François Jacqmin – Celui qui eut une seule pensée (1990)

•octobre 20, 2014 • 2 commentaires

François JacqminCelui qui eut une seule pensée claire
peut déclarer combien sa vie fut étrange.
Cette unique lumière fera de lui
un de ces êtres intermédiaires qui s’éveillent
lorsqu’on descend la pente
du sommeil. Il sera tenu pour quelqu’un qui
n’aspire à aucun triomphe et ne consent
à posséder aucun bien.
Il sera perclus de transparence,
et personne ne voudra vivre avec lui.

***

François Jacqmin (né à Horion-Hozémont en 1929 , Belgique-1992)Le livre de la neige (1990)

Norge – Les chaises (1969)

•octobre 20, 2014 • 2 commentaires

Gerhard Richter - Small chair (1965)C’est une chaise qui a créé le monde : au commencement, il n’y avait que des chaises. Elles s’ennuyaient. Faisons-nous un homme, dit une chaise, un homme qui posera son séant sur notre siège, qui s’appuiera contre notre dossier, qui nous changera de place, qui nous polira, nous cirera, nous caressera. Cette chaise-là pensa l’homme si fortement que l’homme fut. Et l’homme, enfant de la chaise, vit de plus en plus assis.

***

Géo Norge (Bruxelles, Belgique 1898-1990)Les cerveaux brûlés (1969)

Lambert Schlechter – Aimer, si ce n’est pas grand péril…

•octobre 19, 2014 • 4 commentaires

A hipstamatic portrait of Luxembourg author Lambert Schlechter by François Beschaimer, si ce n’est pas grand péril
aller jubileusement vers le précipice

aimer, si ce n’est pas risquer le néant
au lieu de ronronner le long des jours

aimer, si ce n’est pas s’abandonner
à la décisive & incandescente menace

aimer, si ce n’est pas quitter la léthargie
pour un éveil éblouissant

l’amour, ça fait autant mourir que vivre

***

Lambert Schlechter (né en 1941 à Luxembourg)

Achille Chavée – Le temps… (1956)

•octobre 18, 2014 • Laisser un commentaire

Achille ChavéeLe temps est un petit morceau
de la mémoire de l’insecte
dont je sauve en secret la vie

le temps est ce fameux havane
que fume le papillon mourant
dans l’aurore incommunicable

le temps est une goutte d’eau
dans ce vaste océan de larmes
qui finance l’éternité

le temps nous y réfléchissons
est notre cœur inhabitable
la cage des secondes mortes

***

Achille Chavée (Charleroi, Belgique 1906-1969)Catalogue du seul (1956)

Gilles Baudry – Qui ne cherche l’étoile… (2002)

•octobre 17, 2014 • Un commentaire

Gilles BaudryQui ne cherche l’étoile s’étiole mais toi
par nuit noire ou d’épiphanie
à travers les persiennes
sous l’éclat du réel
dans des gestes d’aurore
dans les appels muets
dans les méandres des aveux
des souvenirs
en tout reflet, en tout écho lointain
derrière les rumeurs, les apparences
partout tu cherches obstinément
la note bleue
grave et profonde
celle qui porte
celle d’où naissent
toutes les harmoniques d’une destinée.

***

Gilles Baudry (né en 1948)Versants du secret (2002)

Raymond Carver – Pluie (Rain, 1985)

•octobre 16, 2014 • Laisser un commentaire

Raymond CarverRéveillé ce matin avec
une envie terrible de rester au lit toute la journée
et de lire. M’y suis opposé quelques minutes.

Ai regardé la pluie à travers la fenêtre.
Et lâché prise. Me mettant entièrement
à l’abri de ce matin pluvieux.

Serais-je prêt à revivre ma vie ?
Avec les mêmes erreurs impardonnables ?
Oui, si c’était seulement possible. Oui.

*

Woke up this morning with
a terrific urge to lie in bed all day
And read. Fought against it for a minute.

Then looked out the window at the rain.
And gave over. Put myself entirely
in the keep of this rainy morning.

Would I live my life over gain ?
Make the same unforgivable mistakes ?
Yes, given half a chance. Yes.

***

Raymond Carver (1938-1988)Là où les eaux se mêlent (Where Water comes Together with Other Water, 1985) – Traduit par Frédéric Neyrat

Alain Bosquet – Apostrophe (1994)

•octobre 16, 2014 • Laisser un commentaire

Les mouches - AnonymeEt la vie intérieure de la mouche,
y songes-tu, y songes-tu ?
Et la souffrance du silex,
la connais-tu, la connais-tu ?
Et le remords de la cascade,
t’émeut-il, t’émeut-il ?
Et les rêves sanglants de la rosée,
qu’en penses-tu, qu’en penses-tu ?
Et les serments du fleuve,
les tiendras-tu, les tiendras-tu ?
Et le doute, là-haut, de la colline,
que tu confonds avec la neige,
voudras-tu le combattre, voudras-tu ?
Et l’azur qui prépare son suicide,
l’aideras-tu, l’aideras-tu ?
Ton malheur est si pauvre
auprès de leurs malheurs !

***

Alain Bosquet (1919-1998)Demain sans moi (1994)

 
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