W.B. Yeats – La Seconde venue (The Second Coming, 1919)

« La Seconde venue » de W. B. Yeats serait devenu, selon un article du New York Times, le poème officiel de la guerre en Irak. A vous d’en juger.

Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue ! A peine dits ces mots,
Une image, immense, du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil
Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
– Et quelle bête brute, revenue l’heure,
Trâine la patte vers Bethléem, pour naître enfin ?

***

Traduction de Yves Bonnefoy in Anthologie bilingue de la poésie anglaise, La Pléiade, 2005

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~ par schabrieres sur octobre 6, 2008.

5 Réponses to “W.B. Yeats – La Seconde venue (The Second Coming, 1919)”

  1. Je suis très sceptique par rapport aux traductions de Bonnefoy qui, à mon humble avis, réécrit Yeats, mais ne le traduit pas. Je lui préfère de loin Jean-Yves Masson.

    Pour le reste, par rapport à cette histoire de poème et de guerre en Irak, j’avais déjà eu l’occasion de lire l’article en question et il m’avait laissée… très perplexe. Je regrette un peu cette tendance actuelle qui est de faire des parallèles avec tout et surtout n’importe quoi, notamment quand c’est complètement anachronique. Avis personnel qui n’engage que moi mais bon…

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  2. Bonnefoy a certes bien du talent, mais ayant découvert les traductions de Masson avant celles de Bonnefoy, le choc fut tel que je ne pourrais jamais modifier en mon for intérieur l’indubitable hiérarchie qui doit s’établir entre la qualité de leurs travaux distincts, Lire La tour ou 1919 traduit par Mr Masson est une expérience qui marque et interroge, il a un talent immense et c’est de plus quelqu’un de fort sympathique, répondant aux lettres qu’on lui envoie.

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  3. […] prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : […]

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  4. […] prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : […]

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  5. […] candidat républicain est un amateur (dans pas mal de sens du terme). Ces temps-ci, estimer que «le centre ne peut plus tenir» a tout de l’euphémisme. Que se passe-t-il? Pour d’aucuns, les turbulences politiques […]

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