Reiner Kunze – Pour toi, en hommage, cette demande en pensée (Bittgedanke, dir zu füssen, 1998)

•novembre 25, 2014 • 1 commentaire

Reiner Kunze 1978Meurs avant moi, juste un peu
avant

Afin que ce ne soit pas toi
qui aies à revenir seule
sur le chemin de la maison

*

Stirb früher als ich, um ein weniges
früher

Damit nicht du
den weg zum haus
allein zurückgehn mußt

*

Die before me, just a short while
before me

So that you
must not walk the path
back home alone

***

Reiner Kunze (né en 1933 à Oelsnitz-Erzgebirge, ex-RDA)Un jour sur cette terre (Ein Tag auf dieser Erde, 1998) – Traduit de l’allemand par Mireille Gansel

Reiner Kunze – Poème

•novembre 24, 2014 • 8 commentaires

Reiner KunzeJamais nous ne parviendrons à délivrer le monde de toute haine

Puissions-nous seulement à la fin ne pas être hantés
par le remords
de tout l’amour non aimé

***

Reiner Kunze (né en 1933 à Oelsnitz-Erzgebirge, ex-RDA)

Lambert Schlechter – Comme si…

•novembre 23, 2014 • 3 commentaires

Lambert Schlechtertout se passe comme si j’étais là
comme si je vivais, tout éveillé

sur la ville le ciel est gris
quelques passants passent sans me voir

tout se passe comme si je marchais
passant parmi les passants, les yeux ouverts

sur la ville le ciel est gris
c’est une vraie ville et un vrai ciel

tout se passe comme si je n’étais pas mort

***

Lambert Schlechter (né en 1941 à Luxembourg)

Guy Goffette – Et si le poème… (1988)

•novembre 22, 2014 • 5 commentaires

Guy GoffetteEt si le poème, c’était plus simplement
ce qui reste en souffrance dans la déchirure
du ciel, comme une valise sans couleur
un gant dans l’herbe – et le rayon de soleil
s’amuse avec les serrures, l’agrafe en fer blanc
cependant que nous restons en retrait
empêtrés dans nos ombres
comme un enfant grandi trop vite
et qui ne sait plus rire.

***

Guy Goffette (né à Jamoigne, Belgique en 1947)Eloge pour une cuisine de province (1988)

André Schmitz – Il ne fait jamais tout à fait nuit… (1991)

•novembre 21, 2014 • 4 commentaires

André SchmitzIl ne fait jamais tout à fait nuit
quand veille dans une chambre
le sang patient d’une amante penchée
sur le dormeur. Ou quand ailleurs
brûle en silence une vierge en proie
à son Dieu. Ou quand une infirmière
douée de blancheur s’applique encore
un peu et comme elle peut à détourner
la mort du mourant qu’elle s’entête
à défendre comme son propre enfant.

***

André Schmitz (né à Erneuville, Belgique en 1929)Les prodiges ordinaires (1991)

Raymond Carver – Chagrin (Grief, 1985)

•novembre 20, 2014 • 5 commentaires

raymond_carverRéveillé de bonne heure ce matin, depuis mon lit
je portai le regard loin sur le chenal pour suivre des
yeux un petit bateau traçant sur la mer houleuse,
un seul feu de signalisation allumé à bord.
Me suis rappelé mon ami qui hurlait
le nom de sa femme morte du haut des collines
autour de Perugia. Qui mettait son couvert
à table longtemps après
sa disparition. Qui ouvrait les fenêtres
pour qu’elle ait de l’air frais. Je trouvais gênant
cette façon d’afficher son chagrin. Ses autres
amis aussi. Je ne voulais plus voir ça.
Jusqu’à ce matin.

*

Woke up early this morning and from my bed
looked far across the Strait to see
a small boat moving through the choppy water,
a single running light on. Remembered
my friend who used to shout
his dead wife’s name from hilltops
around Perugia. Who set a plate
for her at his simple table long after
she was gone. And opened the windows
so she could have fresh air. Such display
I found embarrassing. So did his other
friends. I couldn’t see it.
Not until this morning.

***

Raymond Carver (1938-1988)Là où les eaux se mêlent (Where Water comes Together with Other Water, 1985)

Liliane Wouters – Pour vivre (1990)

•novembre 19, 2014 • 5 commentaires

Liliane WoutersPour vivre, il faut planter un arbre, il faut
faire un enfant, bâtir une maison.

J’ai seulement regardé l’eau
qui passe en nous disant que tout s’écoule.

J’ai seulement cherché le feu
qui brûle en nous disant que tout s’éteint.

J’ai seulement suivi le vent
qui fuit en nous disant que tout se perd.

Je n’ai rien semé dans la terre
qui reste en nous disant: je vous attends.

***

Liliane Wouters (née à Ixelles, Belgique en 1930)Journal du scribe (1990)

 
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