синее зарево и точек узоры
Вдоль края крыла.
Скучны и жестоки мои крылья,
Пыльца снята. Навсегда.
Бьюсь устало в окно человека.
Ветка цветущих чисел
Бьется через окно
Чужого жилища.

*

I have come like a butterfly
into the hall of human life,
and must spatter my dusty coat
as signature upon its bleak windows,
across fate’s windowpane.
Human life is papered thick
with a boring pattern of dull
gray leaves; with my dust
I must inscribe my life
upon the windowpane of fate,
upon fate’s staring eyes.
If only I could find an open door
to that other world, where birds sing
and the wind is blue and everything,
even death in the jaws of a damsel-fly,
is sweet.
My dust forever fled,
my wings forever faded!
The transparent no of these windows!
Beyond them shimmers and flutters
the love of butterflies!
See how the love of butterflies
dances above the breezes!
Already I have worn away
my bright blue glow, my pointillated patterns;
The blue windstorm falls from my wings,
their bright motes vanish forever.
Stiff and colorless,
I droop despairing
at the windows of the human world.
A branch of flowering numbers scrapes
at the windows of this alien abode.

1921

***

Vélimir Khlebnikov (1885-1922)Oeuvres 1919-1922 (Verdier, 2017) – Traduit du russe par Yvan Mignot – Selected Poems (Harvard University Press, 1997) – Translated by Paul Schmidt.

 
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