Pier Paolo Pasolini – Supplique à ma mère (Supplica a mia madre, 1964)

Il est difficile de dire avec des mots de fils
ce à quoi dans mon cœur je ressemble bien peu.

Tu es la seule au monde à savoir, de mon cœur,
ce qu’il a toujours été, avant tout autre amour.

Voilà pourquoi je dois te dire ce qu’il est horrible de savoir :
c’est à l’intérieur de ta grâce que naît mon angoisse.

Tu es irremplaçable. Voilà ce qui a condamné
à la solitude la vie que tu m’as donnée.

Et je ne veux pas être seul. J’ai une faim infinie
d’amour, de l’amour de corps sans âme.

Parce que l’âme est en toi, c’est toi, mais tu
es ma mère et ton amour est mon esclavage :

j’ai passé mon enfance esclave de ce sentiment
élevé, irrémédiable, d’immense engagement.

C’était la seule façon de sentir la vie,
la seule couleur, la seule forme : maintenant c’est fini.

Nous survivons : et c’est la confusion
d’une vie qui renaît hors de la raison.

Je t’en supplie, ah, je t’en supplie : ne veuille pas mourir.
Je suis ici, seul, avec toi, en un futur avril…

***

Pier Paolo Pasolini (1922-1975)Poésie en forme de rose (Poesia in forma di rosa, 1964)

About these ads

~ par stéphane chabrières le avril 19, 2012.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 335 autres abonnés

%d bloggers like this: