Nicanor Parra – Femmes

La femme impossible,
La femme de deux mètres de haut,
La dame de marbre de Carrare
Qui ne fume ni ne boit,
La femme qui ne veut pas se déshabiller
De peur de tomber enceinte,
La vestale intouchable
Qui ne veut pas être mère,
La femme qui respire par la bouche,
La femme qui marche
Vierge vers la chambre nuptiale
Mais qui réagit comme un homme,
Celle qui s’est déshabillée par sympathie
Parce qu’elle aime la musique classique
La rousse qui a couru à sa perte,
Celle qui ne se donne que par amour
La donzelle qui regarde d’un œil,
Celle qui se laisse seulement posséder
Sur le canapé, au bord de l’abîme,
Celle qui déteste les organes sexuels,
Celle qui s’unit seulement à son chien,
La femme qui fait celle qui dort
(Son mari l’allume avec une allumette)
La femme qui se donne parce que oui
Parce que la solitude, parce que l’oubli …
Celle qui est arrivée jeune fille à la vieillesse,
La professeure myope,
La secrétaire à lunettes noires,
La pâle demoiselle binoclarde
(Elle ne veut rien savoir du phallus)
Toutes ces walkyries
Toutes ces matrones respectables
Avec leurs grandes et petites lèvres
Finiront par me rendre fou.

*

Mujeres

La mujer imposible,
La mujer de dos metros de estatura,
La señora de mármol de Carrara
Que no fuma ni bebe,
La mujer que no quiere desnudarse
Por temor a quedar embarazada,
La vestal intocable
Que no quiere ser madre de familia,
La mujer que respira por la boca,
La mujer que camina
Virgen hacia la cámara nupcial
Pero que reacciona como hombre,
La que se desnudó por simpatía
Porque le encanta la música clásica
La pelirroja que se fue de bruces,
La que sólo se entrega por amor
La doncella que mira con un ojo,
La que sólo se deja poseer
En el diván, al borde del abismo,
La que odia los órganos sexuales,
La que se une sólo con su perro,
La mujer que se hace la dormida
(El marido la alumbra con un fósforo)
La mujer que se entrega porque sí
Porque la soledad, porque el olvido…
La que llegó doncella a la vejez,
La profesora miope,
La secretaria de gafas oscuras,
La señorita pálida de lentes
(Ella no quiere nada con el falo)
Todas estas walkirias
Todas estas matronas respetables
Con sus labios mayores y menores
Terminarán sacándome de quicio.

***

Nicanor Parra (1914-2018)Versos de salón (Santiago, Nascimento, 1962) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Fausto Giudice.

~ par schabrieres sur septembre 18, 2019.

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