Ana Blandiana – Biographie

•août 7, 2018 • Laisser un commentaire

Un poème que je ne dis pas, un mot que je ne trouve pas
Mettent en péril l’univers
Suspendu à mes lèvres.
Une simple césure dans le vers
Détruirait le sortilège qui dissout les lois de la haine,
Les rejetant tous, farouches et solitaires,
Dans la grotte humide des instincts.

*

Biografie

Orice poem nespus, orice cuvânt negăsit
Pune în pericol universul
Suspendat de buzele mele.
O simplă cezură a versului
Ar întrerupe vraja care dizolvă legile urii,
Vărsându-i pe toţi, sălbateci şi singuri,
Înapoi în umeda grotă-a instinctelor.

***

Ana Blandiana (née en 1942 à Timișoara)Ma patrie A4 (Black Herald Press, 2018) – Traduit du roumain par Muriel Jollis-Dimitriu.

Publicités

Kateri Lemmens – Alta Val d’Elsa, 10 août 2013

•août 6, 2018 • 2 commentaires

on dit que pour comprendre les anomalies de l’Annonciation de Léonard de Vinci l’observateur doit
faire sept pas vers la droite

sous ses écailles sombres que cache l’inclination d’un doigt ou l’ouverture d’une main

un échange de regards trace une droite rectiligne ou
l’ensemble inépuisable de notre nuit

il suffit parfois d’une perspective aérienne, d’une terre volcanique, d’un seul homme, un jour de soleil, pour
recouvrer l’intuition intacte de la pureté

de la probabilité de se rencontrer deux fois ou d’une
victoire imaginaire contre l’infini

d’une limite, de n’importe quelle limite comme on écrit en pensant au fil ténu où on voit sa propre mort sans la franchir

il suffit parfois d’un poème, d’un seul poème, pour tenir, tout un hiver

cette lettre n’a pas d’adresse, elle vous revient

*

Alta Val D’Elsa, August 10, 2013

they say that to understand the anomalies of the Annunciation of Leonardo da Vinci the observer has to take seven steps to the right

beneath its dark scales what hides in the bend of a finger or the opening of a hand

an exchange of looks traces a straight line or the inexhaustible whole of our night

sometimes all it takes is an aerial view, a volcanic landscape, a single man, a sunny day, to recover the intact intuition of purity

the probability of meeting twice or of an imaginary victory against infinity

of a limit, no matter what limit as one writes while thinking about the fine line where one sees one’s own death without crossing over

sometimes all it takes is a poem, a single poem, to keep, an entire winter

this letter has no address, it will come back to you

***

Kateri Lemmens (née en 1974 à Sherbrooke, Québec)Extrait d’un recueil à paraître – Translation by Karen Ocaña.

Erich Fried – Une sorte de poème d’amour

•août 5, 2018 • 3 commentaires

Qui te désire
quand je te désire

Qui te caresse
quand ma main te cherche ?

Est-ce moi
ou les vestiges de ma jeunesse ?

Est-ce moi
ou les prémices de ma vieillesse ?

Est-ce ma rage de vivre
ou ma peur de la mort ?

Et pourquoi mon désir
devrait-il avoir du sens pour toi ?

Et que t’apporte mon expérience
qui n’a fait que m’attrister ?

Et que t’apportent mes poèmes
où je ne fais que dire

combien c’est devenu difficile
de donner ou d’exister ?

Et pourtant dans le jardin au vent
le soleil brille avant la pluie

et l’air embaume l’herbe agonisante
et le troène

et je te regarde et
ma main part à ta recherche.

*

Eine Art Liebesgedicht

Wer sehnt sich nach dir
wenn ich mich nach dir sehne ?

Wer streichelt dich
wenn meine Hand nach dir sucht ?

Bin das ich oder sind das
die Reste meiner Jugend ?

Bin das ich oder sind das
die Anfänge meines Alters ?

Ist das mein Lebensmut oder
meine Angst vor dem Tod ?

Und warum sollte
meine Sehnsucht dir etwas bedeuten ?

Und was gibt dir meine Erfahrung
die mich nur traurig gemacht hat ?

Und was geben dir meine Gedichte
in denen ich nur sage

wie schwer es geworden ist
zu geben oder zu sein ?

Und doch scheint im Garten
im Wind vor dem Regen die Sonne

und es duftet das sterbende Gras
und der Liguster

und ich sehe dich an und
meine Hand tastet nach dir

***

Erich Fried (1921-1988)Es ist was es ist (1983) – Europe n° 988-989 (août-septembre 2011) – Traduit de l’allemand (Autriche) par Chantal Tanet et Michael Hohmann.

Robinson Jeffers – Écrit pour une pierre tombale

•août 4, 2018 • Laisser un commentaire

Je ne suis pas mort ; je suis seulement devenu inhumain,
C’est-à-dire
Que je me suis dépouillé des orgueils et des faiblesses risibles,
Non point comme un homme
Se déshabille pour se glisser au lit, mais comme un athlète
Avant la course.
Le délicat écheveau de nerfs par quoi je mesurais,
Certaines conventions
Appelées le bien et le mal, qui me contractait de douleur
Et me dilatait de joie,
Méticuleusement réglé comme un petit électroscope :
Tout cela est fini, il est vrai.
(Il ne me manque jamais, et s’il manque à l’univers,
il est si facile de le remplacer !)
Mais tout le reste en est agrandi, rehaussé, libéré.
J’admirais la beauté.
Quand j’étais humain ; à présent je fais partie de la beauté.
J’erre dans l’air,
Gaz et eau pour une grande part, et je flotte sur l’océan ;
Je vous touche et je touche l’Asie
Au même instant ; j’ai ma main sur les aubes
Et les lueurs de ce gazon.
J’ai laissé le léger précipité des cendres à la terre
En gage d’amour.

*

Inscription For A Gravestone

I am not dead, I have only become inhuman:
That is to say,
Undressed myself of laughable prides and infirmities,
But not as a man
Undresses to creep into bed, but like an athlete
Stripping for the race.
The delicate ravel of nerves that made me a measurer
Of certain fictions
Called good and evil; that made me contract with pain
And expand with pleasure;
Fussily adjusted like a little electroscope:
That’s gone, it is true;
(I never miss it; if the universe does,
How easily replaced!)
But all the rest is heightened, widened, set free.
I admired the beauty
While I was human, now I am part of the beauty.
I wander in the air,
Being mostly gas and water, and flow in the ocean;
Touch you and Asia
At the same moment; have a hand in the sunrises
And the glow of this grass.
I left the light precipitate of ashes to earth
For a love-token.

***

Robinson Jeffers (1887-1962)Descent to the Dead (1931) – The Selected Poetry of Robinson Jeffers (Stanford University Press, 2002)Anthologie de la poésie américaine (Stock, 1956) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alain Bosquet.

Fabio Pusterla – Art de la fugue

•août 3, 2018 • Laisser un commentaire

Résiste à tout, fuis. Fais-le au nom
de rien. Laisse les noms
aux nouveaux constructeurs de drapeaux.
Allez, petit : il est temps.
Regarde : ceci est un bois, et ceci est
une boîte de viande. Ceci est un fleuve.
Du pont tu vois une ville parfaitement blanche,
une source de sang grumelé. Et les années,
les années sur leurs chevaux noirs. La ville
est faite de chaux et de plâtre, de silence.
Ici le passage, la fuite est un autre chemin.

*

Arte della fuga

Resisti a tutto, fuggi. Fallo in nome
di niente. Lasci i nomi
ai nuovi costruttori di bandiere.
Dai, topolino: è ora.
Guarda : questo è un bosco, e questa
una lattina di carne. Questo è un fiume.
Dal ponte vedi una città bianchissima,
una polla di sangue raggrumato. E gli anni,
gli anni sui loro cavalli neri. La città
è fatta di calce e gesso, di silenzio.
Il passo è qui, la fuga un’altra strada.

***

Fabio Pusterla (né à Mendrisio, Suisse en 1957)Une voix pour le noir, Poésies 1985-1999 (Éditions d’en bas, 2001) – Traduit de l’italien par Mathilde Vischer.

Kiki Dimoula – Je te salue jamais

•août 2, 2018 • 6 commentaires

Derniers Saluts ce soir
ceux que je t’envoie n’ont pas de fin
pas plus que mes salut salut à Pas question
que les transmette la divine diligence.

Tournant de l’œil s’effondrent les violettes
que le temps tiède a trop étreintes
c’est légitime il est resté
sans les voir depuis l’an dernier.

Salut assiduité des fleurs
assurant votre retour périodique
salut assiduité du sans retour
tu as suivi à la lettre les morts.
Salut étreinte des ténèbres
qui accueilles le légitime, elles sont restées
sans te voir dès avant ta naissance.
Salut refus d’ouverture de tes yeux
salut Inespéré promesse pleine de grâce
qu’à nouveau ton regard trouvera l’audace un jour
de s’ouvrir vers le mien terrifié.
Salut refus d’ouverture de tes yeux
— laissez-passer de la mémoire
pour que vienne les voir quand elle veut
l’aube d’une journée perdue.

Quant à toi monde
qui condescends à vivre
tant qu’a besoin de toi le hasard
dont les maux sont le fruit
de ta fertile résistance,
qui t’avilis à vivre
pour que te paie d’un bonsoir tout au plus
pendant sa traversée
une pleine lune ventriloque
que dire
salut à toi aussi.

*

Χαίρε ποτέ

Τελευταίοι Χαιρετισμοί απόψε
ατελείωτοι οι δικοί μου που σου στέλνω
και χαίρε χαίρε του αποκλείεται
η θεία προθυμία να σ’ τους δώσεις.

Λιπόθυμα σωριάζονται βιολέτες
από το σφιχταγκάλιασμα του χλιαρού
καιρού το δικαιολογημένο
έχει από πέρσι να τις δει.

Χαίρε συνέπεια λουλουδιών
προς την τακτή επιστροφή σας
χαίρε συνέπεια του ανεπίστρεπτου
τήρησες κατά γράμμα τους νεκρούς.
Χαίρε του σκοταδιού το σφιχταγκάλιασμα
που δέχεται το δικαιολογημένο
έχει να σε δει πριν την γέννησή σου.
Χαίρε των ματιών σου η ανοιχτοφοβία
χαίρε κεχαριτωμένη υπόσχεση του ανέλπιστου
πως βλέμμα σου θα ξεθαρρέψει πάλι κάποτε
να ξανοιχτεί προς έντρομο δικό μου.
Χαίρε των ματιών σου η ανοιχτοφοβία
– της μνήμης το “ελευθέρας” να πηγαίνει
όποτε θέλει να τα βλέπει
αυγή χαμένης μέρας.

Όσο για σένα κόσμε
που καταδέχεσαι να ζεις
όσο έχει την ανάγκη σου η τύχη
για να καρπούνται τα δεινά
την εύφορη αντοχή σου,
που εξευτελίζεσαι να ζεις
για να σου πει μια καλησπέρα το πολύ
κατά τον διάπλου
ένα εγγαστρίμυθα ολόγιομο φεγγάρι
τι να σου πως
χαίρε κι εσύ.

*

Hail Never

Tonight the Salutations came to an end
those I’m sending you are endless
and hail hail divine willingness’s
refusal to convey them to you.

Violets fall into a swoon
from the mild weather’s
embrace, understandably tight—
it hasn’t seen them since last year.

Hail to you, flowers’ constancy
in your regular return
hail no-return’s constancy
respectful ofthe dead to the letter.
Hail darkness’s embrace
that you welcome, understandably tight—
it hasn’t seen you since before you were born.
Hail your eyes’ fear of opening
hail the unhoped-for promise, full of grace,
that someday your gaze again may take courage
and open a path to my terrified gaze.
Hail your eyes’ fear of opening
– memory’s free pass for
a lost day’s dawn
to go see them whenever it likes.

As for you, world,
condescending to live
as long as fortune needs you
so hardships reap the fruits
of your fertile endurance,
abasing yourself to live
so that a ventriloquist full moon
may bid you good evening
during transit
what more can I say
hail you too.

***

Kikí Dimoulá (née à Athènes en 1931)Je te salue Jamais (Χαίρε ποτέ, 1988) – Le peu du monde/Je te salue jamais (Poésie/Gallimard, 2010) – Traduit du grec par Michel Volkovitch – The Brazen Plagiarist: Selected Poems (Yale University Press, 2012) – Translated by Cecile Inglessis Margellos and Rika Lesser.

Serge Pey – On n’entendait plus le vent…

•août 1, 2018 • Laisser un commentaire

On n’entendait plus le vent
ni les grenouilles derrière la colline

En bas du pont une femme cousait ses lèvres
avec la bouche d’un noyé
qu’elle avait sorti de la rivière

Tu me disais de venir

Il fallait maintenant venger l’air
en jetant du sable froid depuis la rive

Quelqu’un avait commencé le premier
avec la tempe d’un coquillage infini

Puis deux hommes ont enterré tes ongles
dans la cave d’une étoile
et tendu des filets dans la nuit
pour attraper des avions et des oiseaux

*

We no longer heard the wind
or the frogs behind the hill

At the foot of the bridge a woman was sewing her lips
to the mouth of a drowned man
that she’d pulled from the river

You told me to come

The air had to be avenged now
by throwing cold sand from the bank

Someone set the ball rolling
with the brow of an endless shell

Then two men buried your fingernails
in the cellar of a star
and nets were set in the night
to catch planes and birds

***

Serge Pey (né à Toulouse le 6 juillet 1950)Tout poème est une tête décapitée qu’on tient au bout d’un seul cheveu – Every poem is a decapitated head held up by a single hair (The Red Ceilings Press, 2011) – Translated par Yann Lovelock et Patrick Williamson.

 
Lisez Voir !

- Des livres à votre vue -

Reading in Translation

Translations reviewed by translators

Diabolus In Musica

Lossless Classical Resources

Ricardo Blanco's Blog

Citizen of Nowhere

Digo.palabra.txt

Literatura para generaciones pixeladas

AFROpoésie

Le site des poésies africaines

La Labyrinthèque

Histoire de l'art jouissive & enchantements littéraires

Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c'est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu'un pleure, c'est comme si c'était moi. » M. D.

verseando

algunos poemas y otros textos

Traversées, revue littéraire

Poésies, études, nouvelles, chroniques

Le Carnet et les Instants

Revue des Lettres belges francophones

Borntobeanomad

The world is your home.

%d blogueurs aiment cette page :