Lou Andreas-Salomé – Prière à la Vie (Gebet an das Leben, 1882)

Certes, comme on aime un ami
Je t’aime, vie énigmatique –
Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,
Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.

Je t’aime avec toute ta cruauté,
Et si tu dois m’anéantir,
Je m’arracherai de tes bras
Comme on s’arrache au sein d’un ami.

De toutes mes forces je t’étreins!
Que tes flammes me dévorent,
Dans le feu du combat permets-moi
De sonder plus loin ton mystère.

Être, penser durant des millénaires!
Enserre-moi dans tes deux bras :
Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir –
Eh bien – il te reste tes tourments.

***

Lou Andreas-Salomé (1861-1937)

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~ par stéphane chabrières le mai 5, 2010.

3 Réponses to “Lou Andreas-Salomé – Prière à la Vie (Gebet an das Leben, 1882)”

  1. Merci. Je ne connaissais pas ce beau poème de l’un des plus grands génies de l’humanité, ce cette femme adorable « La plus intelligente et la plus douée des femmes […] prompte comme un aigle, brave comme un lion. » Il est des êtres féminins géniaux.

  2. Don jusqu’au sacrifice… Belle écriture à l’âme généreuse

  3. « (…) Cela reste, en la femme, la puissance simplement dominante, qui proclame souverainement comme le principe suprême de tous les principes, ce postulat : ce qui ne pénètre pas dans notre sentiment n’occupe pas longtemps notre pensée »
     
    « C’est pourquoi la concurrence intellectuelle et pratique qu’elle peut, par principe, engager avec l’homme –cette manière de vouloir prouver qu’elle est son égale, dans n’importe quel métier particulier, et peut aussi bien faire que lui – est une véritable monstruosité, et l’ambition toute extérieure qui s’éveille ainsi en elle est à peu près la qualité la plus mortelle que la femme puisse cultiver. Car c’est précisément l’absence de cette ambition qui constitue sa grandeur innée : l’assurance que point n’est besoin d’administrer une telle preuve pour sentir en soi, en tant que femme, la plus noble justification de son être : n’avoir qu’à étendre alentour ses branches à l’ombre généreuse, pour le repos du passant fatigué, la réconfort de l’assoiffé, sans se soucier de savoir combien de fruits pourraient être décomptés au marché, dans le monde du dehors ».
    (Eros, Lou Andrea Salome)

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