Juan Ramón Jiménez – Le voyage définitif (El viaje definitivo, 1911)

•septembre 17, 2014 • Poster un commentaire

Juan Ramón JiménezEt je m’en irai. Et resteront les oiseaux chantant ;
et restera mon verger, avec son arbre vert
et avec son puits blanc.

Tous les soirs, le ciel sera bleu et serein ;
et sonneront, comme ce soir sonnent,
les cloches du clocher.

Mourront ceux qui m’ont aimé ;
et le village se fera nouveau chaque année;
et dans le recoin de mon verger fleuri et blanchi,
mon âme vaguera, nostalgique…

Et je m’en irai ; et je serai seul, sans foyer, sans
arbre vert, sans puits blanc,
sans ciel bleu et placide…
Et resteront les oiseaux chantant.

*

Y yo me iré. Y se quedarán los pájaros cantando;
y se quedará mi huerto, con su verde árbol,
y con su pozo blanco.

Todas las tardes, el cielo será azul y plácido;
y tocarán, como esta tarde están tocando,
las campanas del campanario.

Se morirán aquellos que me amaron;
y el pueblo se hará nuevo cada año;
y en el rincón aquel de mi huerto florido y encalado,
mi espíritu errará nostáljico…

Y yo me iré; y estaré solo, sin hogar, sin árbol
verde, sin pozo blanco,
sin cielo azul y plácido…
Y se quedarán los pájaros cantando.

*

And I will leave. But the birds will stay, singing:
and my garden will stay, with its green tree
and its white water well.

And every afternoon the sky will be blue and placid,
and will chime as they are chiming this very afternoon
the bells in the belfry.

Those who have loved me will pass away,
and the town will burst anew every year,
and in the nook of my green white-limed flowering garden,
my spirit will dwell, nostalgic…

And I will go, and I will be lonesome,
homeless, no green tree, no white water well,
no blue and placid sky…
And the birds will stay, singing.

***
Juan Ramón Jiménez (Moguer, Espagne en 1881-1958)Poemas agrestes (1911)

Lambert Schlechter – L’Etrangeté de tout ce qui est…

•septembre 16, 2014 • 1 commentaire

Lambert Schlechterparfois, soudain, dans une fulgurance
dans une interruption du flux de conscience

dans un arrêt de la cascade des moments
et silence dans la rumeur de l’univers

parfois, soudain, j’ouvre grand les yeux
et vois comme je n’avais jamais vu

parfois, soudain, je suis stupéfait
et j’ai l’impression d’être seul

à voir l’Étrangeté de tout ce qui est

*

sometimes, suddenly, in a flash
an interruption in the stream of consciousness

a break in the cascade of moments
a silence in the murmur of the universe

sometimes, suddenly, my eyes open wide,
and I see as I have never seen before

sometimes, suddenly, I am awestruck
and it seems that I am all alone

seeing the Strangeness of everything that is

***

Lambert Schlechter (né en 1941 à Luxembourg) – Translated by Jessica Slavin

Anne-Marie Kegels – Mains

•septembre 15, 2014 • Poster un commentaire

Anne-Marie KegelsTouchez longtemps ce qui se touche
l’écorce, l’eau, l’herbe, la bouche,
avec l’ardeur au creux des doigts
touchez le chaud, touchez le froid,
pour en faire votre aventure
touchez la mer et la voiture,
le mont, la plaine au cri de blé.
Un soir touchez vos doigts usés
comme un drap où les corps roulèrent.
Touchez enfin, noces dernières
aux feux assourdis du couchant
vos souvenirs mêlés au vent.

***

Anne-Marie Kegels (1912-1994)

Alain Bosquet – Poème (1986)

•septembre 13, 2014 • Poster un commentaire

Alain BosquetJe crie pour les enfants perdus.
J’écris.
Je crie pour la femme éventrée.
J’écris.
Je crie pour le soleil qu’on souille.
J’écris.
Je crie pour la ville qu’on brûle.
J’écris.
Je crie pour l’arbre assassiné.
J’écris.
Je crie pour le rêve sans fond.
J’écris.
Je crie pour la planète folle.
J’écris
de ne pouvoir crier.

***

Alain Bosquet (1919-1998)Le tourment de Dieu (1986)

Jean-Claude Pirotte – Poème (2008)

•septembre 12, 2014 • 2 Commentaires

Jean-Claude Pirottecomment les mots les plus simples
dévoilent soudain la lumière

le saurons-nous jamais
nous n’apprenons à vivre

qu’avec le murmure et l’éclat
des pluies sur les toits à lucarnes

ou le frisson du vent dans l’ombre
comme une source ou comme un baume

et quelle voix surprise à l’aube
nous invite à nous recueillir
dans l’attente des lointains
ouverts sur l’infini des deuils

***

Jean-Claude Pirotte (né en 1939 à Namur, Belgique)Passage des ombres (2008)

Yannis Ritsos – Les choses élémentaires

•septembre 11, 2014 • 1 commentaire

Yannis RitsosMaladroitement, avec une grosse aiguille, avec un fil épais,
il coud les boutons de sa veste. Il parle tout seul :

As-tu mangé ton pain ? As-tu bien dormi ?
As-tu pu parler ? Tendre la main ?
As-tu pensé à regarder par la fenêtre ?
As-tu souri quand on a frappé à la porte ?

Si la mort est là, toujours, elle vient en second.
La liberté est toujours première.

*

With a thick needle, with thick thread, awkwardly
he sews the buttons on his coat. He talks to himself:

Did you eat your bread? Did you sleep well?
Were you able to talk, to stretch your arm?
Did you remember to look outside the window?
Did you smile when you heard a knocking on the door?

If it’s death, it always comes second
Freedom always comes first.

***

Yannis Ritsos (Monemvasia, Grèce 1909 – Athènes 1990)

Jean Pérol – Poème (2012)

•septembre 10, 2014 • Poster un commentaire

Jean PérolEt c’est mon tour comme il convient
Et comme vient celui de tous
Et moi aussi auprès de vous
Dans la même terre j’irai me coucher et toucher
La fin des rêves
Les mots rongés par le temps
La blancheur la plus vaste des indifférences sans pitié
Cet acide affamé dévorant sous la mousse
Nos orgueils nos écrits et nos cœurs inutiles

***

Jean Pérol (né en 1932)Libre livre (2012)

 
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