François Jacqmin – Poème (1984)

•octobre 30, 2014 • Laisser un commentaire

François JacqminLe voyageur découvre que son parcours
est un accroissement de nulle part.
Il se transforme en ce qu’il traverse
et aboutit à son propre passage.
Chaque pignon de l’espace ajoute une
face à son destin, mais ne modifie pas
son état d’être là.
On admet l’errance parmi les oeuvres
d’art.

***

François Jacqmin (Horion-Hozémont, Belgique 1929-1992)Le domino gris (1984)

Rainer Maria Rilke – Tu ne dois pas chercher à comprendre la vie

•octobre 29, 2014 • 2 commentaires

Rilke Passport Photo 1919Tu ne dois pas chercher à comprendre la vie
Elle sera dès lors pour toi comme une fête.
Laisse chaque jour te combler
Comme un enfant qui passe
Se voit comblé de fleurs
Par chaque brise.

Il ne lui vient pas à l’esprit
de les ramasser ni de les garder.
Doucement de sa chevelure,
tendre prison, il les enlève,
et à ses chères jeunes années
il tend les mains pour avoir d’autres fleurs.

*

Du musst das Leben nicht verstehen,
dann wird es werden wie ein Fest.
Und lass dir jeden Tag geschehen
so wie ein Kind im Weitergehen
von jedem Wehen
sich viele Blüten schenken lässt.

das kommt dem Kind nicht in den Sinn.
Es löst sie leise aus den Haaren,
drin sie so gern gefangen waren,
und hält den lieben jungen Jahren
nach neuen seine Hände hin.

*

You don’t have to understand life
Then it will be like a celebration
And let each day happen to you
as a child while walking on
is given many blossoms
by each wind’s blowing.

To gather them up and save them
doesn’t come to a child’s mind.
It gently removes them from the hair
where they were so gladly captured
and holds out to its lovely young years
its hands to get new ones.

***

Rainer Maria Rilke (1875-1926)

Hélène Dorion – Vient le jour… (1995)

•octobre 28, 2014 • Laisser un commentaire

Hélène DorionVient le jour où la beauté borde notre chemin.
On se penche sur la vie, et aussitôt
on se relève, le coeur tremblant, plus fort
d’une vérité ainsi effleurée.

Vient le jour où l’on pose la main
sur un visage, et tout devient la clarté
de ce visage. Tout se nourrit
du même amour, d’un même rayon de bleu
et boit au même fleuve. Tout va
et vient dans un unique balancement des choses.

***

Hélène Dorion (née en 1958 à Québec)Sans bord, sans bout du monde (1995)

Claude Esteban – Une femme a souri… (1993)

•octobre 27, 2014 • Laisser un commentaire

Claude EstebanUne femme a souri
dans son sommeil et dehors
le premier oiseau commence à dire
que c’est l’aube et cette femme
bouge un peu, elle a des seins
qu’il faudrait caresser, je crois, pour
vivre encore, un peu
de temps encore et je suis
là, près d’elle, comme
une pierre et cette femme qui sourit existe au loin.

***

Claude Esteban (1935-2006)Sept jours d’hier (1993)

Alain Bosquet – Poème

•octobre 27, 2014 • Un commentaire

Alain BosquetUn trottoir change de ruelle.
Un visage devient ruisseau.
Un parc poursuit des voyageurs.
La fontaine se vend
à qui la veut, peut-être le cheval.
Un temple se détourne
pour éviter la prière trop pure.
Une ville s’efface:
il ne pourra jamais
trouver des murs pour y dormir.
Il porte sur le dos
un royaume si lourd.

***

Alain Bosquet (1919-1998)

Serge Wellens – Insubordination des choses (2010)

•octobre 26, 2014 • Laisser un commentaire

Serge WellensCe n’est pas tant ta maladresse
ce sont les choses qui se refusent
et qui t’agressent

le café qui se renverse
le savon qui glisse entre tes doigts
l’horloge qui te ment
le stylo qui fait des taches
la fenêtre qui n’accepte pas
qu’on l’ouvre
ou qu’on la ferme

Et dans la brume de ton miroir fêlé
le vieil homme au regard triste
qui te demande son chemin.

***

Serge Wellens (1927-2010)Poèmes de l’inconfort (2010)

Georges Perros – Comment sont les autres… (1962)

•octobre 24, 2014 • 6 commentaires

Georges PerrosComment sont les autres
Font les autres
Vivent les autres
Si c’est comme moi
Et qu’ils font cette tête souriante quand je les vois
Alors oui nous sommes tous damnés
Car mes jours et mes nuits
Je ne les souhaite à personne
Je ne suis pas malheureux
Restez calmes je vous en prie
Non ce n’est pas cela
Que je veux dire
Mais nous sommes vraiment seuls
À penser certaines choses
Qui nous empêchent
De croire en qui
En quoi que ce soit
Vraiment seuls
À se croire seuls à les penser
C’est que tout le monde les cache
Et comment allez-vous
Cher ami
Beau temps et pluie
C’est la saison
Ce n’est pas mépris
Même l’amour y a sa part
Si l’on n’aimait pas
On ne penserait pas ces choses
Non c’est tout simple
Et positivement horrible
Se suicider
En devient ridicule.

***

Georges Perros (1923-1978)Poèmes bleus (1962)

 
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