Visar Zhiti – L’élégie des forêts

•février 16, 2020 • 2 commentaires

A rétréci la surface des forêts
et a augmenté la surface de la peur.
A rétréci la surface des forêts
il y a moins d’animaux de nos jours.
moins de courage et moins d’éclairs,
moins de beauté,
la lune aussi est dénudée
comme une jeune nymphe violée
et abandonnée.

A rétréci la surface des forêts,
la surface de la poésie, des soupirs,
le langage des feuilles disparaît
au profit du bavardage des hommes…

***

Visar Zhiti (né en1952 à Durrës, Albanie) – Traduit de l’albanais par Ardian Marashi.

Yòrgos Christodoulìdis – Nos jours

•février 15, 2020 • Laisser un commentaire

Je t’ai offert des jours incertains
des jours non prononcés
Tu m’as offert des poèmes affligés
des vers sans souplesse
des vers qui voulaient raconter
une autre histoire
et c’était la pluie de tes jours
que tes jours contenaient
ce n’étaient pas des jours de pluie
c’était la pluie dans les jours
et ce n’étaient pas des poèmes dans la tristesse
mais la tristesse hébergeant des poèmes.
Mais ne regrettons rien, nous avons eu ce que nous voulions.
Nul autre ne pouvait
nous le donner.

***

Yòrgos Christodoulìdis (né à Moscou en 1968)Zones sinistrées (Le miel des anges, 2016) – Traduit du grec par Michel Volkovitch.

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César Vallejo – Intensité et hauteur

•février 14, 2020 • Laisser un commentaire

Je veux écrire mais il me sort de l’écume,
Je veux dire beaucoup et seulement m’enlise ;
Pas de chiffre prononcé qui ne soit comme une somme,
De pyramide écrite en omettant son cœur.

Je veux écrire, oui, mais je me sens puma ;
Je rêve de lauriers mais me garnis d’oignons
Quand la voix se fait toux, elle se fond en brume,
Un dieu ou fils de dieu n’est rien si rien ne suit.

Allons, allons plutôt pour cela manger l’herbe,
La chair des pleurs, le fruit de nos gémissements,
Et notre âme mélancolique en conserve !

Allons ! Allons-nous-en ! Je suis blessé ;
Allons boire le déjà bu,
Allons, corbeau, féconder ta femelle.

*

Intensidad y altura

Quiero escribir, pero me sale espuma,
quiero decir muchísimo y me atollo;
no hay cifra hablada que no sea suma,
no hay pirámide escrita, sin cogollo.

Quiero escribir, pero me siento puma;
quiero laurearme, pero me encebollo.
No hay tos hablada, que no llegue a bruma
no hay dios ni hijo de dios, sin desarrollo.

Vámonos, pues, por eso, a comer yerba,
carne de llanto, fruta de gemido,
nuestra alma melancólica en conserva.

¡Vámonos! ¡Vámonos! Estoy herido;
Vámonos a beber lo ya bebido,
vámonos, cuervo, a fecundar tu cuerva.

*

Intensity and Height

I want to write, but out comes foam,
I want to say so much and I mire;
there is no spoken cipher which is not a sum,
there is no written pyramid, without a core.

I want to write, but I feel like a puma;
I want to laurel myself, but I stew in onions.
There is no spoken coughv,8 which doesn’t come to brume,
there is no god nor son of god, without progression.

For that, then, let’s go eat grass,
the ??esh of sobs, the fruit of wails,
our melancholy soul canned.

Let’s go! Let’s go! I’m struck;
let’s go drink that already drunk,
raven, let’s go fecundate your mate.

October 27, 1937

***

César Vallejo (1892-1938) – Poemas humanos (1939) – Poèmes humains (Points, 2014) – Traduit de l’espagnol (Pérou) par François Maspero – Selected Writings of César Vallejo (Wesleyan University Press, 2015) – Translated by Clayton Eshleman.

Marta Petreu – Prière du matin

•février 13, 2020 • Un commentaire

J’ai misé sur la poésie. Misé
sur les livres savants intelligents
misé sur des dizaines d’autres âneries de papier. En vain
J’ai voulu avoir un enfant. Aucun homme
n’a laissé sa semence vive fructifié en moi
J’ai misé sur l’amour. Aucun homme
n’a voulu de moi comme femme
(comme sœur peut-être comme mère comme ménagère
peut-être comme varech peut-être comme chiffon à poussière)

J’ai misé sur les quelques éléments chauds de la vie. En vain
Toujours en vain

Désormais je mise sur le rien. Tout m’indiffère
Je me tiens sous mes écailles comme une épée de métal
Je suis libre : sans âme. Aucun espoir
Seul croît le rien. Seuls croissent le sable
Et la lumière. Sous ma peau devenue transparente
comme l’eau, sous ma chair, je vois mes os fins
et flexibles comme du cornouiller sanguin. Je vois mon squelette
Je vois des minéraux purs. Du calcium. Du phosphore
Du fer et du magnésium. Mes chevilles d’argent

D’ici un siècle
je serai un nuage d’atomes. Libérés de toute âme.
Libérés de tout sens

Seigneur. Mon père. Je veux
ne plus jamais avoir de corps. Plus jamais
le moindre souffle de vie
Plus de corps humain. Plus de destin de femme. Rien
Seulement rien.
Du rien sans mémoire. Sans douleur
Seigneur. Du rien dans le rien de la chute.

*

Rugăciunea de dimineață

Eu am mizat pe poeme. Am mizat
pe cărți savante deștepte
am mizat pe zeci de alte prostii din hârtie. Zadarnic.
Eu am vrut să am un copil. Și nici un bărbat
nu și-a lăsat vie sămânța rod să crească în mine
Am mizat pe iubire. Nici un bărbat
nu m-a vrut pe mine femeie
(poate soră mamă femeie de casă
poate iarbă de mare poate cârpă de praf)

Am mizat pe câteva lucruri calde ale vieții. Degeaba
Totdeauna degeaba

Acum mizez pe nimic. Nu-mi mai pasă
În solzii mei de pește stau ca o spadă de oțel
Liberă sunt: nu am suflet. Nici o speranță
Nimicul crește. Crește nisipul
Crește lumina. Pielea mea s-a făcut transparentă
ca apa. Văd prin carne oasele mele subțiri
mlădioase ca lemnul de sânger. Îmi văd scheletul
Văd mineralele pure. Calciu. Fosfor
Fier și magneziu. Argintul din glezne

Peste un secol
voi fi un nor de atomi. Liberi de suflet
Liberi de sens

Domine. Tată. Vreau
niciodată să nu mai am trup. Niciodată
suflare de viață
Nu trup de om. Nu destin de femeie. Nimic
Doar nimic.
Un nimic ce nu-și amintește. Fără durere
Domine. Un nimic în nimicul căderii.

***

Marta Petreu (née en 1955 à Jucu, Roumanie)Mon cadavre aux chiens (anthologie) (hochroth, 2018) – Traduit du roumain par Nicolas Cavaillès.

Découvert ici

Víctor Rodríguez Núñez – Entrée

•février 12, 2020 • Laisser un commentaire

Je ne sais par quel chemin
mais je suis arrivé ici
Jusqu’à cet étrange endroit
sans maisons ni paysage
ce lieu dénudé
des pierres dans l’âme
où le monde germe

Peut-être que toi aussi tu arrives
en suivant ce chemin
Dans cette vie repue
d’évidences et de certitudes
seule l’erreur nous réunit
la poésie est le royaume
de ceux qui se trompent

*

Entrada

No sé por qué camino
pero he llegado aquí
Hasta este raro sitio
sin casas ni paisaje
Este lugar desnudo
de las piedras al alma
donde el mundo germina

Quizás también tú llegas
siguiendo ese camino
En esta vida harta
de aciertos y certezas
sólo el error nos une
La poesía es el reino
de los equivocados

***

Víctor Rodríguez Núñez (né en 1955 à La Havane, Cuba)Transkrit : 02 (2010) – Traduit de l’espagnol par Jean Portante.

Asimìna Xiroyànni – Pathologie

•février 11, 2020 • 2 commentaires

Je marche dans la ville.
Pas lents, pensifs
un peu tristes.
L’appareil photo, ce n’est pas un hasard.
C’est que je ne supporte plus
de voir le centre-ville
à l’oeil nu.
Triste vision.
Immigrés, mendiants, camés, putains mâles.
Places louches, tentes, misères, vitrines brisées.
Voitures brûlées, air pollué, saleté. déchéance.
Détresse, solitude.
Athènes se dessèche.
C’est comme de voir
une personne bien-aimée
dépérir.
Qui ne souffre pas pour ceux qui agonisent ?

***

Asimìna Xiroyànni (née à Athènes en 1975)Mon époque, c’est la poésie (Le miel des anges, 2016) – Traduit du grec par Michel Volkovitch.

George Oppen – Un récit, 11

•février 10, 2020 • Un commentaire

Fleuve de notre substance
S’écoulant
Avec le reste. Fleuve de la substance
De la courbe terrestre, fleuve de la substance
Du lever du soleil, fleuve de limon, d’érosion, s’écoulant
Vers une inimaginable mer. Mais l’esprit se lève

Dans le bonheur, se lève

Au milieu de ce qui est. Je ne connais pas d’autre bonheur
Ni n’en ai été le témoin…Les îles
Vers le nord

Dans le brouillard polaire
Et la mer peu profonde –
Rien d’autre

Sinon la sensation
De l’endroit où nous sommes

Nous qui sommes le plus au nord. La merveille de la vague
Même ici c’est l’écho de son bouillonnement
Dans le monde ; je songeais que même s’il n’y avait rien

La possibilité d’être existerait ;
Je songeais que j’avais rencontré

La permanence ; la pensée nous assaillait dans cette mer
Car nous y respirons l’évident
Miracle

Du lieu, et parlons
Si nous devons sauver
L’amour au Monde d’En Haut

Éclairé par la glace un langage substantiel
De clarté, et de respect.

*

A Narrative, 11

River of our substance
Flowing
With the rest. River of the substance
Of the earth’s curve, river of the substance
Of the sunrise, river of silt, of erosion, flowing
To no imaginable sea. But the mind rises

Into happiness, rising

Into what is there. I know of no other happiness
Nor have I ever witnessed it…Islands

To the north

In polar mist
In the rather shallow sea—
Nothing more

But the sense
Of where we are

Who are most northerly. The marvel of the wave
Even here is its noise seething
In the world; I thought that even if there were nothing

The possibility of being would exist;
I thought I had encountered

Permanence; thought leaped on us in that sea
For in that sea we breathe the open
Miracle

Of place, and speak
If we would rescue
Love to the ice-lit

Upper world a substantial language
Of clarity, and of respect.

***

George Oppen (1908-1984) – New Collected Poems (New Directions, 2001) – Poèmes retrouvés (José Corti, 2019) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yves Di Manno.

 
Nichole Hastings Ceramics

The Truth Will Set You Free

En toutes lettres

Arts et culture

À nos heurs retrouvés

“Elle dit aussi que s'il n'y avait ni la mer ni l'amour personne n'écrirait des livres.” Marguerite Duras

Luis Ordóñez

Realizador y guionista

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Over literatuur, gedichten, kunst, muziek en cultuur

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Quelques larmes perlent sur l'âme d'Orphée : Musique - Poésie - Peinture - Sculpture - Philosophie

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Cahiers Lautréamont

Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse

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Celebrating the cinematically surreal, bizarre, cult, oddball, fantastique, strange, psychedelic, and the just plain WEIRD!

Le monde de SOlène, le blog

DU BONHEUR ET RIEN DAUTRE !

Fernando Calvo García

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Revolution as Hubris in Modern Tragedy

Le Trébuchet

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Primarily translated fiction and Australian poetry, with a dash of experimental & challenging writing thrown in

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fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

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Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

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