Gérald Neveu – Morale

•juillet 22, 2021 • Laisser un commentaire

Il faut quelquefois surprendre le cri
au sortir des forêts
lui faire peur
le refouler
l’éteindre en lui-même
puis déchirer tranquillement
le papier vide
pour que l’air, notre désir,
fleurisse.

***

Gérald Neveu (1921-1960)Fournaise obscure (Pierre Jean Oswald, 1967)

Rainer Maria Rilke – Tu vois, je veux beaucoup…

•juillet 21, 2021 • Un commentaire

Tu vois, je veux beaucoup.
Je veux peut-être tout :
l’obscurité dans l’infini de chaque chute,
le jeu tremblant de lumière de chaque ascension.

Il y en a tant qui vivent et ne veulent rien
et que les plats sentiments de leur facile tribunal
font rois.

Mais toi, tu te réjouis de tout visage
qui sert et qui a soif.

Tu te réjouis de tous ceux qui ont besoin de toi
comme d’un ustensile.

Tu n’es pas encore froid, il n’est pas trop tard
pour plonger dans tes infinies profondeurs
où la vie paisible se révèle.

*

Du siehst, ich will viel.
Vielleicht will ich Alles:
das Dunkel jedes unendlichen Falles
und jedes Steigens lichtzitterndes Spiel.

Es leben so viele und wollen nichts,
und sind durch ihres leichten Gerichts
glatte Gefühle gefürstet.

Aber du freust dich jedes Gesichts,
das dient und dürstet.

Du freust dich Aller, die dich gebrauchen
wie ein Gerät.

Noch bist du nicht kalt, und es ist nicht zu spät,
in deine werdenden Tiefen zu tauchen,
wo sich das Leben ruhig verrät.

22.9.1899, Berlin-Schmargendorf

***

Rainer Maria Rilke (1875-1926)Le Livre de la vie monastique (Arfuyen, 2019) – Traduit de l’allemand par Gérard Pfister.

Jean-Louis Giovannoni – Nous n’avons jamais assez de poids

•juillet 20, 2021 • Laisser un commentaire

Nous n’avons jamais assez de poids.
Toujours ce besoin de construire
de fixer.

Toute chose
est un repère

un lieu
dont on peut s’éloigner

revenir
sans se perdre.

Mais rien n’a assez de poids
pour nous retenir.

Nous n’érigeons pas
finalement
nous plantons

et rien ne tient
tout à fait ses promesses.

Dispersion.

Infime travail
de l’usure.

***

Jean-Louis Giovannoni (né à Paris en 1950)Le visage volé (Éditions Unes, 2021)

Paula Lavric – Tout, défini par son opposé

•juillet 19, 2021 • Laisser un commentaire

Les jours crient leur impatience
comme les pages d’un livre jamais ouvert
Ça sent la conspiration, ça sent les feuilles écrasées
sous les talons
ça rappelle les piercings dans les tétons
ou les parents suspendus à un pont
L’impatience est l’espoir injuste offert aux autres
que tu veux récupérer
ou la chanson d’attente au téléphone
qui n’arrive jamais au refrain
L’impatience est l’envie brûlante
de prendre le volant
et de conduire suffisamment vite
pour voir les peurs s’éloigner dans le rétroviseur
comme un boomerang qui a rempli sa mission

S’ensuit un temps
où tout se chuchote avec stupeur
un temps provoqué par des substances illicites
avec des maisons feutrées
des songes déguisés
et des gens bienveillants aux visages irradiants
comme si le soleil passait par leurs veines

Et moi dans ce vertige
avec les yeux collés d’un chaton avorté
j’additionne les heures de sommeil
des dernières années

Le compte n’y est pas
mais à l’autre bout du lit
frémit d’impatience un autre jour
déjà résigné

***

Paula LavricLe blues roumain Vol. 2 (Unicité, 2021) – Traduit du roumain par Radu Bata.

Seamus Heaney – Post-scriptum

•juillet 18, 2021 • Laisser un commentaire

Prends un beau jour le temps d’aller à l’ouest
Jusqu’au comté de Clare, le long du Flaggy Shore,
En septembre, en octobre, quand le vent
Et la lumière se définissent l’un l’autre
Si bien que l’océan d’un côté se déchaîne
Sous l’écume scintillante et qu’à l’intérieur des terres
Parmi les pierres la surface du lac d’ardoise s’éclaire
De la foudre atterrée d’une troupe de cygnes,
Plumes rêches hérissées, blanc sur blanc,
Têtes amplement déployées, obstinées,
Enfouies ou dressées, s’affairant sous l’eau.
Il est vain de penser te garer pour saisir cela
Plus pleinement. Ni d’ici, ni de là-bas, tu es
Une hâte par où passent l’étrange et le connu
Quand de douces rafales agitent la voiture,
Prennent le coeur à l’improviste, le font éclater.

*

Postscript

And some time make the time to drive out west
Into County Clare, along the Flaggy Shore,
In September or October, when the wind
And the light are working off each other
So that the ocean on one side is wild
With foam and glitter, and inland among stones
The surface of a slate-grey lake is lit
By the earthed lightning of a flock of swans,
Their feathers roughed and ruffling, white on white,
Their fully grown headstrong-looking heads
Tucked or cresting or busy underwater.
Useless to think you’ll park and capture it
More thoroughly. You are neither here nor there,
A hurry through which known and strange things pass
As big soft buffetings come at the car sideways
And catch the heart off guard and blow it open.

***

Seamus Heaney (1939-2013)La lucarne suivi de L’étrange et le connu (Poésie/Gallimard, 2018) – Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Hersant.

Yves Gosselin – 12 juillet 2021

•juillet 17, 2021 • 10 commentaires

Il est des jours où la poésie
N’est plus un luxe inouï
Mais un luxe superflu

Nous sommes ce jour

Oui je sais
« Liberté j’écris ton nom… »

Ceci n’est pas un poème

On ne comparera JAMAIS
Le statut des juifs promulgué par Vichy
À la mesure scélérate annoncée par ce psychopathe
Emmanuel Macron
Le 12 juillet 2021
Mais cette dernière mesure liberticide
A les mêmes conséquences sociales :
La ségrégation, l’exclusion, le bannissement,
Ici des personnes non vaccinées
ET LA DÉLATION

Soyez des hommes et des femmes dignes
La poésie vous y aidera
Mais il est des jours
Où il faut dire NON
ET agir en hommes et en femmes libres.

P.-S. Mon père était à Juno Beach le 6 juin 1944 avec les troupes du débarquement. Il a contribué avec d’autres à libérer Caen, le nord de la France, la Belgique, et les Pays-Bas. Il ne s’est pas battu, il n’a pas risqué sa peau pour que le pays des Lumières sombre dans une dictature sanitaire et numérique en juillet 2021 sous le règne d’un comédien raté qui se prend pour Jupiter.

***

Yves Gosselin (né en 1959 à Sherbrooke, Canada)

Claire Massart – Désert

•juillet 16, 2021 • 3 commentaires

Marée basse : trop longue étale.
On déglutit le temps. On compte l’attente. On rame sur le sable.
La patience, usée jusqu’à la corde, meurt.

L’air est si rare qu’on en vient aux mains pour le happer.
Tout est rare sauf la dissolution.
La lumière s’absente.
Une tête posée sur mon épaule : la fatigue.

Comment traverser ces jours ?
Comment passer cette saison ?
Comment poser son front contre le vide ?
On choisit de rester suspendu dans le gris-bleu du jour-nuit, d’entendre les arbres se déshabiller.
On ne choisit rien.

On n’en reviendra pas sauf à se caler sur ces minutes données par une île.

18 décembre 2017

***

Claire Massart (née en 1950 à Meknès, Maroc)

https://lestempesdutemps.com/

Jacques Prevel – Si l’on me cherche

•juillet 15, 2021 • 2 commentaires

Si l’on me cherche
C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera
Un matin d’Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n’a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l’Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l’inutile
Dans un mot qui n’a pas de sens
Un mot qui n’a pas de raison

***

Jacques Prevel (1915-1951)Poèmes pour toute mémoire (Jacques Haumont, 1947)

Grégory Rateau – Poème païen

•juillet 14, 2021 • Laisser un commentaire

A la fin, je me présenterai devant vous
Presque nu
Avec seulement mes bagues en éventail
Une pour chaque vie que j’ai vampirisée
Les yeux gris d’un trop plein de soleil
L’iris en parchemin
Récit des folies de ma jeunesse
Mes muscles à présent atrophiés d’avoir trop ou mal aimé
De rares cheveux formeront ici ma couronne
Unique récompense pour toutes mes conquêtes
Personne pour laver ma dépouille
Lui donner les derniers sacrements païens
Juste une vieille photo monstrueuse pliée dans mon poing droit
Et qui n’aura plus rien à voir
Avec cette chose sans âge aux traits aguicheurs
Couchée là
Sur son lit de ronces
L’ironie glorieuse aux coins des lèvres
Innocence encadrée dans un miroir de poche
Enfin confrontée à son portrait ravagé
Une vie entière pour un rien
Car privée de tout
Même d’une descendance

***

Grégory Rateau

Pär Lagerkvist – Plus beau que tout…

•juillet 13, 2021 • Laisser un commentaire

Plus beau que tout, c’est quand le jour décline.
L’excès d’amour dont le ciel est gonflé
emplit les airs d’une sombre clarté
qui vers la terre s’achemine
et s’en vient baigner
les toits des chaumines.

Tout est tendresse, on dirait que des mains
d’une douceur extrême vous caressent.
Tout est proche et tout est lointain.
Tout vous prodigue ses richesses
comme un prêt soudain
fait à l’être humain.

Tout m’appartient, et tout va cependant
m’être enlevé dans un très court instant :
arbre, nuage et jusqu’à ce sentier
où je suis mes songes fugaces.
Seul, je vais errer
sans laisser de traces.

*

Det är vackrast när det skymmer.
All den kärlek himlen rymmer
ligger samlad i ett dunkelt ljus
över jorden,
över markens hus.

Allt är ömhet, allt är smekt av händer.
Herren själv utplånar fjärran stränder.
Allt är nära, allt är långt ifrån.
Allt är givet människan som lån.

Allt är mitt, och allt skall tagas från mig,
inom kort skall allting tagas från mig.
Träden, molnen, marken där jag går.
Jag skall vandra —
ensam, utan spår.

***

Pär Lagerkvist (1891–1974)Anthologie de la poésie suédoise (Seuil, 1971) (Somogy, 2000) – Traduit du suédois par Jean-Victor Pellerin.

 
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