Henri Michaux – Les inachevés (1946)

•novembre 7, 2009 • 3 commentaires

Henri Michaux - Untitled (1984)Visage qui ne dit qui ne rit
qui ne dit oui ni non.
Monstre.
Ombre.
Visage qui tend,
qui va,
qui passe,
qui lentement vers nous bourgeonne…
Visage perdu.

***

Henri Michaux (1899-1984)Apparitions (1946)

Alejandra Pizarnik – Quelque chose (Algo, 1956)

•novembre 6, 2009 • 2 commentaires

Alejandra Pizarniknuit qui t’éloignes
donne-moi la main

œuvre d’un ange bouillonnant
les jours se suicident

pourquoi ?

nuit qui t’éloignes
bonne nuit

***

Alejandra Pizarnik (1936-1972)La Dernière Innocence (La última inocencia, 1956)

Jorge Luis Borges – Tranchée (Trinchera, 1920)

•novembre 5, 2009 • Un commentaire

Otto Dix - Collapsed Trenches (1924)L’angoisse
Chemine au plus haut d’une montagne
Des hommes couleur de terre naufragent au plus profond d’une crevasse
Le fatalisme subjugue les âmes de ceux
qui trempèrent leur petit espoir dans les bénitiers de la nuit
Les baïonnettes rêvent de mélanges nuptiaux
On a perdu le monde et les yeux des morts le cherchent
Le silence hurle à l’horizon effondré.

***

Jorge Luis Borges (1899-1986)

Jorge Luis Borges – Absence (Ausencia, 1923)

•novembre 4, 2009 • Laisser un commentaire

James Ensor - L'homme de douleur (1891)Je devrai donc la soulever, la vaste vie
qui reste aujourd’hui même ton miroir
chaque matin je devrai donc la rebâtir.
Tu m’as quitté; depuis,
combien de lieux devenus inutiles
et privés de sens, comme
des lampes à midi.
Soirs, nids de ton image,
musiques où toujours tu m’attendais,
paroles de ce temps passé,
je devrai vous briser de mes mains.
Dans quel ravin réfugier mon âme
pour ne plus la voir, cette absence
qui brille comme un terrible soleil
définitif, sans couchant, sans pitié?
je suis cerclé par ton absence
comme la gorge par la corde,
Comme qui coule par la mer.

***

Jorge Luis Borges (1899-1986) – Ferveur de Buenos Aires (Fervor de Buenos Aires) (1923)

Emily Dickinson – Ce Monde n’est pas Conclusion

•novembre 3, 2009 • Laisser un commentaire

Emily DickinsonCe Monde n’est pas Conclusion.
Un Ordre existe au-delà -
Invisible, comme la Musique -
Mais réel, comme le Son -
Il attire, et il égare -
La Philosophie – ne sait -
Et par une Enigme, au terme -
La Sagacité doit passer -
Son concept, échappe aux savants -
Sa conquête, à des Hommes
A valu le Mépris de Générations
Et la Crucifixion -
La Foi glisse – rit, et se reprend -
Rougit devant témoin -
S’accroche à un fétu d’Evidence -
Et sur la Girouette, s’oriente -
Gesticulations en Chaire -
Grondements d’Alléluias -
Nul Opium ne peut calmer la Dent
Qui ronge l’âme -

***

Emily Dickinson (1830-1886)

Charles Juliet – Souvent, quand il avançait

•novembre 2, 2009 • Un commentaire

Francis Bacon - Walking Figure (1959-60)Souvent,
quand il avançait,
à tâtons dans sa nuit,
il a douté, s’est révolté,
a voulu remonter
vers la vieille lumière.

Mais une force le tenait,
qui lui enjoignait
de poursuivre,
de s’aventurer,
une fois de plus,
une fois encore,
au plus épais
de sa ténèbre.

Un jour,
au comble du désespoir,
vidé de toute force,
acculé à reconnaître,
que l’inaccessible se refusait,
il admit qu’il lui fallait
renoncer.

A sa vive surprise,
sans qu’il eût
à progresser d’un seul pas,
il franchit le seuil,
déboucha dans la lumière.

***

Charles Juliet (né en 1934)

Derniers livres lus

•novembre 2, 2009 • Laisser un commentaire
  • Thomas Bernhard – La Plâtrière (roman) ***
  • Akira Yoshimura – Le Convoi de l’eau (roman) ***
  • Philip Roth – Portnoy et son complexe (roman) ***
  • Hermann Hesse – Narcisse et Goldmund (roman) ***

Paul Celan – Une fois (1967)

•novembre 1, 2009 • Un commentaire

Paul CelanUNE FOIS,
je l’ai entendu,
il lavait le monde,
non vu, à longueur de nuit,
vraiment.

Un et infini,
anéantis,
disaient Je.

Lumière fut. Salut.

***

Paul Celan (1920-1970)Renverse du souffle (Atemwende, 1967) – Traduction Jean-Pierre Lefebvre

 

Georges Perros – Je n’ai jamais su travailler (1967)

•octobre 31, 2009 • Un commentaire

Georges PerrosJe n’ai jamais su travailler
trop distrait pour m’en faire accroire
et quand j’imite ceux qui ont
le sens du labeur quotidien
je me retrouve tout honteux
le soir venu Rien ne me semble
plus paresseux que le travail
comme on l’entend dans nos pays
de bureaux de banques Je suis
pour la vie intégrale et comme
personne ne joue avec moi
on s’y ennuierait à mourir
je reprends ma besace et seul
je découvre à nouveau ce rien
qui m’est travail prométhéen
car je n’en mérite le bien
n’étant pas de ces grands artistes
que leur paresse même excite
à reprendre en main l’énergie
qu’elle trahit dès qu’on la presse
de cesser d’être souveraine
Et rien ne m’étonne aujourd’hui
comme ceux qui font ce qu’ils font
sans qu’un reste vienne tout perdre
de ce qu’ils ont fait sans laisser
place à ce vent qui me démange
au plus fort d’un travail promis
que je dois remettre et que ronge
le goût de subsister sans lui
Je dois me clouer à ma chaise
fermer les rideaux mettre bas
mes chiots de plaisir leur tendre
de loin l’os trouvé dans la nuit
en m’excusant d’avoir à faire
je ne suis pas libre aujourd’hui
Je comprendrais qu’ils m’abandonnent
ces anges de grenier ces dieux
qui m’ont tant donné de quoi être
et que je traite avec mépris
(je le fais le moins que je puis)
dès qu’il s’agit du sérieux
qu’exige notre société
où le moindre faux pas faux mot
fait redresser la guillotine
Nous sommes de fameux salauds
Le travail c’est la liberté
surtout c’est la santé de l’autre
qui nous regarde travailler
et nous félicite d’y croire
pendant le temps qu’il va nager
dans les trous de notre mémoire
N’importe demain s’ouvrira
sur une scène où dort mon rêve
et vous n’en aurez pas la clé
qui meut les décors Je me rends
à vous raisons hommes de loi
hommes d’honnête quant-à-soi
Mais s’il est vrai : sans importance
tout ce qui est exagéré
tout ce qui ne l’est pas je pense
est médiocre plus qu’à moitié
Ce sera la honte des hommes
et la mienne hélas aussi bien
de s’être fabriqué des normes
qui leur vont si mal Nos malheurs
n’en cherchons pas trop d’autres causes
Nous avons inventé la peur
Nos guerres futures seront
comme nos esprits mécaniques
Nous aurons tous bien travaillé
à ce résultat pathétique
et l’amour toile d’araignée
tricotera une brassière
pour le premier bébé futur.

***

Georges Perros (1923 – 1978) – La vie ordinaire (1967)

André du Bouchet – Je ne vois presque rien (1953)

•octobre 30, 2009 • Un commentaire

Alberto Giacometti - Portrait of André du Bouchet IV (1965)Le papier que je coupe
est moite
la montagne est presque cachée par son surplis blanc

Les mots se calment
et retrouvent leur assiette

L’air plus chaud que la peau

je sors enfin

ce n’est pas moi qui taille ces rues

tout existe si fort
et loin
que je peux lâcher ma main

dehors

je ne vois presque rien.

***

André du Bouchet (1924-2001)