Rasha Omran – Désir

•mai 18, 2017 • Laisser un commentaire

Je veux écrire sur la vie
La vie dans les poumons d’un petit oiseau qui essaie d’entrer par le volet entrouvert et se cogne la tête contre le bois
La vie dans les ailes d’un papillon translucide qui s’approche de la lueur en imaginant que là réside la paix et qui se brûle le bout de l’aile gauche
La vie dans la lenteur d’une fourmi qui marche sur le bord du mur et qui rêve d’un grain de sucre qu’elle trouvera quelque part
Je veux écrire sur la vie
Lorsque je sens, telle une louve prudente, l’odeur de ta peau quand tu m’appelles
Lorsque l’indolence délicieuse grimpe dans mon corps quand j’entends ta voix ou lorsque je célèbre seule tout cet amour dont personne n’est au courant à part moi
Je veux écrire sur la vie
Sur ceux qui déploient leurs rêves et ne s’aperçoivent pas comment leurs dos se courbent quand ils les débarrassent de leurs cailloux et de leur terre
Sur ceux qui portent leurs maisons sur les épaules et s’y abritent à chaque fois que la faux de la mort passe en creusant le chemin autour d’eux
Sur ceux qui scellent l’aigreur de la défaite par le sarcasme comme s’ils dessinaient des yeux ouverts sur les murs de l’Histoire
Je veux écrire sur la vie
Moi dont la vie à rongé les doigts de la main droite comme une souris ronge un jouet en plastique.
Je l’ai regardée faire sans m’en soucier et je lui ai tendu les doigts de gauche sans aucun regret

***

Rasha Omran (1964, Tartous, Syrie)Habiter cette maison (Alidades, 2017) – Traduction : Hala Omran et Wissam Arbache

Ali Thareb – Le plus souvent je suis mort…

•mai 18, 2017 • 3 commentaires

Le plus souvent je suis mort
Et lorsque je me ressuscite
C’est uniquement pour pleurer sur mon cadavre

***

Ali Thareb / poète et performeur (né en 1988 à Babil, Irak) – Traduction : Ghada Laghzaoui

Ali Thareb – J’aboie énormément…

•mai 17, 2017 • 2 commentaires

J’aboie énormément
J’aboie au visage de mon père
J’aboie avant de manger
J’aboie quand mes amis me quittent
J’aboie avant de m’endormir
J’aboie avant de sortir dans la rue
J’aboie dans la rue
J’aboie en me rappelant que tu étais entier quand ils t’ont pris
Et qu’ils ne nous avaient rendu que ta tête, dans un sac plastique.
J’aboie devant la télé
J’aboie en chassant quiconque entre chez nous
J’aboie lorsque je croise un enfant
Et quand je ris, j’aboie
Dans mes sanglots, j’aboie
En amour aussi, j’aboie
J’aboie dans ma chambre
J’aboie seul
J’aboie pour moi-même
Et pour l’être humain que je fus.

***

Ali Thareb / poète et performeur (né en 1988 à Babil, Irak) – Traduction : Ghada Laghzaoui – Relecture : Xavier Frandon

Anouar Imran – Courrier blême

•mai 12, 2017 • 3 commentaires

Ici, on se porte bien
les secours, Dieu merci, nous suffisent
la couleur bleue des lacs nous suffit

On peut économiser chaque année 500 dollars

et l’envoyer à nos proches pour qu’ils achètent du blé
Comme vous le savez, nos champs ont brûlé.
– en règle générale, en temps de guerre, l’asile nourrit la patrie –

Ici, on se porte très bien
nous marchons lentement sur les routes étrangères,

on sourit aux passants
on a appris à dire « bonjour » dans leurs langues
on a appris à dire « merci »

Le soir
lorsqu’on s’abrite dans nos maisons étroites
un oiseau salé traverse notre sang :

il chante en notre langue des vieux Mawals

alors on pleure
en enlaçant nos oreillers.

Au fait ! la neige a fondu !

enfin, le printemps est arrivé !
et nous nous portons bien

ici aussi, la couleur verte nous suffit
pour contempler notre vie avec le calme d’un philosophe
avec la patience d’une épine.

***

Anouar Imran (né le 24 mai 1972 à Homs, Syrie) – Traduit de l’arabe par Ghada Laghzaoui et Xavier Frandon

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Jean-Claude Pirotte – Artaud

•mai 11, 2017 • Laisser un commentaire

Artaud je vois autour de toi
Adamov Henri Thomas
le fragile Prevel aussi
et je te vois rôder toi-même
autour de ce déchirement de toi

mais tu n’approches qu’en silence
comme le tzigane qui offre
aux derniers clients du dimanche
un violon hérissé de cordes cassées

Artaud Antonin chien fidèle
des bars où tourne le soleil et son train
dans la laque rougie et profonde des verres
miraculeux animal légendaire
avaleur de sabres derviche malin

immortel dans la ménagerie de ton corps
l’écho des cordes cassées dure encore

***

Jean-Claude Pirotte (Namur, Belgique 1939-2014)Hommage à Artaud

Tristan Tzara – La soif des scaphandres…

•mai 11, 2017 • Laisser un commentaire

la soif des scaphandres
les diadèmes de vies
les rencontres derrière le dos des mots
les arêtes du désert
les allumettes
les verres les gants
des incendies des repos des myosotis
les globules de sable incandescent

***

Tristan Tzara (1896-1963)L’arbre des voyageurs (Éditions de la Montagne, 1930) – Dédicace à André Breton

Jean Mambrino – Libre

•mai 10, 2017 • Un commentaire

Il n’y a pas de porte
ni de gardien dans la forêt
bien qu’elle soit le Temple.
Rien à ouvrir ou à fermer.
Chacun trouve en elle son chemin.
Sa lumière dans les bouleaux.
Puis les feuillages retombent
et gardent le secret.

***

Jean Mambrino (1923-2012)Ainsi ruse le mystère (Corti, 1983)

 
The Manchester Review

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Les Exercices

poésie / traduction / critique \\ par Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

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Encres désancrées --- Carla Lucarelli

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