Achille Chavée – Poème (1952)

•juillet 30, 2014 • Poster un commentaire

Achille ChavéeMa vie
ainsi qu’un grain de riz
perdu
dans l’empire de la famine

Notre vie
ainsi qu’un grain de blé
germant
dans le royaume du futur

***

Achille Chavée (Charleroi, Belgique 1906-1969)À pierre fendre (1952)

Serge Wellens – Père je crois en toi (2006)

•juillet 29, 2014 • 1 commentaire

Serge WellensPère je crois en toi
aussi évidemment
qu’en cet arbre solitaire

qui traverse mon regard

Mais
donne-moi d’apercevoir
quelque trace de ta bonté
n’importe où sur cette terre
où tout ce qui vit
ne vit que de meurtre

Ce matin
les nouvelles du monde
sont mauvaises

L’Afrique
dévorée par la famine
assassinée par le sida

l’enfant palestinien
tué d’une balle dans la tête
par un tireur d’élite

le vieux juif
mort de froid
sur un trottoir du Bronx

la chienne aveugle
qui croyait que c’était pour jouer
battue à mort par des enfants

et quoi d’autre
dans les poubelles débordantes
de l’aube

Père où es-tu
J’accepte mal
que ta bonté soit un mystère

Et pourtant je crois en toi
comme en cet arbre
que tu as créé à ton image
tout rugueux d’écorce qu’il est
et lisse et lumineux de feuilles

et qui prend forme de croix
et fait de mes yeux des oiseaux

***

Serge Wellens (1927-2010)Il m’arrive d’oublier que je perds la mémoire (2006)

Alain Borne – Poème

•juillet 29, 2014 • 2 Commentaires

Alain BorneNe rêves pas car ton rêve est petit, il ne deviendra jamais deux ailes qui t’enlèveront d’ici.
Il n’y a d’ailes nulle part ni d’air ni d’ailleurs.
Même autre chose serait dérision comme de passer du pain au fruit qui ne change pas ta bouche vorace vers le ventre.
Même changer ta bouche te serait dérisoire.
Même changer ton âme.
Même tomber en Dieu, même si Dieu soudain se mettait à luire d’éveil et d’orage.
Même si Dieu devenait Dieu.

***

Alain Borne (1915-1962)Le plus doux poignard (1971)

Jean-François Mathé – Poème

•juillet 28, 2014 • Poster un commentaire

Jean-François MathéQuand ton rêve est plus grand que ton sommeil,
c’est en lui que tu avances
pour aller allumer,
au-delà des gouffres de nuit,
les lampes les plus lointaines.
Tu connais des ponts
où d’abord passe l’âme
puis le corps comme il peut.
Tu t’arrêtes dans ton aube inventée
et quand les autres s’éveillent,
tu dors enfin sans rêve,
les yeux refermés
comme se referment les livres
dont toutes les pages se sont envolées.

***

Jean-François Mathé (né en 1950)

Thomas Vinau – Poème (2014)

•juillet 28, 2014 • 2 Commentaires

Thomas VinauVient ce moment
où tu n’es pas encore
un homme
mais déjà plus
un enfant
tu comprends
que les fleurs
germent poussent
fleurissent
puis meurent
tout cela n’est
pas bien grave
c’est juste
qu’il faut nourrir
et soigner les bêtes
pour qu’elles vivent
c’est juste
que pour aimer
il faut avoir
quelque chose
à perdre

***

Thomas Vinau (né en 1978 à Toulouse)Juste après la pluie (2014)

Miguel Hernández – Il arriva avec trois blessures

•juillet 27, 2014 • 3 Commentaires

Miguel Hernández en 1939Il arriva avec trois blessures :
Celle de l’amour,
celle de la mort,
celle de la vie.

Avec trois blessures il vient :
celle de la vie,
celle de l’amour,
celle de la mort.

Avec trois blessures, moi :
celle de la vie,
celle de la mort,
celle de l’amour.

*

Llegó con tres heridas:
la del amor,
la de la muerte,
la de la vida.

Con tres heridas viene:
la de la vida,
la del amor,
la de la muerte.

Con tres heridas yo:
la de la vida,
la de la muerte,
la del amor.

*

He arrived with three wounds:
the one of love,
the one of death,
the one of life.

He comes with three wounds:
the one of love,
the one of death,
the one of life.

I, with three wounds:
the one of love,
the one of death,
the one of life.

***

Miguel Hernández (1910 Orihuela, Espagne–1942 Alicante)Cancionero y romancero de ausencias (1938-1941) – Traduit de l’espagnol par Sara Solivella et Philippe Leignel

Francis Giauque – La vraie vie est absente

•juillet 26, 2014 • 3 Commentaires

Francis Giauqueun jour
une année
des siècles
sans toi
le courage se défait
l’agonie prend forme d’éternité
sans toi
sans eux
les autres qu’il faudrait rejoindre
qui sont trop loin déjà
ailleurs
insaisissables
entre nous
une paroi de roches si lisse
que les mains n’y trouvent pas d’appui
on se lève le matin
hébété
on se regarde dans la glace
ces yeux
ce visage
ce rictus
pas moi
un autre
un étranger
un malade bien sûr
ils l’ont tant répété
les lâches
pour qu’il ne reste vraiment plus rien
à accrocher au gibet de l’amour avorté

***

Francis Giauque (Prêles, Suisse 1934-1965)

 
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