Pierre Reverdy – Un homme fini (1928)

•mai 17, 2013 • Poster un commentaire

Le soir, il promène, à travers la pluie et le danger nocturne, son ombre informe et tout ce qui l’a fait amer.
À la première rencontre, il tremble — où se réfugier contre le désespoir ?
Une foule rôde dans le vent qui torture les branches, et le Maître du ciel le suit d’un œil terrible.
Une enseigne grince — la peur. Une porte bouge et le volet d’en haut claque contre le mur ; il court et les ailes qui emportaient l’ange noir l’abandonnent.
Et puis, dans les couloirs sans fin, dans les champs désolés de la nuit, dans les limites sombres où se heurte l’esprit, les voix imprévues traversent les cloisons, les idées mal bâties chancellent, les cloches de la mort équivoque résonnent.

***

Pierre Reverdy (1889-1960)La balle au bond (1928)

Jacques Dupin – L’initiale (1963)

•mai 17, 2013 • Poster un commentaire

Poussière fine et sèche dans le vent,
Je t’appelle, je t’appartiens,
Poussière, trait pour trait,
Que ton visage soit le mien,
Inscrutable dans le vent.

***

Jacques Dupin (1927-2012)Gravir (1963)

Anise Koltz – Poème (2012)

•mai 15, 2013 • Poster un commentaire

L’invention du monde
coïncide avec notre naissance

Nous vivons
parce que nous sommes destinés
à mourir

Périssable avec nous
le monde n’existe
que tant que nous le voyons

***

Anise Koltz (née en 1928)Soleils chauves (2012)

János Pilinszky – Cela existe (Van ilyen, 1976)

•mai 12, 2013 • Poster un commentaire

Je voulais être domestique. Cela existe.
Mettre et desservir la table.
Comme monte sur l’estrade le supplicié
et en descend le bourreau.

Maintenant, entre les degrés de l’échafaud
darde le soleil, le même soleil,
comme si on n’y avait monté personne
qui ne fût redescendu. Je voulais être silence
et estrade. Monde coincé entre les marches.
Personne et rien. Espoir de fin de semaine.

János Pilinszky (1931-1981)Cratère (Kráter, 1976) – Traduit du hongrois par Lorand Gaspar et Sarah Clair

René Char – La rose de chêne (1946)

•mai 10, 2013 • Un commentaire

Chacune des lettres qui compose ton nom, ô Beauté, au tableau d’honneur des supplices, épouse la plane simplicité du soleil, s’inscrit dans la phrase géante qui barre le ciel, et s’associe à l’homme acharné à tromper son destin avec son contraire indomptable : l’espérance.

***

René Char (1907-1988)Feuillets d’Hypnos (1946)

 

Guillevic – Poème (1989)

•mai 9, 2013 • Poster un commentaire

Etre
Où et quoi ?

N’importe où,
Mais pas rien qu’en soi.

Etre dans le monde.
Fragment, élément du monde.

Supérieur à rien,
Pas à quiconque, pas à la pluie qui tombe,

Se sentir égal
Et pareil au pissenlit, à la limace,

Inférieur à rien,
Ni au baobab, ni à l’horizon,

Vivre avec tout
Ce qui est en dehors et en dedans,

Tout ce qui est au monde,
Dans le monde.

Fétu de paille, non !
Cathédrale, non !

Un souffle
Qui essaie de durer.

***

Eugène Guillevic (1907-1997)Art poétique (1989)

Jaime Sabines – Il n’y a rien d’autre (No hay más, sólo mujer)

•mai 8, 2013 • Poster un commentaire

Il n’y a rien d’autre. Seulement une femme pour le bonheur,
seulement des yeux de femme pour le réconfort,
seulement des corps nus,
territoires où l’homme ne se lasse jamais.
Si on ne peut se consacrer à Dieu
quand on grandit,
que peut-on accorder au coeur affligé
si ce n’est le cercle de mort nécessaire
de la femme?

Nous sommes dans le sexe, beauté pure,
coeur solitaire et propre.

*

No hay más. Sólo mujer para alegrarnos,
sólo ojos de mujer
para reconfortarnos,
sólo cuerpos desnudos,
territorios en que no se cansa el hombre.
Si no es posible dedicarse a Dios
en la época del crecimiento,
¿qué darle al corazón afligido
sino el círculo de muerte necesaria
que es la mujer?

Estamos en el sexo, belleza pura,
corazón solo y limpio.

***

Jaime Sabines (1926-1999) – Traduit de l’espagnol (Mexique) par Émile Martel

 
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