Alejandra Pizarnik – La cage

•mars 29, 2021 • 3 commentaires

Dehors, du soleil.
Ce n’est qu’un soleil
mais les hommes le regardent
et ensuite ils chantent.

Je ne sais rien du soleil.
Je sais la mélodie de l’ange
et le sermon brûlant
du dernier vent.
Je sais crier jusqu’à l’aube
quand la mort se pose nue
sur mon ombre.

Je pleure sous mon nom.
J’agite des mouchoirs dans la nuit
et des bateaux assoiffés de réalité
dansent avec moi.
Je cache des clous
pour maltraiter mes rêves malades.

Dehors, du soleil.
Je m’habille de cendres.

*

La jaula

Afuera hay sol.
No es más que un sol
pero los hombres lo miran
y después cantan.

Yo no sé del sol.
Yo sé la melodía del ángel
y el sermón caliente
del último viento.
Sé gritar hasta el alba
cuando la muerte se posa desnuda
en mi sombra.

Yo lloro debajo de mi nombre.
Yo agito pañuelos en la noche
y barcos sedientos de realidad
bailan conmigo.
Yo oculto clavos
para escarnecer a mis sueños enfermos.

Afuera hay sol.
Yo me visto de cenizas.

***

Alejandra Pizarnik (1936-1972)Las aventuras perdidas (1958) – Les aventures perdues (Ypsilon, 2015) – Traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet.

Raymond Farina – Loin en moi

•mars 28, 2021 • Laisser un commentaire

O que va signifier
« partir »
si partout n’est que
désespoir
si se défait en moi
la force

de constamment refaire
l’enfance
de toujours changer
ses questions
en gardant toujours
son regard
pour que soit possible
maintenant

de vous écouter
vieilles choses
laissées dans une maison vide
– ô pulsations à peine
sensibles
entre souvenances
& oubli –
laissées
parmi d’autres présences
qui pourraient
vous abandonner

de vous sauver
– d’une pensée –
choses laissées
dans le longtemps
de l’intime patrie étrange
qui me devient
maintenant
plaie

***

Raymond Farina (né en 1940 à Alger)Ces liens si fragiles (Rougerie, 1995)

Jean-François Mathé – Quand la transparence…

•mars 27, 2021 • Un commentaire

Quand la transparence s’est évadée de la vitre
vole-t-elle parmi ces oiseaux
de la nuit qu’elle nous laisse ?
Nous avons beau regarder au-dehors,
il n’y a d’oiseau qu’en nous-même,
et c’est celui de l’inquiétude qui bat des ailes
sans jamais trouver où se poser.

***

Jean-François Mathé (né en 1950 à Fontgombault)Vu, vécu, approuvé (Le Silence qui roule, 2019)

Christophe Manon – Nos gestes étaient de pierre…

•mars 26, 2021 • Laisser un commentaire

NOS GESTES ÉTAIENT de pierre nous avions
appris nos douleurs par cœur nos silhouettes tournaient tournaient où
sommes-nous que sommes-nous
devenus maintenant peut-être
eut-il fallu plier l’échine l’époque est à son comble la guerre
guette mais nous sommes inlassablement sur la piste de ce que nous supposons
être habiter le présent nous remplissons
de notre légère existence les objets que nous touchons mais nous ne savons
pas ne savons pas
quel territoire défricher quel
horizon donner
à nos espoirs.

***

Christophe Manon (né en 1971 à Bordeaux)Au nord du futur (Nous, 2016)

Giorgio Caproni – Malchance

•mars 25, 2021 • Laisser un commentaire

Et maintenant que j’avais commencé
à comprendre le paysage :
Le chef de train dit « On descend. »
« Le voyage est fini. »

*

Disdetta

E ora che avevo cominciato
a capire il paesaggio:
“Si scende”, dice il capotreno.
“È finito il viaggio”.

***

Giorgio Caproni (1912-1990) – Le franc-tireur (Champ Vallon, 1989) – Traduit de l’italien par Philippe Di Meo.

Mìltos Sakhtoùris – Je ne suis pas un arbre…

•mars 24, 2021 • Laisser un commentaire

Je ne suis pas un arbre
je ne suis pas un oiseau
ni un nuage
Le rêve a pourri dans mon sang
Le rêve a pourri dans mes os
un jour dans mon rêve j’ai tué une fille
à côté d’un cyprès
maintenant je tends une toile
et me couche dessous

J’ai eu des amours
j’ai eu des combats
j’ai guetté dans les coins
mes ongles ont poussé
mes lèvres ont gonflé
mon visage a noirci
Je ne suis pas un arbre
je ne suis pas un oiseau
ni un nuage

*

ΔΕΝ είμαι δέντρο
δεν είμαι πουλί
δεν είμαι σύννεφο
τ’ όνειρο σάπισε μέσα στο αίμα μου
τ’ όνειρο σάπισε μέσα στα κόκαλά μου
κάποτε μέσα στο όνειρο έσφαξα μια κοπέλα
πλάι σ’ ένα κυπαρίσσι
τώρα τεντώνω ένα πανί
κι αποκάτω ξαπλώνομαι

Είχα έρωτες
είχα μάχες
και παραφύλαξα στις γωνιές
τα νύχια μου μεγάλωσαν
τα χείλια μου πρήστηκαν
το πρόσωπο μου μαύρισε
δεν είμαι δέντρο
δεν είμαι πουλί
δεν είμαι σύννεφο

*

I am not a tree
I am not a bird
I am not a cloud
the dream has rotted in my blood
the dream has rotted in my bones
once in a dream I slew a girl
by the side of a cypress tree
now I recline beneath it
on a cloth stretched tight

I had loves
I had battles
and I lurked in corners
my nails have grown long
my lips have swollen
my face has grown black
I am not a tree
I am not a bird
I am not a cloud

***

Mìltos Sakhtoùris (1919-2005) – Malades aux larges ailes (Éd. publie.net) – Traduit du grec par Michel Volkovitch – Translated by Kimon Friar.

Claude Vigée – La stratégie de l’extase

•mars 23, 2021 • 2 commentaires

Esprit, fais-toi mer pour franchir la mer, nature pour surmonter la nature,
Mortel et agonisant pour devancer la mort et l’agonie.
Embrasse le monde afin de traverser le monde, d’absorber en toi tout l’espace et son temps !
Ton cœur fait monde, esprit, sans rien en retenir,
Par la grâce du saut léger te voilà sauvé de toi-même.
Mais le don ne s’achève qu’en te livrant à ce monde triste avec joie,
En t’y abandonnant dès aujourd’hui au risque de ta perte totale.
Au cœur de l’orage il y aura peut être un instant de rencontre :
Un seul éclair suffit, avant la dispersion mortelle dans la nuit.

mars 2004

***

Claude Vigée (1921-2020)

Découvert ici

Yves Martin – Une ville maritime aux trains bleus et blancs…

•mars 22, 2021 • Laisser un commentaire

Une ville maritime aux trains bleus et blancs,
Un été immense, presque roux,
Rompu le pain, la gloire,
Oublié jusqu’au sens des désastres anciens.

Je prendrai une chambre, j’écrirai un livre.
Où rien ne sera dit d’essentiel
Ni le rêve des hommes ni la tendresse des femmes,
Un livre solitaire soulevé de flammes.

Octobre. Premières ombres
Dans les roseaux près de la grève, à mon ami le plus ancien
J’en lirai des passages, puis, le voyant las,
Nous irons boire, lui l’anis, moi le vin très bleu.

18 mars 1964

***

Yves Martin (1936-1999)Manège des mélancolies (La Table Ronde, 1996)

Theodore Roethke – J’attendais

•mars 21, 2021 • Laisser un commentaire

J’attendais que le vent émeuve la poussière ;
Mais aucun vent ne vint.
Je semblais manger l’air.
Les insectes bruissant nivelaient l’air du pré.
Je surplombais, lourd et massif, le champ.

C’était comme si j’essayais de marcher dans le foin,
De m’enfoncer dans la moisson, à chaque pas un peu plus loin,
Ou je flottais à la surface d’un étang,
Longues lentes ondulations clignotant dans mes yeux.
Je voyais à travers l’eau toutes sortes de choses, agrandies,
Miroitantes. Le soleil brûlait à travers une brume légère.
Et moi je devenais tout ce que je voyais.
J’éblouissais dans une éblouissante pierre.

Alors un âne se mit à braire. Un lézard me fila sous le pied.
Lentement je revins vers la route poudreuse ;
Il me semblait, quand je marchais, que je m’ensablais.
J’avançais comme un animal lassé de la chaleur.
J’allais sans me retourner. J’avais peur.

Le chemin se faisait plus raide entre les murs de pierre,
Puis se perdait au fond d’une gorge rocheuse.
Un sentier menait à un petit plateau.
En bas, claire, la mer, les vagues régulières,
Et tous les vents venaient vers moi. J’étais heureux.

*

I Waited

I waited for the wind to move the dust;
But no wind came.
I seemed to eat the air;
The meadow insects made a level noise.
I rose, a heavy bulk, above the field.

It was as if I tried to walk in hay,
Deep in the mow, and each step deeper down,
Or floated on the surface of a pond,
The slow long ripples winking in my eyes.
I saw all things through water, magnified,
And shimmering. The sun burned through a haze,
And I became all that I looked upon.
I dazzled in the dazzle of a stone.

And then a jackass brayed. A lizard leaped my foot.
Slowly I came back to the dusty road;
And when I walked, my feet seemed deep in sand.
I moved like some heat-weary animal.
I went, not looking back. I was afraid.

The way grew steeper between stony walls,
Then lost itself down through a rocky gorge.
A donkey path led to a small plateau.
Below, the bright sea was, the level waves,
And all the winds came toward me. I was glad.

***

Theodore Roethke (1908–1963) – The Collected Poems of Theodore Roethke (Anchor Press, 1975) – Arpa n°59 (1996) – Traduit de l’américain par Raymond Farina.

Yves Martin – Je vois d’ici votre moue…

•mars 20, 2021 • Laisser un commentaire

Je vois d’ici votre moue.
Qu’il craque, qu’il crève le vieux bonhomme !
Qu’importe ses lampées, ses mâchées,
Ses dimanches calmes comme des parasols,
Les cigarettes qu’on ressasse, le vin qui ronfle !

Vous vous foutez de ses souvenirs.
Vous avez tort, il a vécu une bien belle aventure.
Ce jour-là il pleuvait. Les gosses chahutaient de tout leur long.
Il avait filé une jeune femme. Il avait été intarissable.
Il lui avait même donné rendez-vous – sans aucune précision de lieu – pour le lendemain.

Il vous aurait raconté comment il retrouva l’altière
Aux yeux carapattant comme un bouquet de grillons.
Vous préférez qu’il se taise, crache, qu’il parte avec ses symboles.
Vous ne ferez jamais de merveilleuses rencontres sous la pluie.

***

Yves Martin (1936-1999)Je fais bouillir mon vin (Chambelland, 1978)

 
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