Antonio Gamoneda – Poème (2004)

•juillet 22, 2014 • Poster un commentaire

Antonio GamonedaAu point où en sont les choses, de quelle clarté perdue
venons-nous ? Qui peut se souvenir de l’inexistence ?
Il serait sans doute plus doux de revenir, mais

nous entrons indécis dans une forêt d’aubépines. Il n’y a rien
au-delà de l’ultime prophétie. Nous avons rêvé qu’un dieu
nous léchait les mains : nul ne verra son masque divin.

Au point où en sont les choses,

la folie est parfaite.

***

Antonio Gamoneda (né en 1931 à Oviedo, Espagne)Clarté sans repos (Arden las pérdidas, 2004)

Jacques Ancet – Poème (2005)

•juillet 22, 2014 • Poster un commentaire

Jacques AncetAu matin, pourtant, tout ressemblerait au
bonheur. Si on savait ce qu’est le bonheur. La
lumière et la chaleur pourraient en donner
une idée sans cette sorte d’ombre qui glisse
entre objet et regard. C’est peut-être pour ça
qu’on est perdu. Parce qu’on ne coïncide pas.
Ou si peu. Et c’est ce peu qu’on cherche.
Entre deux gestes, deux mots, au milieu de
la foule, dans une pièce vide. Faute de
mieux, on dit : c’est un souffle, c’est de l’air.
Comme celui, léger, qui entre par la fenêtre
entr’ouverte. L’embrasure, oui mais sans la
beauté du mot. Alors on guette. Ça ne viendra
pas, mais on guette.

***

Jacques Ancet (né en 1942 à Lyon)Diptyque avec une ombre (2005)

Henri Meschonnic – Poème (2009)

•juillet 21, 2014 • Poster un commentaire

Henri MeschonnicChaque instant
de notre vie
est un instant
de notre mort
à revivre et à revivre
c’est pourquoi c’est un bonheur
et notre vie une alliance
de l’instant et du toujours
alors chaque parole
qui transforme notre vie
est à la fois la première et la dernière
nous nous aimons dans chaque mot

***

Henri Meschonnic (1932-2009)De monde en monde (2009)

Jean-François Mathé – Un jour… (2007)

•juillet 21, 2014 • Poster un commentaire

Jean-François MathéUn jour on est ce voyageur
qui n’atteint même plus son départ.
Il tire sur sa cigarette
pour réduire un peu la distance,
puis il fait tomber la cendre
comme de l’espoir devenu gris.

***

Jean-François Mathé (né en 1950)Agrandissement des détails (2007)

Achille Chavée – C’est ainsi (1965)

•juillet 19, 2014 • Poster un commentaire

Achille ChavéeIl est certain que quelque chose existe
est
tendant à nous nier
nous dépassant
et qui en nous se réalise
et qui se justifie
dans la naissance d’un poète
et dans sa mort
dans un petit village
au fond de la brousse spirituelle
Il est certain que je vous aime
comme un enfant
ayant perdu sa mère à l’âge du secret
que vous auriez recueilli
après une tornade
dans un îlot de la dévastation
que vous auriez recueilli
ainsi qu’une émeraude
tombée du diadème de l’absolu

***

Achille Chavée (Charleroi, Belgique 1906-1969)De vie et de mort naturelles (1965) – 27 octobre 1963

Paul Éluard – Le plus jeune (1926)

•juillet 19, 2014 • Poster un commentaire

Paul ÉluardAu plafond de la libellule
Un enfant fou s’est pendu,
Fixement regarde l’herbe,
Confiant lève les yeux :
Le brouillard léger se lèche comme un chat
Qui se dépouille de ses rêves.
L’enfant sait que le monde commence à peine :
Tout est transparent,
C’est la verdure qui couvre le ciel
Et c’est dans les yeux de l’enfant,
Dans ses yeux sombres et profonds
Comme les nuits blanches
Que naît la lumière.

***

Paul Éluard (1895-1952)Capitale de la douleur (1926)

Jean-François Mathé – Poème

•juillet 18, 2014 • 1 commentaire

Jean-François MathéQue quelqu’un vienne, silencieux,
seulement annoncé par son ombre,
qu’il dépose sur le seuil ce qu’il reste de jour
et l’eau que nous boirons la nuit
pour y sentir passer le temps.
Que quelqu’un vienne, s’en aille,
et ne dise rien.
Il n’y a ici qu’un oiseau, mais c’est lui
qui met en musique ce qui mérite encore d’être
entendu.

***

Jean-François Mathé (né en 1950)

 
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